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Sur la route : Au Québec comme au Hockey

À Thurso, l’écho du coup de patin frappant la glace de l’aréna Guy Lafleur se perd parmi les souvenirs d’une époque révolue, celle des Glorieux. À Ripon, le portrait de Stéphane Richer pâlit avec les années. Le Québec a mal à ses héros. Ce texte est le neuvième de notre série Sur la route – À la recherche du Québec.

Guy Lafleur lance et compte!

Le légendaire bronze de Guy Lafleur devant la mairie de Thurso

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

DE MONT-TREMBLANT À SAINT-ANDRÉ-AVELLIN – Déjà à 7 h, la salle à déjeuner de l’hôtel à Mont-Tremblant était bondée d’un heureux mélange de travailleurs montant vers le Nord et de touristes français venus voir les couleurs. Dans la pièce flottaient des odeurs de café, de bacon, de crêpes…

Tout le monde, en mangeant, regardait distraitement le débat à la télévision. Était-ce à TVA Sports ou à RDS? Je ne sais plus. Mais quatre analystes commentaient le départ à la retraite de P.K. Subban comme s’il s’agissait des funérailles de la reine.

L’automne, le Québec, c’est le jaune et le rouge dans les arbres. C’est aussi le retour en force de cette particularité nationale, l’obsession du hockey.

Nous avons fini de manger et pris la route 327 qui serpente dans des Laurentides moins achalandées. Collines, terres agricoles, ranchs, petits villages anglophones où nous avons croisé nos premières affiches électorales du Parti canadien.

Le commerce porte la marque du temps qui passe.

La petite épicerie d'Arundel

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les nouveaux partis anglophones n’ont aucune chance de percer, m'a dit Gloria Staniforth, 75 ans, à la caisse de la petite épicerie d’Arundel. Les libéraux ne vont pas bien non plus. Cette élection n’offre pas de choix très emballants pour les anglophones, a ajouté dans un français parfait cette ancienne infirmière qui aide désormais sa sœur malade à maintenir son commerce ouvert.

D’Arundel, nous avons mis le cap sur Thurso, ville natale de Guy Lafleur où les maisons neuves poussent dans les champs en friche, en bordure de modestes maisons ouvrières des années 50.

J’ai grandi ici, mais je n'ai véritablement pris conscience de l’ampleur de la légende du numéro 10 qu’à sa mort, quand la ville du jour au lendemain a été envahie de journalistes, raconte le jeune directeur général de la petite ville, Jasmin Gibeau.

Seul sur la patinoire.

Jasmin Gibeau dans l’aréna Guy Lafleur

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il a la jeune trentaine et, donc, n’a pas connu la glorieuse époque du Démon blond. Il était en maternelle quand le Canadien a gagné sa dernière coupe Stanley et a cessé de pouvoir sérieusement porter l’épithète de Glorieux.

Il connaît, en revanche, la vétusté de l'aréna Guy Lafleur. Comme le CH, la patinoire de Thurso a connu de meilleurs jours. Tout au fond de l’aréna, un tableau de Guy Lafleur semble oublié, dissimulé par une machine distributrice de Pepsi.

L’aréna est en fin de vie, résume Jasmin Gibeau. Nous avons dû injecter plus de 100 000$$ pour réparer les tuyaux du plancher pourri. C’est un plaster sur une maladie grave. Le maintenir en vie, c’est 175 000 $ de déficit annuellement pour la Ville.

Une impression de vide se dégage de la photo.

Banc des joueurs du côté local dans l’aréna Guy Lafleur, vétuste

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il y a bien un projet sur la table. Lors des funérailles du numéro 10, au printemps dernier, François Legault s’est engagé à aider la petite municipalité à construire un nouvel aréna, mais le projet n’est pas encore sur les rails. Alors, on attend. À Thurso, on s’est habitué à vivre le cœur serré, surtout depuis la fermeture, il y a quelques années, de la papetière où travaillait beaucoup de monde. Dans la vie comme au hockey, il n' y en aura pas de facile, comme disait l’entraîneur du Canadien Claude Ruel dans les années 60.

Avant, tout le monde avait une boîte à lunch et travaillait dans l’une des usines de la place, mais depuis quelque temps, on a beaucoup de nouveaux résidents qui viennent s’installer chez nous parce que les logements et les maisons sont moins chers qu’à Gatineau, raconte le jeune DG.

Même si la Ville donnait son 110 % pour faire sortir de terre un aréna tout neuf, il n’est pas certain qu’on s’y bousculerait pour se passer la poque. Le hockey est un sport onéreux, tout coûte plus cher, alors les parents doivent faire des choix et choisissent de plus en plus le soccer pour leurs enfants.

En face de l'aréna, un groupe de jeunes de l’école secondaire Sainte-Famille profite de la récréation. Je leur demande ce qu’ils pensent de Guy Lafleur, du hockey, des élections. Moi, je voterais pour mon père, dit l’un d’eux, fin finaud. Naomie raconte, elle, que son frère et sa sœur ont arrêté de jouer au hockey. C’était trop cher pour mes parents, explique-t-elle. Et Guy Lafleur? Ils connaissent son nom, sans plus.

La végétation cache en partie la pancarte.

Une pancarte de Stéphane Richer dans un champ à Ripon

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Nous reprenons la route vers Ripon, 1700 habitants, au creux de la vallée de la Petite-Nation. À l’entrée de la municipalité, un panneau annonce que nous sommes dans la ville de Stéphane Richer, une des idoles de notre petite nation. La photo du joueur est délavée, les couleurs ont pâli sous les intempéries. Ivanoh me fait remarquer que Richer est le dernier joueur du CH à avoir marqué 50 buts en saison.

Mais il n’y a pas d’aréna à Ripon. Dans la région, il n'y en a que deux : celui de Thurso, qui tombe en ruine, et celui de Saint-André-Avellin, où Richer a découvert le hockey et qui porte désormais son nom.

Stéphane vient encore parfois jouer ici, nous dit fièrement Claude Saint-Jean, directeur de loisirs de la Municipalité de Saint-André-Avellin. L’homme est d’un naturel enthousiaste. Pour encourager les jeunes à jouer au hockey, la Ville a mis en place un programme qui les équipe gratuitement et les initie à la joute nationale. Ça s’appelle À vos patins.

Dans un des vestiaires, Isabelle Lacroix lace les patins de ses trois filles de 7, 9 et 10 ans. La plus vieille, Camille, aime bien le hockey. C’est un sport où l’on a l’impression de faire partie de quelque chose.

 Isabelle et ses trois filles dans le vestiaire de hockey.

Isabelle et ses trois filles dans le vestiaire de hockey

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Isabelle sourit. Je lui demande ce qu'elle souhaiterait pour la nation.

Mon désir pour le Québec? C'est que les enfants fassent plus de sport à l’école. Il y a tellement de talents à développer au Québec.

D’ailleurs, une jeune recrue du CH, Xavier Simoneau, vient d’ici. Je demande à Claude Saint-Jean si Saint-André-Avellin, Petite-Nation, va sauver notre sport national. On essaie fort en tout cas. L’homme me décrit son arbre généalogique : un père italien, une grand-mère maternelle irlandaise, une autre autochtone. Moi qui suis le fruit d’un métissage, je souhaite que nous soyons fiers de nous au Québec, de notre langue, de notre culture, de notre territoire, de nos valeurs.

Il ajoute qu’il trouve insultant que le CH n’ait pas plus de respect pour cette culture, que le club soit déconnecté du Québec.

Les bras croisés, il porte un polo bleu.

Claude Saint-Jean, directeur de loisirs de la Municipalité de Saint-André-Avellin, devant l’aréna Stéphane Richer

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Après avoir quitté l’aréna Stéphane Richer, Ivanoh et moi reprenons la route pour aller prendre une bouchée. Près de Namur, un terrain vague. Ici, un restaurant a dû passer au feu il y a quelques années. Il n’en reste qu’un souvenir pâle, un panneau sur lequel on peut encore lire : Frites maison.

Nous finissons par trouver un restaurant ouvert à Montebello. Sur un écran géant – ils sont décidément partout –, le poste choisi est RDS ou TVA Sports, je ne m’en souviens guère. On diffuse une longue entrevue avec deux jeunes frères qui jouent dans la même équipe.

Quand le CH finit bon dernier, qu’il ressemble à un panneau réclame délavé, il faut bien nourrir l’appétit de fierté et le temps d’antenne.

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