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Il faudra plus que l’immigration pour contrer la pénurie de main-d’œuvre

La pénurie de main-d'œuvre frappe durement dans la circonscription d’Abitibi-Ouest et s’impose comme un enjeu important dans cette campagne électorale.

Des affiches « Nous embauchons » sur la porte d'un commerce.

Les candidats d'Abitibi-Ouest ont quelques propositions en dehors de l'immigration. (archives)

Photo : Radio-Canada / Simon Rail-Laplante

Si l’immigration fait partie des solutions avancées, d’autres actions seront aussi nécessaires pour en limiter les effets sur l’économie régionale et les services publics.

En août dernier, le taux de chômage était de 3,8 % en Abitibi-Témiscamingue. Depuis quelques années, le vieillissement de la population ne permet plus de combler naturellement tous les départs à la retraite.

L’immigration apparaît pour plusieurs comme une solution à court terme, mais ce ne sera pas suffisant à moyen ou long terme.

Le réseau de la santé multiplie actuellement les efforts de recrutement à l'international, avec 80 infirmières qui arrivent de l’Afrique ces jours-ci.

Portrait de Sylvain Trudel.

Sylvain Trudel est président du comité citoyen La Grande Séduction.

Photo : Radio-Canada / Patrick Andre Perron

Pour Sylvain Trudel, du mouvement de la Grande Séduction, qui accueille 19 de ces nouvelles infirmières, l’immigration est incontournable pour rouvrir un jour les lits d’hospitalisation fermés depuis un an à La Sarre.

Depuis un an, on a viré le problème sous tous ses angles, et sans l’immigration… On en a besoin de 65, et là, il y en arrive 19 d’un coup de l’immigration. Et sans ces 19 [infirmières]-là, à 5, 6, 7 ou 8 par année, qui est le rythme naturel, il n’y a aucune chance qu’on en vienne à bout, ce n’est pas le rythme des retraites seulement. Donc, l’immigration pour nous, c’est la seule façon pour nous dont on pense qu’on peut passer à travers et espérer un retour à la normale au niveau des lits d'hôpital pas dans les prochains mois, dans les prochaines années seulement, estime-t-il.

Claude Balleux pose pour la caméra.

Claude Balleux, président de la Chambre de commerce et d'industrie du Centre-Abitibi.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Les entreprises consacrent aussi d’importantes sommes pour recruter à l’étranger. Pour elles, l’immigration est un apport d’oxygène important, fait valoir Claude Balleux, président de la Chambre de commerce et d’industrie du Centre-Abitibi.

Ce n’est pas la panacée, on s’entend, mais l’immigration fait partie des solutions. Il y a plusieurs entreprises qui ont commencé à se lancer dans ces processus. Je parlais d’ailleurs tout à l’heure avec quelqu'un qui m’a dit : "J’aurais dû le faire il y a deux ans", parce que ça comble vraiment des besoins importants pour son entreprise. Ce qui me semble être la chose à faire, c'est d’ajouter de la flexibilité, de l’agilité, parce que c’est quand même un processus avec un certain niveau de complexité, plaide-t-il.

Pas juste l’immigration

Sébastien D'Astous, maire d’Amos.

Sébastien D'Astous, préfet de la MRC Abitibi et maire d’Amos, partage l'avis de Claude Balleux. (archives)

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Sébastien D’Astous, préfet de la MRC Abitibi, croit qu’il faudra une réelle volonté politique pour assouplir les règles et simplifier tout le processus pour les entreprises qui doivent recruter à l’étranger. Mais il faut aussi développer d’autres solutions, selon lui.

Moi, rapidement, ce que je demande au gouvernement, c’est de donner des incitatifs fiscaux aux gens retraités qui voudraient retourner sur le marché de l’emploi. On pourrait faire un plan sur les cinq prochaines années, quelque chose de temporaire qui ne coûterait rien à Québec et qui permettrait de temporiser ou régler une certaine partie du problème en intégrant des gens qui sont déjà formés sur le marché du travail, affirme Sébastien D’Astous.

André Tessier, directeur général du Mouvement de la relève d’Amos-Région (MRAR), croit lui aussi qu’il faut faire appel à l’ensemble des clientèles disponibles. Le MRAR accompagne les jeunes de 16 à 35 ans qui sont éloignés du marché du travail. Ils se trouvent plus facilement des emplois en ce moment, mais la partie n’est pas nécessairement gagnée pour autant.

Il faut plus de ressources, plus de flexibilité dans les façons de faire. Je pense qu'il ne faut pas baisser les bras et dire que les jeunes sont tous en emploi. Oui, les jeunes sont majoritairement en emploi, mais ça ne veut pas dire qu’ils n’éprouvent pas de la difficulté ou que les entreprises n’éprouvent pas de la difficulté à les conserver. On intervient de plus en plus directement dans le milieu du travail avec les employeurs pour aider à ce que le jeune réponde aux attentes de l’employeur et qu’il apprécie le travail aussi à l’intérieur de ça, confie-t-il.

Modernisation et requalification

La députée sortante et candidate caquiste Suzanne Blais estime que l’immigration est une solution, mais elle avoue que les procédures sont longues et laborieuses avec le gouvernement fédéral.

Suzanne Blais parle au micro tandis que Guy Bourgeois et Alexis Lapierre l'écoutent.

La caquiste Suzanne Blais, le libéral Guy Bourgeois et le solidaire Alexis Lapierre lors d'un débat du 20 septembre à Amos.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Elle mise aussi sur la modernisation et l’automatisation des entreprises ainsi que sur des avantages fiscaux pour ramener au travail les 55 ans et plus.

On le voit en santé, on requalifie certains postes, que ce soit des préposés, des auxiliaires ou des infirmières. On veut donner la formation dans différents créneaux. Le gouvernement se penche beaucoup là-dessus. En santé, en éducation, au niveau aussi du génie civil, parce qu'on en a besoin de ces gens-là. On a aussi des besoins en construction. Ce sont tous des programmes qui sont en préparation pour essayer de contrer la pénurie de main-d'œuvre. Mais encore, on ne peut pas faire ça du claquement de doigts et dire 24 heures ou six mois plus tard, le problème est réglé. On sait que les formations, c’est un minimum de 12 mois et plus, rappelle-t-elle.

Pour Alexis Lapierre, de Québec solidaire, il faut régionaliser l’immigration, s’assurer de bien répondre aux besoins du marché du travail et faciliter l’intégration des nouveaux arrivants. Il faudrait selon lui réduire les délais pour avoir un statut permanent pour les personnes qui ont déjà un emploi ou qui décident de venir travailler dans la région. Des avantages fiscaux pour encourager et faciliter le retour au travail des retraités sont aussi sur la table.

Sur le plan de la formation, on a beaucoup de difficultés en Abitibi-Témiscamingue, autant au niveau universitaire, collégial ou en formation professionnelle, à offrir des petits programmes, des petites cohortes. Dans le milieu de la santé, c’est vrai, par exemple à La Sarre, ça s’est mobilisé, ça va déboucher, mais il y a un enjeu de financement pour ces programmes-là. On le sait, il y a des gens à La Sarre, à Ville-Marie ou à Senneterre qui voudraient suivre la formation d’infirmière, mais qui ne peuvent pas se déplacer, par exemple à Rouyn-Noranda, pour suivre cette formation. Pour nous, c’est important de financer de petites cohortes pour permettre à ces personnes-là de se former dans leur milieu aussi, croit-il.

Premières Nations et travailleurs d’expérience

Le candidat libéral Guy Bourgeois voit dans l’immigration une partie de la solution, en rappelant que la région s’est construite avec l’apport de 68 nations différentes. Il voit aussi un bassin de travailleurs au sein des Premières Nations qui ne demandent qu’à contribuer.

Son parti s’engage de plus à offrir un congé de cotisations à la Régie des rentes du Québec à partir de 62 ans et de hausser le seuil minimal d’imposition chez les 65 ans et plus.

Un travailleur d'expérience qui reprend le collier, que ce soit dans un secteur d'activités ou dans un autre, mais dans son secteur d’activités, encore là, il a une grande importance. Il peut être celui qui va accompagner les jeunes travailleurs ou ceux qui rentrent dans le domaine, mais qui ne sont pas nécessairement au même niveau de connaissances ou de formation. Cet accompagnement va permettre d'améliorer plus rapidement la compétitivité des organisations en termes de productivité. Il faut reconnaître ça, affirme-t-il.

Samuel Doré du Parti québécois se dit lui aussi favorable à l’immigration, mais encore faut-il faire les choses correctement.

Samuel Doré pose dehors, souriant à la caméra.

Samuel Doré, candidat du PQ dans Abitibi-Ouest aux élections provinciales du 3 octobre.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Il faut s’assurer d’avoir des logements et des places en services de garde pour accueillir les immigrants. Selon lui, il faut aussi explorer d’autres pistes, que ce soit au niveau des Premières Nations, de la formation ou encore des retraités.

Notre chef a décidé de mettre en place des incitatifs fiscaux pour les gens de 60, 65 et 70 ans qui sont de plus en plus présents sur le marché du travail. Souvent, ils décident de travailler à temps partiel,  mais ils trouvent qu’ils ont des pénalités trop importantes. Payer de la Régie des rentes quand tu as 70 ans, que tu as déjà ton fonds de pension, il y a comme une absurdité là-dedans. Donc, on va diminuer les charges, on va donner des incitatifs pour que ça intéresse les gens, souligne Samuel Doré.

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