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Mort de Mahsa Amini : les autorités iraniennes menacent les manifestants

Des manifestants à Téhéran.

Manifestations à Téhéran, en Iran, à la suite de la mort de Mahsa Amini, qui avait été placée en garde à vue après avoir été interpellée par la police des mœurs.

Photo : Getty Images / -

Agence France-Presse

Le président Ebrahim Raïssi a appelé les forces de l'ordre à agir « fermement » contre les manifestants en Iran après 10 jours de protestations contre la mort d'une jeune femme détenue par la police des mœurs, au cours desquelles au moins 41 personnes ont péri.

Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a pour sa part insisté sur la nécessité d'agir sans aucune indulgence envers les instigateurs des émeutes, a signalé le site web Mizan Online.

À l'étranger, des manifestations de soutien à ce mouvement en Iran ont eu lieu dans plusieurs pays samedi, notamment au Canada, aux États-Unis, au Chili, en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Irak, pays voisin de l'Iran.

Les protestations se sont déclenchées le 16 septembre, le jour du décès de Mahsa Amini, arrêtée à Téhéran trois jours auparavant pour port inapproprié des vêtements dans un pays où le code vestimentaire pour les femmes est strict.

Ces manifestations sont les plus vastes depuis celles de novembre 2019, provoquées par la hausse du prix de l'essence en pleine crise économique, qui avaient touché une centaine de villes en Iran et été sévèrement réprimées (230 morts selon un bilan officiel, plus de 300 selon Amnistie internationale).

Les autorités nient toute implication dans la mort de Mahsa Amini, 22 ans, originaire de la région du Kurdistan. Toutefois, depuis son décès, des Iraniens en colère descendent tous les jours dans la rue à la tombée de la nuit pour manifester.

Une personne tient un portrait de Mahsa Amini.

Un portrait de Mahsa Amini

Photo : Getty Images / AFP / KENZO TRIBOUILLARD

Qualifiant les protestations d'émeutes, M. Raïssi, un ultraconservateur, a appelé samedi les autorités concernées à agir fermement contre ceux qui portent atteinte à la sécurité et à la paix du pays et du peuple.

Dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, a de nouveau mis en cause les États-Unis, ennemi juré de Téhéran, dans ces troubles, accusant Washington de s'ingérer dans les affaires iraniennes […] et de soutenir les émeutiers de manière provocante.

Il a convoqué séparément les ambassadeurs du Royaume-Uni et de la Norvège, le premier pour protester contre l'hébergement de chaînes de télévision qui incitent aux émeutes en Iran, le second pour dénoncer les ingérences du chef du Parlement norvégien dans les affaires iraniennes.

Morts et arrestations

Dimanche soir, les manifestations de colère ont repris pour la dixième soirée consécutive dans plusieurs villes, dont Chiraz et Téhéran, selon l'organisation Iran Human Rights (IHR), établie à Oslo. Mort au dictateur!, ont scandé des manifestants dans la capitale, selon une vidéo diffusée par cette ONG sur Twitter

Après l'arrestation de plus de 700 personnes depuis le début des protestations, le ministre iranien de l'Intérieur, Ahmad Vahidi, a appelé à poursuivre en justice les principaux auteurs et meneurs des émeutes.

Ces 700 arrestations ont été recensées dans une seule province du nord, le nombre réel étant sans doute beaucoup plus élevé dans l'ensemble du pays.

Selon le bilan officiel iranien non détaillé, qui comprend à la fois les manifestants et les membres des forces de l'ordre, 41 personnes ont été tuées en 10 jours de protestations.

Toutefois, le bilan pourrait être plus lourd, l'IHR faisant état d'au moins 57 manifestants tués.

Des manifestants face à des policiers.

Dans plusieurs villes d'Iran, des manifestants ont affronté les forces de sécurité, incendié des véhicules de police et scandé des slogans hostiles au pouvoir.

Photo : Reuters / AZAD LASHKARI

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), établi aux États-Unis, 17 journalistes ont été arrêtés en Iran depuis le début des protestations.

Comme il y a deux jours, une manifestation en faveur du gouvernement a été organisée dimanche après-midi à Téhéran à l'appel des autorités.

Il faut mettre fin à ces émeutes, car elles portent atteinte au pays, a affirmé à l'Agence France-Presse (AFP) Nafiseh, une Iranienne de 28 ans qui participait à une manifestation dimanche à Téhéran.

Enlever le hidjab, c'est violer la Constitution de la République islamique, a quant à lui déclaré Atiyeh, un universitaire de 21 ans.

L'Union européenne condamne la répression

Dimanche, l'Union européenne a dit juger injustifiable et inacceptable l'usage généralisé et disproportionné de la force contre les manifestants en Iran.

Dans une déclaration faite au nom de l'Union européenne (UE), le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a aussi condamné la décision des autorités iraniennes de restreindre radicalement l'accès à Internet et de bloquer les plateformes de messagerie instantanée, ce qui constitue une violation flagrante de la liberté d'expression.

« L'Union européenne continuera à examiner toutes les options à sa disposition, avant le prochain Conseil [des ministres] des Affaires étrangères [de l'UE], face à la mort de Mahsa Amini et à la façon dont les forces de sécurité iraniennes ont répondu aux manifestations qui ont suivi. »

— Une citation de  Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne
Josep Borrell donne une conférence de presse.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell

Photo : Getty Images / KENZO TRIBOUILLARD

Nous attendons de l'Iran qu'il mette immédiatement fin à la répression violente des manifestations et qu'il permette l'accès à Internet ainsi que la libre circulation des informations, a ajouté le haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères.

Il a aussi appelé Téhéran à clarifier le nombre de morts et de personnes arrêtées et à libérer tous les manifestants non violents.

La question du port du voile

En République islamique d'Iran, les femmes doivent se couvrir les cheveux et le corps jusque sous les genoux et ne doivent pas porter de pantalons serrés ni des jeans troués, entre autres.

Des images virales des manifestations ces derniers jours ont montré des Iraniennes qui brûlaient leur foulard.

Le parti réformateur de l'Union du peuple de l'Iran islamique a appelé l'État à annuler l'obligation du port du voile et à libérer les personnes arrêtées.

Les manifestations sont marquées par des affrontements avec les forces de sécurité et par des slogans hostiles au pouvoir, selon des médias et des militants.

Depuis plusieurs jours, des vidéos en ligne montrent des scènes de violence à Téhéran et dans d'autres grandes villes comme Tabriz. Sur certaines vidéos, on voit les forces de sécurité tirer en direction des manifestants.

Des femmes qui portent le voile marchent dans la rue.

Des femmes voilées se promènent dans des rues en Iran.

Photo : Getty Images / AFP / ATTA KENARE

Amnistie internationale accuse les forces de sécurité de tirer délibérément […] à balles réelles sur des manifestants et appelle à une action internationale urgente pour mettre fin à la répression.

Communications difficiles

Les connexions Internet sont toujours perturbées dimanche avec le blocage de WhatsApp et d'Instagram. NetBlocks, un site établi à Londres qui observe les blocages d'Internet dans le monde entier, a également fait état de celui de Skype.

Dans un nouveau message sur Instagram, le réalisateur iranien Asghar Farhadi, deux fois oscarisé, a exhorté les peuples du monde à être solidaires des protestataires en Iran et a salué les femmes courageuses qui mènent les manifestations pour réclamer leurs droits.

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