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En Italie, victoire historique de l’extrême droite aux élections

Giorgia Meloni, 45 ans, a remporté les législatives en Italie le 25 septembre.

Giorgia Meloni, 45 ans, a remporté les législatives en Italie le 25 septembre.

Photo : afp via getty images / ANDREAS SOLARO

Agence France-Presse

« Nous gouvernerons pour tous les Italiens » : la patronne de l'extrême droite italienne, Giorgia Meloni, qui veut devenir première ministre après sa victoire aux législatives de dimanche, a tenté de rassurer face aux inquiétudes exprimées dans son pays et à l'étranger.

Après la Suède, l'extrême droite fait une nouvelle percée en Europe, où pour la première fois depuis 1945 un parti post-fasciste se retrouve aux portes du pouvoir.

En restant dans l'opposition à tous les gouvernements qui se sont succédé depuis les législatives de 2018, Fratelli d'Italia (FdI) s'est imposé comme la principale option électorale. Elle est passée de 4,3 % des suffrages il y a quatre ans à environ un quart des voix, selon les premières projections, pour ainsi devenir le premier parti du pays.

Les Italiens ont envoyé un message clair en faveur d'un gouvernement de droite dirigé par Fratelli d'Italia, a lancé Mme Meloni, affirmant ainsi son ambition de devenir première ministre.

Nous gouvernerons pour tous les Italiens, a-t-elle promis. Nous le ferons dans l'objectif d'unir le peuple, a-t-elle ajouté dans un discours de rassemblement et d'apaisement en reconnaissant que la campagne électorale avait été violente et agressive.

La coalition qu'elle forme avec l'autre parti d'extrême droite, la Ligue de Matteo Salvini, et avec Forza Italia, le parti conservateur de Silvio Berlusconi, raflerait jusqu'à 47 % des suffrages. Avec le jeu complexe des circonscriptions, celle-ci devrait s'assurer la majorité absolue des sièges aussi bien à la Chambre des députés qu'au Sénat.

Si ces résultats se confirmaient, FdI et la Ligue remporteraient ensemble le pourcentage le plus élevé de votes jamais enregistré par des partis d'extrême droite dans l'histoire de l'Europe occidentale de 1945 à aujourd'hui, a relevé le Centre italien d'études électorales.

Des personnes font la queue devant un bureau de vote.

Des personnes font la queue devant un bureau de vote.

Photo : Getty Images / Antonio Masiello

Fondée à la fin de 2012 par Giorgia Meloni avec des dissidents du berlusconisme, cette formation politique devance le Parti démocrate d'Enrico Letta, qui n'a pas réussi à susciter un vote utile pour faire barrage à l'extrême droite et qui ne recueille qu'entre 17 et 21 %.

Le taux de participation à la clôture des urnes chute à 64,07 %, par rapport à 73,86 % en 2018.

La coalition a un net avantage aussi bien à la Chambre qu'au Sénat, a écrit sur Twitter un Matteo Salvini réjoui.

L'extrême droite gagne du terrain en Europe

Ce séisme survient deux semaines après celui qui, en Suède, a vu la victoire d'un bloc conservateur comprenant les Démocrates de Suède, un parti issu de la mouvance néonazie qui a réalisé une forte percée, devenant la première formation de droite de ce pays nordique.

Les Démocrates de Suède et FdI font partie du même groupe au Parlement européen.

Un chien et des isoloirs.

L'arrivée au pouvoir de l'extrême droite en Europe sème l'inquiétude.

Photo : Getty Images / AFP / ANDREAS SOLARO

Dans ce qui a été perçu à Rome comme un avertissement, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé que l'Union européenne (UE) dispose d'instruments pour sanctionner les États membres qui portent atteinte à l'État de droit et à ses valeurs communes.

Giorgia Meloni a prévenu Bruxelles qu'elle exigerait de revoir les termes de la relation de l'Italie avec l'UE. La fête est finie, l'Italie va commencer à défendre ses intérêts nationaux, a-t-elle dit.

Elle réclame notamment une réforme du pacte de stabilité et la renégociation, pour tenir compte de l'inflation, de l'aide colossale de 190 milliards d'euros octroyée par ses partenaires européens afin que la troisième économie de la zone euro puisse se relancer après la pandémie.

Les Européens s'alarment aussi des positions sur les questions de société de La Meloni, comme on l'appelle en Italie, dont la devise est Dieu, famille, patrie, et qui est proche du premier ministre hongrois Vitkor Orban.

Positions ultraconservatrices

Le parti Fratelli d'Italia a tenu un rassemblement à Naples le 23 septembre 2022.

Un rassemblement du parti Fratelli d'Italia tenu à Naples vendredi.

Photo : Reuters / CIRO DE LUCA

Fratelli d'Italia doit son succès autant aux promesses non tenues de ses adversaires et au vent de dégagisme qui souffle sur la péninsule qu'au charisme de sa dirigeante.

Sur les questions de société, Mme Meloni s'affiche comme ultraconservatrice. Oui à la famille naturelle, non au lobby LGBT! Oui à l'identité sexuelle, non à l'idéologie du genre! Oui à la culture de la vie, non à l'abîme de la mort! a clamé en juin celle qui promet aussi de se battre contre l'islamisation de l'Europe.

Son arrivée au pouvoir se traduirait également par un cadenassage du pays, où débarquent chaque année des dizaines de milliers de migrants, une perspective qui inquiète les ONG qui se portent au secours des migrants fuyant la misère en Afrique.

Cette Romaine de 45 ans qui, jeune militante, disait admirer Mussolini, est parvenue à dédiaboliser son image et à rassembler sur son nom les peurs et les colères de millions d'Italiens face à la flambée des prix, au chômage, aux menaces de récession ou à l'incurie des services publics.

Aujourd'hui, tu peux contribuer à écrire l'histoire, avait-elle lancé à ses partisans sur Twitter dimanche.

Gros défis pour le futur gouvernement

Des personnes devant un bureau de vote

Éprouvés par l'inflation, les Italiens attendent beaucoup du futur premier ministre, qui doit gérer non seulement une crise économique, mais également une crise sociale.

Photo : Getty Images / AFP / ALBERTO PIZZOLI

Quel que soit le gouvernement italien issu des élections, qui ne prendra ses fonctions qu'au plus tôt fin octobre, son chemin apparaît d'ores déjà semé d'embûches et sans grande marge de manœuvre.

Il devra notamment gérer la crise causée par l'inflation galopante puisque l'Italie croule déjà sous une dette représentant 150 % de son produit intérieur brut (PIB), le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce.

Dans ce pays à l'instabilité gouvernementale chronique, les experts s'accordent déjà sur la courte espérance de vie de la coalition victorieuse, un mariage de raison entre trois alliés aux ambitions concurrentes.

Mme Meloni, sans expérience gouvernementale à part un passage éphémère au ministère de la Jeunesse (2008-2011), aura fort à faire pour gérer ses encombrants alliés, bien plus expérimentés. Silvio Berlusconi a été plusieurs fois chef de gouvernement et Matteo Salvini a été ministre de l'Intérieur et vice-premier ministre.

Dans le dossier ukrainien, l'Europe et les alliés de l'Italie, membre de l'OTAN, scruteront également la répartition des portefeuilles entre les trois partis. En effet, si Giorgia Meloni soutient les sanctions contre Moscou, M. Salvini s'y oppose.

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