•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La nouvelle agriculture : défier la gravité

Des producteurs et des chercheurs québécois redoublent d’imagination et d’efforts pour développer une agriculture plus efficace. Pour y arriver, on sème en hauteur ou dans des tambours rotatifs, et tout cela dans un milieu hyper contrôlé!

Un cylindre éclairé.

Une «roue de culture» du laboratoire de la faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, au pavillon Envirotron de l'Université Laval.

Photo : Radio-Canada / Michel Sylvestre

« Ça nous a permis de sauver 80 % du coût de chauffage l’hiver dernier! »

— Une citation de  André Saint-Denis, producteur maraîcher

Lors de notre passage, le producteur était en plein chantier d’agrandissement de ses serres, dans le but de doubler sa production. Mais dans un climat comme le nôtre, André Saint-Denis, copropriétaire des Serres Vaudreuil, sait très bien que l’énergie, c'est le nerf de la guerre dans le domaine serricole.

« C’est une des plus grosses dépenses qu'on a en serre. C’est l'énergie, c’est le chauffage. Regardez le beau calibre de laitues qu’on a produit grâce à la chaleur qu'on a récupérée des fraises. »

— Une citation de  André Saint-Denis, producteur maraîcher

Une chaufferette naturelle

Depuis l’automne 2021, André Denis a un nouveau partenaire : Yves Daoust, ex-producteur maraîcher et ingénieur de formation, qui a aménagé dans la serre existante un bâtiment fermé qu’il appelle sa ferme d’hiver. À l’intérieur, on découvre une véritable usine à végétaux : des murailles de plants de fraises déployées sur plus de cinq mètres de hauteur.

Les serres verticales vues de haut.

Les cultures verticales sont aménagées dans un bâtiment fermé, à l'intérieur des Serres Vaudreuil.

Photo : Gracieuseté : Ferme d'hiver

« Ce que je dis aux producteurs maraîchers, c’est installons une ferme d'hiver à côté de la production en serre, qui devient du même coup la fournaise de vos serres. »

— Une citation de  Yves Daoust, fondateur et chef des technologies chez Ferme d’hiver

Grâce à un système de thermopompe, André Saint-Denis peut récupérer la chaleur produite par cette usine à fraises, qui peut produire chaque année jusqu’à 90 000 kilos de petits fruits dans un environnement hyper contrôlé.

On va vouloir aider la rentabilité, pas juste des fraises, mais aussi des tomates, des concombres, des poivrons et tout ce qui se fait à côté, dans la serre, fait valoir Yves Daoust. Ce partenariat a notamment permis à André Saint-Denis de cultiver de la salade à l'année. Donc lui, il est content, et moi, le producteur maraîcher, j’en sors aussi gagnant.

Simuler les conditions de production au champ

« Ici, le soleil est sur le côté et les plantes visent vers le soleil. On est donc capables de mettre plusieurs étages. Ici, on a quatorze étages de haut. »

— Une citation de  Yves Daoust, fondateur de Ferme d’hiver

Le système est en mesure de simuler le lever du jour, et aussi la brise estivale. Les bourdons ont même été intégrés à cet écosystème artificiel. On fait de la technologie pour produire des denrées, nous dit Yves Daoust, lui-même issu d’une famille de producteurs maraîchers.

« J'ai vu mon père en arracher, ma mère en arracher. C'est pour ça que je comprends comment la technologie doit être orchestrée pour servir l'agronomie, pour répondre à l'état de croissance de la plante. »

— Une citation de  Yves Daoust, fondateur de Ferme d’hiver

Pour assurer la viabilité de son système de culture, Yves Daoust mise sur le partenariat avec des producteurs maraîchers, comme André Saint-Denis. Les deux nouveaux associés se partagent les revenus générés par la vente des fraises, et le producteur en serre profite des bénéfices énergétiques réalisés grâce à son nouveau locataire.

Des pousses dans une serre.

Des systèmes de culture de l'entreprise Technologies Virgo sont testés dans le laboratoire de la chercheuse Martine Dorais au pavillon Envirotron de l'Université Laval.

Photo : Radio-Canada / Michel Sylvestre

Les roues de culture

Devant nous se trouvent quatre immenses tambours rotatifs aménagés au beau milieu de la serre laboratoire de la chercheuse Martine Dorais, à l’Université Laval. Ces systèmes de culture sur roue sont munis d’une régie lumineuse centrale et peuvent s’empiler pour une production à grande échelle.

Une surface de culture comme celle-ci, nous explique la chercheuse, ça a environ 18 mètres carrés, et ça occupe à peu près une surface de 8 mètres carrés. Déjà en serre, on vient de doubler notre surface de culture, donc notre productivité.

« Qu'on soit dans le désert, qu'on soit à -60 degrés Celsius, on peut parler de 4 à 6 fois plus de rendement facilement, juste avec une roue comme ça sur un étage. »

— Une citation de  Martine Dorais, phytologiste des cultures en serre et en environnement contrôlé, Université Laval

Ces installations circulaires peuvent contenir des fines herbes et des légumes en feuilles, mais aussi des fraises, des minitomates, des poivrons et des concombres, insiste la professeure en sciences de l'agriculture.

Des systèmes de culture éprouvés par des chercheurs

Cette technologie, c’est aussi l’affaire d’un groupe de chercheurs en sciences de l’agriculture de l’Université Laval. En 2020, une chaire de recherche a été créée pour tester et développer des systèmes de culture en environnement contrôlé. Martine Dorais en est la responsable. Elle souhaite permettre aux entreprises québécoises d’améliorer leur performance agronomique.

« Que ce soit un système vertical, que ce soit un système rotatif, le secret est dans l'automatisation, puis dans le fait de cultiver à l'intérieur et sur plus d'un étage. »

— Une citation de  Martine Dorais, phytologiste des cultures en serre et en environnement contrôlé, Université Laval

Dès le début de ses recherches, la chercheuse a été étonnée de la performance. Ma crainte première, c’était l’effet de la rotation au niveau de l’égouttement des eaux d'irrigation, parce que c’est du sol vivant. Mais on n'a vraiment pas de problème. Tout est très bien contrôlé.

Pour ses recherches, Martine Dorais travaille directement avec des producteurs. Les résultats de ces analyses sont directement transférables à l'entreprise partenaire. Par exemple, les roues de culture testées dans son laboratoire ont été fournies par l’entreprise Technologies Virgo, qui prévoit développer ces systèmes à grande échelle.

Une autre vision

S’ils se démarquent de la production conventionnelle en serre, ces systèmes de culture intérieure ont un prix. C'est 10 fois plus élevé qu’un coût de construction de serres. Les serres, on est rendus à peu près à 500 ou 600 dollars du mètre carré. Lorsqu'on parle de système vertical à l'intérieur, par exemple, on va facilement multiplier par 10. Au niveau de la productivité, c'est quand même compétitif.

Pour les chercheurs, comme pour leurs partenaires de l’industrie, ce modèle de production maraîchère ne sera donc viable que s’il est développé en partenariat, ou par la mise en commun des ressources. Le surplus énergétique que j'ai ici, je vais l'utiliser pour aller chauffer une serre, donc le bilan des deux va s'équilibrer en fait, évoque Yves Daoust, fondateur de Ferme d’hiver.

L'écosystème économique agricole et sa réglementation devront aussi suivre la cadence. À ce jour, les cultures verticales en environnement fermé et contrôlé ne peuvent obtenir la certification bio. L’accès au soleil est requis, nous explique Yves Daoust. En plus, on considère nos cultures ici comme des arbres à fruits et, donc, il y a un volume minimum de terreau requis qui est représenté pour l'extérieur, mais pas pour une production comme la nôtre, à l'intérieur.

Selon Martine Dorais, des systèmes intérieurs permettent pourtant de garder le CO2 à l'intérieur et d’aller rechercher l'énergie qu'on retrouve dans la vapeur d'eau, donc dans la chaleur latente. On peut produire avec zéro empreinte carbone, j'en suis convaincue.

« Actuellement, près de 70 % de nos produits biologiques, ou fruits et légumes proviennent de l'extérieur, donc on se doit de les produire ici! »

— Une citation de  Martine Dorais, phytologiste des cultures en serre et en environnement contrôlé, Université Laval

Quant à savoir si Québec atteindra l’objectif, fixé en 2020, de doubler en cinq ans le volume de cultures en serre, Yves Daoust est catégorique : En combinant les différentes techniques de production intérieure, pour rendre plus rentable la production globale, la réponse est… absolument! Et même beaucoup plus!

Le reportage de Claude Labbé et de Michel Sylvestre est diffusé à l'émission La semaine verte ce samedi à 17 h et dimanche à 12 h 30 sur ICI TÉLÉ. À ICI RDI, ce sera dimanche à 20 h.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !