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Une forêt reprend vie, quatre ans après une tornade

Un homme se tient à côté d'un boisé.

James O'Grady, qui a aidé à planter des centaines de semis de pins blancs de l'Est dans la fosse Bruce Pit de la CCN, se tient à côté d'un épais peuplement de peupliers d'origine naturelle.

Photo : CBC / Kristy Nease

Radio-Canada

Même après qu'une tornade ait ravagé le parc pour chiens sans laisse de Bruce Pit en 2018, la forêt est luxuriante. Elle offre donc un bon exemple de ce à quoi ressembleront probablement dans quelques années les forêts ravagées par le derecho sur d'autres terrains de la Commission de la capitale nationale (CCN).

Cependant, les travaux effectués à la sablière Bruce au cours des quatre dernières années, ou dans la pinède et la forêt Pinhey appartenant à la CCN après le derecho de mai, ne représentent pas nécessairement l'ensemble des pratiques écologiques exemplaires, remarque Andrew Almas, expert en foresterie urbaine à l'Université de la Colombie-Britannique.

Bien que la CCN affirme avoir adopté une approche non interventionniste dans ses boisés afin de permettre aux processus naturels de suivre leur cours, M. Almas se range dans le même camp que l’organisme Arbres Canada. Ils sont d’avis que si la CCN souhaite que ses boisés résistent mieux aux changements climatiques, elle doit y consacrer plus de travail et d'entretien.

Le 21 septembre 2018, une catastrophe a frappé Bruce Pit et le boisé voisin d'Arlington lorsqu'une tornade — décrite par Environnement Canada comme une EF-2 de haut niveau avec des vents atteignant 220 km/h — a touché le sud d'Ottawa.

James O'Grady se tient à côté de débris de pins blancs laissés en décomposition après la tornade de 2018.

James O'Grady se tient à côté de débris de pins blancs laissés en décomposition après la tornade de 2018.

Photo : CBC / Kristy Nease

Les imposants pins blancs de l'Est plantés en monoculture il y a plus d'un siècle — caractéristiques de Bruce Pit et d'Arlington Woods — se sont brisés comme des allumettes.

Quatre ans plus tard, les cicatrices sont toujours visibles, mais elles commencent à se refermer.

Les peupliers poussent naturellement

Les arbres tombés ont exposé le sol du bois de Bruce Pit à la lumière, et des centaines de peupliers baumiers ont poussé d'eux-mêmes. Quatre ans plus tard, ils mesurent entre 4,5 et 6 mètres de hauteur et sont trop denses pour être traversés.

Des élèves du secondaire aident à planter des semis de pin blanc de l'Est dans la fosse Bruce Pit.

Des élèves du secondaire aident à planter des semis de pin blanc de l'Est dans la fosse Bruce Pit, le 30 octobre 2019. Les arbres ont été payés grâce aux fonds recueillis dans le cadre de Trend-Arlington, et la CCN a fourni des tapis de cèdre et des barrières biodégradables pour favoriser la survie des semis. (archives)

Photo : Gracieuseté : Commission de la capitale nationale (CCN)

Les peupliers finiront par céder la place à des espèces indigènes à plus longue durée de vie, comme les érables, les pruches, les chênes et les hêtres, selon le professeur Almas.

Il s'agit d'un bon travail naturel, mais il existe différentes écoles de pensée sur ce qu'il convient de faire avec les zones dépouillées d'arbres : les laisser intactes pour qu'elles se régénèrent naturellement, planter des arbres partout à la main ou une combinaison des deux pratiques.

« La chose la plus courante que l'on entend est de ne pas y toucher, mais de pratiquer un peu de restauration écologique en plantant quelques arbres pour introduire de la diversité [d'espèces, d'âge et de génétique] dans la canopée. »

— Une citation de  Andrew Almas, professeur associé en foresterie urbaine, Université de la Colombie-Britannique

Un érable à sucre d'Ottawa n'est pas génétiquement identique à un érable à sucre qui pousse à Lexington, au Kentucky, à l'extrémité sud de son aire de répartition, plus chaude. L'introduction d'ADN d'arbres du sud pourrait donner aux forêts urbaines d'Ottawa une meilleure résistance au climat de l’avenir, qui se réchauffe.

Plus de diversité génétique, plaident les experts

Environ 3 600 arbres ont été plantés à Bruce Pit et à Arlington Woods depuis la tornade, mais la plupart d'entre eux ne remplissent aucun critère de diversité. Il s'agit de plants de pin blanc de l'Est cultivés aux mêmes moments à partir de graines recueillies à Arlington Woods par un homme du voisinage.

M. Almas fait également remarquer que l'espèce est notée comme étant un peu sur le déclin. Dans le Massachusetts voisin, une université a remarqué des problèmes de santé généralisés chez les pins blancs depuis 2009.

James O'Grady a grandi à Arlington Woods et éprouve une grande affection pour la forêt de pins blancs où il jouait quand il était enfant. Lorsqu'il a remarqué, il y a plusieurs années, que certains pins de la région avaient du mal à résister au sel de déneigement, il s'est adressé à une pépinière de Kemptville, en Ontario, pour savoir comment les remplacer.

La forêt de Bruce Pit.

La partie droite de la photo montre ce à quoi ressemblait la vieille forêt de pins blancs de Bruce Pit avant la tornade de 2018 qui a déchiré Arlington Woods, laissant le grand espace ouvert que l'on voit à gauche. Au premier plan, on distingue certains des arbres fournis par la CCN.

Photo : CBC / Kristy Nease

La pépinière lui a conseillé de ramasser des cônes. En 2015, il a récolté leurs graines et fait pousser environ 2 000 semis, a déclaré O'Grady.

Puis la tornade a frappé. O'Grady a appelé la pépinière, et la communauté a réussi à réunir suffisamment d'argent pour racheter et planter environ 1 800  semis en 2019. L'année suivante, O'Grady a apporté à la pépinière encore plus de cônes, et 3 500 autres semis ont été cultivés. Plus tôt cette année, la communauté a racheté et planté 700 d'entre eux.

La ville n'a pas autorisé la plantation de la plupart des semis de pin blanc sur ses terres, invoquant entre autres la nécessité d'une diversité d'espèces, a déclaré M. O'Grady. Par contre, la CCN a accueilli à bras ouverts la majorité des 2 400 semis restants.

La plupart ont été plantés le long des sentiers de Bruce Pit sous la direction de la CCN, ainsi que sur des propriétés privées. Selon M. O'Grady, de 50 à 60 % environ ont survécu jusqu'à présent.

En plus des semis fournis par la communauté, 106 plants ont été remis par la CCN. Il s'agit d'arbres, d'arbustes et de plantes grimpantes de haute qualité, représentatifs de la forêt autour de Bruce Pit, a précisé la CCN dans un courriel vendredi.

Du bois mort.

Des arbres cassés et déracinés dans la forêt de Pinhey le 29 août 2022, plus de trois mois après la tempête dévastatrice du derecho du 21 mai 2022. Le bois mort constitue un habitat naturel des plus intéressants, selon Andrew Almas.

Photo : CBC / Alexander Behne

La plupart des arbres sont, encore une fois, des pins blancs de l'Est. Les autres espèces d'arbres fournies par la CCN comprennent des érables, des bouleaux, des hêtres, des chênes, des épinettes et des pruches, a précisé la CCN.

C'est une question d'argent, a déclaré M. Almas, parce que si vous voulez planter de la diversité génétique, vous allez devoir payer pour ces arbres et pour les personnes qui les plantent.

M. Almas s’inquiète aussi du fait que des sections d'arbres abattus et sains le long des sentiers aient été coupées, réduites en paillis et laissées sur place pour se décomposer après le derecho de mai dans les forêts de Pinhey et de Pine Grove. Une mesure qui, selon la CCN, était nécessaire pour protéger le public et les équipes forestières.

Or, la meilleure chose à faire est de laisser du bois mort sur pied pour fournir un habitat précieux, plaide M. Almas. La CCN en a effectivement laissé à Bruce Pit, ce qui, selon l’organisme, a attiré des espèces indigènes et rares, notamment des grands pics et des moucherolles.

Le bois mort est probablement l’habitat naturel le plus important que nous puissions avoir dans la forêt, ajoute M. Almas.

Plus d’efforts pour les boisés

Arbres Canada est un organisme sans but lucratif qui s'efforce de planter plus d'arbres et de prendre soin des arbres dans les espaces urbains et ruraux. Son directeur des opérations, Michael Petryk, a déclaré qu'il fallait travailler davantage à l'entretien de boisés comme celui de Bruce Pit si l'on voulait des forêts urbaines résilientes.

Je pense que le personnel de la CCN fait de son mieux avec ce qu'il a, mais il s'agit de deux ou trois personnes qui gèrent de vastes étendues de terrain, déplore M. Petryk.

Avec les informations de Kristy Nease, CBC News

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