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En pleine tempête médiatique, le patron de la Banque mondiale ne veut pas lâcher la barre

David Malpass, le président de la Banque mondiale.

David Malpass, le président de la Banque mondiale

Photo : getty images for concordia summi / Riccardo Savi

Agence France-Presse

Le président de la Banque mondiale (BM), David Malpass, est sous le feu des critiques depuis le début de la semaine, accusé d'être « climatosceptique », un reproche auquel il a tenté de répondre vendredi sans pour autant calmer les appels en faveur de son départ.

Tout a commencé lorsque l'ancien vice-président américain Al Gore a estimé lundi que M. Malpass était climatosceptique et n'avait pas su améliorer le financement de projets climatiques dans les pays en développement.

Invité le lendemain à s'exprimer sur ces accusations lors d'une table ronde organisée par le New York Times, le président de la BM a refusé à trois reprises de dire s'il reconnaissait le rôle des énergies fossiles dans le réchauffement climatique.

Je ne suis pas scientifique, avait-il fini par déclarer, poussé par le public, préférant mettre en avant l'énorme effort réalisé par la BM pour aider au financement contre le réchauffement climatique. Sa réponse a outré les ONG spécialisées, qui ont dès lors appelé à son départ.

Je ne démissionnerai pas

Nous condamnons les propos tenus par le président de la BM, a assené vendredi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karine Jean-Pierre, qui rappelle toutefois que le remplacer nécessite l'accord d'une majorité des actionnaires, il faut avoir cela en tête.

Je ne démissionnerai pas, et je ne l'ai pas envisagé, a cependant répondu M. Malpass vendredi, interrogé par le média Politico. Selon lui, aucun des États membres de l'institution financière internationale n'a demandé sa démission. Il a assuré ne pas être climatosceptique, en soulignant que les gaz à effet de serre d'origine humaine sont la cause du réchauffement climatique.

Et notre mission est de mettre en place des projets et des financements qui ont un impact pour réduire les émissions, a-t-il ajouté. Une affirmation qu'il avait déjà prononcée la veille, sur la chaîne CNN International, en déclarant qu'il est évident que les émissions de gaz à effet de serre sont d'origine humaine, notamment du fait de l'utilisation des énergies fossiles. Et nous travaillons afin que cela change, avait-il dit.

Je ne suis pas climatosceptique, avait-il insisté, expliquant s'être embrouillé et ne pas être toujours bon lorsqu'il s'agit de répondre à des questions.

Mais ses justifications n'ont pas calmé les critiques : à son tour, un groupe de scientifiques spécialisés dans les questions climatiques a appelé vendredi au départ de M. Malpass.

Joseph Stiglitz critique la BM

D'autant que, si le président de la BM défend le bilan de son institution en matière de lutte contre le réchauffement climatique, certains lui reprochent de ne pas en faire suffisamment.

Je m'inquiète pour la Banque mondiale, a ainsi déclaré lundi l'économiste Joseph Stiglitz, lui-même ancien chef économiste de la BM et aujourd'hui très critique vis-à-vis de l'institution, interrogé par l'AFP. Sur les enjeux majeurs, comme le réchauffement climatique, elle n'a pas pris la direction des opérations dont le monde aurait besoin.

Nous attendons de la Banque mondiale qu'elle soit un moteur international en matière d'ambition climatique, a de son côté insisté Mme Jean-Pierre.

Ancien ministre de Trump

Le profil politique de M. Malpass n'est pas étranger à l'attention dont il fait l'objet sur les questions climatiques. Républicain et sous-secrétaire au Trésor chargé des relations économiques internationales de l'ex-président américain Donald Trump, il avait été nommé par ce dernier en 2019 à la tête de la BM pour prendre la succession de son compatriote, Jim Yong Kim, démissionnaire.

Selon un mode de désignation préétabli, les États-Unis choisissent en effet le président de la BM, alors que l'Europe prend la décision concernant la direction du Fonds monétaire international (FMI). La part détenue par les pays au capital des deux institutions est la base de cette répartition, les États-Unis et l'ensemble de l'Union européenne en étant les deux principaux actionnaires.

Série de scandales

Les institutions économiques internationales ont dû composer avec une série de scandales visant leurs dirigeants respectifs, parfois pour des raisons en lien avec des activités passées, posant dès lors la question de ce mode de désignation.

Les dernières accusations en date remontent à octobre 2021 et concernent la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, soupçonnée d'avoir fait pression pour favoriser la Chine dans un classement lorsqu'elle était directrice générale de la BM.

Ses deux prédécesseurs français, Dominique Strauss-Kahn puis Christine Lagarde, ont de leur côté été visés par des enquêtes judiciaires et des condamnations, respectivement pour agression sexuelle à New York en 2012 et dans le cadre de l'affaire de l'arbitrage entre le Crédit Lyonnais et Bernard Tapie en France.

Le prédécesseur de M. Malpass lui-même, M. Kim, a fait l'objet de critiques après l'attribution de primes à plusieurs hauts dirigeants en 2014, avant de démissionner en 2019 afin de rejoindre une société d'investissement.

Il a également été touché par les accusations visant Mme Georgieva, un rapport indépendant soulignant que M. Kim avait lui aussi fait pression sur le personnel de la BM afin de modifier les données concernant la Chine, mais également l'Azerbaïdjan, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

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