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Chronique

The Killers et Johnny Marr : conditions gagnantes

Brandon Flowers entouré de musiciens tient un microphone sur une scène.

The Klillers ont joué à Montréal pour la première fois depuis quatre ans.

Photo : Facebook / The Killers

Presque à chaque semaine, un.e artiste ou un groupe d’allégeance pop, rock, métal, soul ou hip-hop se pointe au Centre Bell et casse la baraque, du moins du point de vue des spectateurs.

Normal, quand on y pense, puisque ceux et celles qui assistent à ces prestations sont des inconditionnels qui déboursent le gros prix pour voir ces vedettes. La perception est parfois différente pour les journalistes qui ne sont pas obligatoirement des irréductibles des têtes d’affiche présentes ou de leur genre musical.

Et pourtant, certains soirs, amateurs et critiques ressortent de l’amphithéâtre également comblés, comme si la grâce avait touché tout le monde, de la scène au parterre, des gradins jusqu’au dernier balcon.

Comment expliquer cela? Reprenons, à des fins culturelles, une expression courante dans le monde de la politique qui bat son plein au Québec en raison de la campagne électorale et parlons de conditions gagnantes.

Les retrouvailles : Il y a plusieurs mois que les concerts ont repris sans restrictions sanitaires, mais il y a encore des tas d’artistes internationaux qui n’ont pas renoué avec la métropole québécoise. Quatre longues années!, a souligné le chanteur Brandon Flowers quand il a salué la foule. Certains soirs, les attentes des spectateurs envers leurs favoris provoquent plus d’étincelles que d’autres.

Samedi soir : C’est le week-end. Banal en soi, me direz-vous, mais ça ajoute au plaisir quand on sait qu’on n’a pas à se lever tôt le lendemain matin. On sentait d’ailleurs cette fébrilité dans la ligne orange qui était bondée en direction sud comme je ne l’ai pas vu depuis deux ans et demi. Flowers l’a bien senti. Un samedi soir avec les Killers, ce n’est pas si mal, a-t-il ironisé.

La longévité : Mine de rien, The Killers roulent leur bosse depuis une vingtaine d'années, période au cours de laquelle ils ont fait paraître sept albums. Deux d’entre eux ont d’ailleurs été créés pendant la pandémie. Ça donne l’occasion au groupe de proposer une sélection de chansons qui survole pas mal d’albums.

Les surprises : J’ignore s’il y a une raison particulière, mais The Killers ont extirpé samedi soir des chansons très peu jouées durant cette tournée (The Way It Was – formidables harmonies avec les trois choristes –, la pimpante Miss Atomic Bomb et My God avec ses effluves gospel).

La production : L’écran géant rectangulaire placé au fond allait de pair avec cette scène peu profonde, mais très large, devant laquelle une caméra sur rails retransmettait les images sur les deux écrans adjacents. Des confettis dès la chanson d’ouverture (My Own Soul Warning)? Et pourquoi pas? Et aussi des serpentins durant All These Things That I Have Done, avant les rappels, et un petit coup de lance-flammes et des effets pyrotechniques lors d’un trio de chansons. The Killers sont un peu en deçà de Coldplay ou de Muse rayon enrobage visuel, mais ils sont dans le peloton de tête des groupes qui en donnent bien plus que la moyenne.

Une première partie du tonnerre : Johnny Marr, le légendaire guitariste du groupe anglais The Smiths, pendant 45 minutes, c’était du bonbon. Marr, qui a toujours son allure d’adolescent en dépit de ses rides, nous a offert de solides compositions (Spirit Power and Soul, Getting Away With It, Easy Money) et un trio fabuleux de ses années avec Morrissey : la formidable Panic, une There Is a Light That Never Goes Out dont les paroles ont été reprises spontanément par les amateurs et, bien sûr, l’immortelle How Soon Is Now?, a son fameux waaaoonnggg!

Le chanteur du groupe marche le long d'une scène en saluant la foule.

The Killers ont offert une performance survoltée pendant près de deux heures.

Photo : Facebook / The Killers

Bref, plein de bonnes raisons d’apprécier cette soirée. Et il n’a pas fallu longtemps pour que la fébrilité dont je parlais plus tôt se transforme en frénésie. Dès que les premières notes de When You Were Young (troisième chanson) se sont fait entendre, le concert naissant a basculé dans le plaisir partagé.

Le groupe originaire de Las Vegas – composé de Flowers (voix, claviers), Dave Keuning (guitare), Mark Stoermer (basse) et Ronnie Vannucci Jr. (batterie), accompagnés de deux musiciens et trois choristes, dont une violoniste – aurait pu nous fourguer plein de nouvelles chansons, mais il a plutôt fait l’inverse en misant sur une foule de titres archiconnus et appréciés de leur public.

Durant Smile Like You Mean It, il suffisait de regarder autour de soi dans le Centre Bell pour voir les sourires éclatants sur tous les visages. Les spectateurs ont hurlé le refrain de Shot at the Night pendant que Flowers les incitait à le faire, debout, sur la petite plateforme surélevée tout le long de la scène. Objectivement, pas mal d’amateurs ont dû avoir les mains rouges ou enflées au terme du concert tant ils ont battu la mesure sur une foule de chansons.

Le triplé choc

Moment choc de la prestation : le triplé central qui s’est amorcé avec Human. Sur l’écran géant, on a vu apparaître le slogan Sommes-nous humains?, en français s’il vous plaît, avant qu’une centaine de petits cadres fassent leur apparition sur l’écran arrière. Dans chacun d’eux est apparu un danseur ou une danseuse, cimentant le lien avec la phrase originale : Are we human/Or a we dancer? À voir les êtres humains déchaînés au parterre, la réponse était probablement la même, peu importe la question.

L’enchaînement avec Spaceman et son décor de nuit dans les grands espaces des États-Unis n’était rien de moins que parfait. Et lorsque Somebody Told Me, la bombe monstre de la première heure de l’album Hot Fuss (2004), a suivi, elle a balayé le Centre Bell. Lorsque tu vois des gens danser à la dernière rangée du balcon, tu sais que l’effet est bœuf.

Il n'y a eu presque aucune accalmie lors de cette prestation, hormis Cody et la très jolie chanson country Runaway Horses.

Au rappel, le groupe a offert The Man avec en arrière-plan des images de statues millénaires, notamment le David, qui repose dans un musée de Florence, en Italie. Oui, Flowers, très en voix, ne s’est pas fait prier pour démontrer qu’il est l’homme de la situation avec des poses presque lascives…

Johnny Marr a rejoint The Killers qui ont repris Stop Me If You Think You’ve Heard This One Before, des Smiths, avec Flowers au chant. Il fallait voir le sourire de ce dernier et de Vannucci. On voyait la même complicité que lorsque Billie Joe Armstrong, de Green Day, a joué avec les gars de The Replacements, à Osheaga, en 2014. Ce genre de partage entre générations et entre mentors est toujours source d’abandon. La soirée s’est conclue avec une autre pétarade commune, celle de Mr. Brightside.

Conditions gagnantes? Pas de doute là-dessus. Je me dis qu’à Vegas ou dans un marché anglo-saxon, on conclurait en disant a killer show, ou quelque chose du genre.

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