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François-Philippe Champagne remplacera Justin Trudeau aux funérailles de Shinzo Abe

Justin Trudeau a choisi de rester au pays pour superviser la réaction d’Ottawa aux ravages causés par la tempête post-tropicale Fiona.

Justin Trudeau signe un livre devant le portrait de Shinzo Abe.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a signé un livre de condoléances pour l'ancien premier ministre japonais Shinzo Abe à l'ambassade du Japon le 12 juillet à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Si la nature ne s’était pas déchaînée dans l’est du Canada, Justin Trudeau aurait été le seul leader du G7 à assister aux funérailles nationales de l’ancien premier ministre japonais Shinzo Abe. Ce sera finalement son ministre François-Philippe Champagne qui fera le trajet de 10 000 kilomètres pour rendre hommage à un « ami » du Canada assassiné en juillet. Pourquoi le Canada veut-il absolument être représenté à Tokyo? Il faut tenir compte d'objectifs stratégiques plus vastes en Asie-Pacifique.

En octobre 2015, le premier ministre japonais avait été le premier leader étranger à appeler Justin Trudeau pour le féliciter de sa victoire électorale. Au cours des années suivantes, les deux hommes se sont rencontrés ou ont discuté au téléphone une vingtaine de fois. Au fil du temps, ils ont entretenu une grande amitié, a souligné l’ambassadeur du Japon au Canada, Kanji Yamanouchi.

Le Canada décrit Shinzo Abe comme un fidèle ami et allié de notre pays.

Comment expliquer une telle proximité entre deux leaders si différents d'un point de vue idéologique? En effet, Justin Trudeau est un libéral progressiste et Shinzo Abe était un conservateur nationaliste. Les approches de leurs gouvernements respectifs en matière d’immigration, par exemple, étaient très différentes.

Entre Justin Trudeau et Shinzo Abe, des priorités communes, commerciales et géopolitiques, l’ont emporté sur leurs différences.

Le premier ministre japonais Shinzo Abe et le premier ministre canadien Justin Trudeau ont participé à une réunion bilatérale sur la colline du Parlement à Ottawa le dimanche 28 avril 2019.

Shinzo Abe et Justin Trudeau lors d'une réunion bilatérale sur la colline du Parlement à Ottawa en avril 2019

Photo : La Presse canadienne / Patrick Doyle

Alliés commerciaux

Les intérêts commerciaux expliquent en partie la relation stable et positive entre le Canada et le Japon, tant sous Stephen Harper que sous Justin Trudeau. Le Japon est le quatrième partenaire du Canada au chapitre du commerce bilatéral de marchandises.

Ce sont donc deux pays entourés de géants qui dépendent beaucoup du commerce extérieur, du libre-échange et d’un ordre international fondé sur certaines règles.

Justin Trudeau et Shinzo Abe se serrent la main devant des drapeaux du Canada et du Japon.

Justin Trudeau et Shinzo Abe lors d'une conférence de presse conjointe au Kantei, à Tokyo, en mai 2016

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Dans une Asie de plus en plus dominée par une Chine quand même très puissante qui voulait instaurer ses propres règles, le Japon se faisait un défenseur de ces règles universelles pour faire contrepoids, explique Éric Boulanger, chargé de cours au Département de science politique de l'UQAM.

Bousculé sur le front commercial par l’administration Trump lors de la renégociation de l’ALENA, Justin Trudeau, lui, avait tout intérêt à se rapprocher de Shinzo Abe, un leader aux objectifs semblables, c’est-à-dire rester concurrentiel et compétitif dans un système où les règles sont bien connues, justes et équitables, explique M. Boulanger.

La conclusion de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste a constitué un moment important dans les relations entre MM. Trudeau et Abe.

Quand le président Trump a retiré les États-Unis de cette entente, le Japon a pris la relève et a trouvé, avec le Canada, un allié très fort pour relancer les négociations avec les autres pays membres et pour reformuler le nouvel accord en vigueur aujourd’hui, explique le professeur Boulanger.

Côte à côte sur une seule rangée, des ministres se serrent la main.

Les ministres du Commerce de l'Australie, de Brunei, du Canada, du Chili, du Japon, de la Malaisie, du Mexique, de la Nouvelle-Zélande, du Pérou, de Singapour et du Vietnam lors de la signature du traité à Santiago le 8 mars dernier

Photo : Associated Press / Esteban Felix

Aujourd'hui, Tokyo demeure très intéressé par les ressources alimentaires et naturelles du Canada, par exemple le blé, le porc et les minéraux critiques, ainsi que par ses nouvelles technologies.

La relation Canada-Japon est sur le point d’amorcer un nouveau chapitre. Le gouvernement du Canada espère dévoiler d’ici Noël sa nouvelle stratégie indo-pacifique destinée à resserrer ses liens avec les pays de cette région.

Selon nos informations, le Japon occupera une place importante dans cette feuille de route en matière d’économie, d’environnement et de sécurité. On doit s’assumer comme pays de la région Pacifique, a indiqué une source gouvernementale.

Le Canada cherche à varier ses partenaires économiques en Asie-Pacifique dans le contexte de tensions grandissantes entre Pékin et Ottawa. En mai, le gouvernement canadien a banni le géant chinois des télécommunications Huawei de son réseau 5G en raison de craintes liées à la sécurité nationale.

Vendredi, en compagnie du président de la Corée du Sud, Yoon Suk-yeol, à Ottawa, Justin Trudeau a abordé la nouvelle stratégie indo-pacifique du Canada. Il a souligné que de plus en plus, les pays totalitaires ne sont pas des fournisseurs de services qui satisfont les attentes de nos citoyens sur le plan de la protection de l'environnement, des normes du travail et du respect des droits de la personne.

« Nous pouvons être des partenaires économiques extraordinaires sans être dépendants des autocraties ou d’États totalitaires comme la Chine ou autres. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Jeudi dernier, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a d’ailleurs annoncé que le Canada allait se joindre au groupe Partenaires du Pacifique bleu, créé par les Américains, dans le but de renforcer les liens économiques avec les îles du Pacifique. C’est une autre incarnation de la rivalité entre les États-Unis et la Chine en ce qui a trait à leur influence dans la région.

Géopolitique et sécurité

Si Shinzo Abe avait soigneusement entretenu ses liens avec les leaders américains et canadiens, c’était aussi dans le but de se prémunir contre l’expansionnisme chinois.

Abe essayait d'avoir des alliés où il pouvait en trouver. Les États-Unis, évidemment, étaient les plus importants pour lui, mais le Canada aussi. Nous sommes les voisins des États-Unis. Nous sommes les alliés des États-Unis. Nous sommes quand même un pays ami du Japon depuis longtemps, souligne Bernard Bernier, professeur au Département d’anthropologie et au Centre d'études asiatiques de l’Université de Montréal.

Xi Jinping fait un salut de la main droite.

Xi Jinping est souvent qualifié de dirigeant chinois le plus puissant depuis le fondateur du régime communiste chinois, Mao Zedong.

Photo : Getty Images / Noel Celis/Pool

Le désir du gouvernement canadien d’être vu et entendu dans la région n’est pas anodin à ce moment-ci, selon le professeur. C'est vraiment pour contrer les velléités de la Chine, non seulement face à Taïwan mais aussi par rapport au Japon. La Chine est quand même assez agressive face au Japon, explique M. Bernier.

Ottawa ne peut pas faire abstraction des tensions qui existent dans la région. Le Canada dépend beaucoup, par exemple, des biens qui circulent dans le détroit de Taïwan et doit rester vigilant.

Mentionnons que le gouvernement Trudeau a accru sa présence militaire en Indo-Pacifique dans le cadre de l’opération NEON pour faire respecter les sanctions des Nations unies contre la Corée du Nord.

Devant les montagnes de l'État de Washington en toile de fond, un hélicoptère Sea King survole le navire HMCS Vancouver à Esquimalt, en Colombie-Britannique.

Devant les montagnes de l'État de Washington en toile de fond, un hélicoptère Sea King survole le navire HMCS Vancouver à Esquimalt, en Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Chad Hipolito

Depuis 2018, le Canada déploie périodiquement des navires et des aéronefs pour prévenir des manœuvres de contournement des sanctions imposées à la Corée du Nord, notamment le transfert de carburant ou d’autres marchandises entre des navires.

Les Forces armées canadiennes ont déployé le NCSM Vancouver lors de cette opération. Cet automne, un aéronef de patrouille maritime sera dépêché à partir de la base aérienne Kaneda, au Japon.

En Asie-Pacifique, où s’affrontent les grandes forces géopolitiques du monde, le Canada veut être présent à la table. Ottawa choisit de miser sur la mémoire et sur la continuité.

Avec la collaboration de Marie Chabot-Johnson

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