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« C’est qui, elle? » « C’est celle qui danse! »

Récit d’une brève incursion à bord de la caravane libérale.

Dominique Anglade au téléphone

Une vidéo de Dominique Anglade qui danse est devenue virale ces derniers jours. (Archives)

Photo : Radio-Canada / John Jaramillo

Le resto-bar est situé à proximité d’un centre commercial de Gatineau. Sur une petite scène aménagée dans le coin de l’établissement, les musiciens se mettent à jouer de leur instrument. Des militants écartent tables et chaises pour faire de l’espace. Au son de la chanson On jase de toi, de Noir Silence, la cheffe libérale s’élance sur la piste de danse improvisée. La « vraie Dominique » est à l'œuvre!

Dominique, sa belle tite danse, ça va lui faire prendre ben des votes, prédit Roland, un militant libéral de longue date. Il réfère ici à la vidéo publiée la veille et dans laquelle sa cheffe esquisse quelques pas de danse, dans sa loge, à quelques minutes du second débat. La publication a été vue plus de 900 000 fois sur les différentes plateformes de l’aspirante première ministre, un record pour ses médias sociaux.

S’il est vrai que Dominique Anglade semble plus à son aise depuis quelques jours, Charles-Henri demeure inquiet pour la campagne libérale. Je ne comprends pas que ce soit serré de même, me dit le militant, en faisant référence à la Coalition avenir Québec (CAQ). Il y a des vagues parfois… ça me fait peur, mais j’espère que non.

Après avoir complètement dominé les cinq circonscriptions de l’Outaouais pendant près de 40 ans, le Parti libéral en a perdu trois lors du dernier scrutin. Pontiac et Hull demeurent toujours sous son emprise, mais pour combien de temps encore?

C’est sûr qu’avec la pandémie, M. Legault s’est attiré des votes. On peut pas nier ça, dit Hélène. Âgée de 82 ans, elle est libérale depuis la naissance.

Il n’y a pas si longtemps, dans une région comme l’Outaouais, le PLQ aurait facilement pu remplir en entier un restaurant comme celui-ci. Il ne réussit aujourd’hui qu’à en remplir une section.

Hélène évoque la pandémie. Les choses changent. Les gens vieillissent, ils ont peur de tomber malades… Pour elle, aucun doute : Dominique Anglade n’a rien à voir avec les déboires du parti. Elle fait son possible, elle avait beaucoup contre elle. Et les gens sont pas toujours très gentils à son égard.

La cheffe ou le parti?

Beaucoup contre elle, victime des circonstances, au mauvais endroit au mauvais moment… On pourrait décrire de bien des manières la difficile campagne que mène la cheffe libérale. Ce sentiment que peu importe ce qu’elle fera, son destin était scellé dès le départ, dès le jour où elle a lancé sa campagne, seule, à côté de son autobus.

C’est en tout cas ce qu’évoquent bien des observateurs politiques, mais aussi plusieurs électeurs, croisés plus tôt ce jour-là, lors de la Marche pour le climat. Même si trois ministres de la CAQ venaient d’en être chassés, et que ses gardes du corps voyaient la chose d’un mauvais œil, Dominique Anglade avait tenu à prendre part à l’événement.

L’accueil a été mitigé, mais à travers les cris d’hostilité lancés çà et là, plus d’un citoyen a exprimé une certaine admiration à voir la cheffe Anglade tenter d’affronter ainsi le destin.

Moi, je la trouve bien courageuse, elle a beaucoup d’humilité. Elle ne lâche pas même si elle sait ce qui va lui arriver, dit Carole, philosophe. Pourrait-elle l’appuyer? Ben non, me répond-elle pourtant, comme si c’était une évidence.

Je l’aime, c’est une chialeuse. Elle se laisse pas faire, fait valoir Line, rencontrée un peu plus loin. C’est pas elle, c’est le parti. Elle est juste pas chanceuse, ajoute son conjoint.

Il n’a pas besoin d’évoquer longuement le passé pour savoir ce qu’il a en tête. Le règne des premiers ministres Charest et Couillard a laissé des traces. Après avoir gouverné le Québec pendant une quinzaine d’années, le PLQ est maintenant confronté à un double défi : tenter de se réinventer dans une toute nouvelle conjoncture à cinq partis, tout en continuant à devoir porter et à défendre son passé. Députés et attachés, actuels comme anciens, confirment tous que l’exercice est douloureux.

La grande question est de savoir jusqu’à quel point, pendant cet exercice de redéfinition, le PLQ réussira à garder sa place, notamment dans les régions qui étaient naguère ses forteresses.

Encore de l'hésitation

De retour à Gatineau, cette fois au festival Joie de vivre, où Francine m’explique que c’est rock ’n roll. La cheffe libérale fait le tour des kiosques, à quelques mètres à peine, en serrant des mains. C’est très, très, très serré, insiste mon interlocutrice.

Rencontré au même événement, Claude croit plutôt que les carottes sont cuites. Devant les sondages, quand bien même ils mettraient des millions pour battre Legault, ça donnera rien. Il me raconte avoir l’intention de voter pour la CAQ.

Julie, elle, hésite encore. Pourrait-elle voter libéral? Avant, c’était non, mais depuis le dernier débat, c’est peut-être. Elle a beaucoup apprécié la prestation de Dominique Anglade. On avait bien aimé ce que M. Legault avait fait, il était proche du monde, mais là avec son approche paternaliste, j’ai comme l’impression qu’il n'est plus là. Il est rendu trop dans sa tête d’économiste pis d’homme d’affaires. Quand on lui pose une question, il est juste capable de dire : "On a mis de l’argent."

Why are the secret services around? lance un passant en m'abordant. (Pourquoi les services secrets sont-ils là?) Je lui explique que les agents de la Sûreté du Québec assurent la sécurité de Dominique Anglade.

C’est elle qui a remplacé Charest? s’enquiert-il, toujours en anglais. Oui, en quelque sorte, je lui dis. Votera-t-il pour elle? J’ai juste besoin de savoir qui est séparatiste, offre-t-il comme réponse.

Si l’enjeu de la souveraineté n’est plus à l’avant-plan à l'échelle nationale, des électeurs continuent de se réclamer du fédéralisme. La mobilisation de cette base électorale, dans la région du moins, pourrait faire la différence.

Dans le hall de l’hôtel où la caravane est logée, un groupe de jeunes sportifs des Gaillards du Cégep de Jonquière nous aborde, mes collègues et moi. Pourquoi tout ce tumulte? Qui dort donc à l’hôtel? Nous leur répondons que c’est Dominique Anglade.

C’est qui elle?, demande l’un d’eux. Un autre étudiant lui vient en aide. C’est celle qui danse sur Tik Tok!

On en revient donc à la vidéo Tik Tok et à la vraie Dominique. La cheffe libérale a beau avoir été raillée par certains de ses détracteurs, cette vidéo a été vue des centaines de milliers de fois. Des gens qui ignoraient jusqu'à son existence savent maintenant que c'est celle qui danse.

Entre connaître une politicienne et lui accorder sa confiance, il y a toutefois un grand fossé. Ce n'est que le 3 octobre que l'on saura à quel point Mme Anglade est parvenue à le combler.

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