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Derrière Giorgia Meloni, la droite radicale aux portes du pouvoir en Italie

La candidate des Frères d’Italie, un parti décrit comme « post-fasciste », est en tête dans les intentions de vote et pourrait bien devenir la première femme à diriger le gouvernement italien.

Des partisans de Giorgia Meloni, à Rome.

Giorgia Meloni est en tête dans les sondages en vue de l'élection italienne de la fin de semaine.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

ROME - Jeudi soir, des milliers de militants de la droite italienne s’étaient donné rendez-vous, drapeaux en main, sur la Piazza del Popolo, au cœur de Rome.

À quelques jours du scrutin, les candidats des partis de la coalition conservatrice ont défilé les uns après les autres sur scène.

D’abord, l’ancien premier ministre Silvio Berlusconi, aujourd’hui âgé de 85 ans. Puis Matteo Salvini, le chef de La Ligue et ancien ministre controversé de l’Intérieur.

Mais c’est surtout la dernière des oratrices qui a soulevé l’enthousiasme de la foule : Giorgia Meloni, 45 ans, cheffe de Fratelli d’Italia, les Frères d’Italie.

Son débit est rapide. En fin de campagne, elle a plusieurs messages à adresser à ses électeurs. Parmi ceux-ci, une envolée contre les journalistes et les commentateurs. Ce qui nous intéresse, c’est ce que pensent les Italiens, lance-t-elle.

Un parti post-fasciste

En tête dans les sondages, avec environ 30 % des intentions de vote, Giorgia Meloni dirige un parti décrit comme étant post-fasciste. Sur les drapeaux brandis par ses partisans, on voit d’ailleurs la flamme vert, blanc et rouge, héritée de formations qui ont suivi la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la chute de Benito Mussolini.

Des drapeaux tenus dans les airs.

Des partisans de Giorgia Meloni et des autres partis de droite, lors d'un rassemblement à Rome.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Meloni elle-même a déjà fait part de son admiration pour l’ancien dictateur. Dans un reportage du réseau France 3, diffusé il y a plus de 25 ans, une jeune Giorgia Meloni, déjà impliquée en politique, déclarait qu’à son avis Mussolini est un bon politicien. C'est-à-dire que tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour l’Italie.

Des années plus tard, la meneuse de la campagne tente de se distancier de cet héritage et de polir son image.

Dans une vidéo enregistrée en plusieurs langues et diffusée pendant la campagne, on aperçoit Giorgia Meloni, derrière son bureau, déclarer que la droite italienne a relégué le fascisme à l’histoire.

« J’ai lu qu’une victoire de Fratelli d’Italia aux élections de septembre conduirait à un désastre, à un tournant autoritaire, à la sortie de l’Italie de l’euro et à d’autres absurdités de ce genre. Rien de tout cela n’est vrai. »

— Une citation de  Giorgia Meloni, candidate de Fratelli d’Italia

Le racisme est mort, Mussolini est mort, ajoute Guido Crosetto, cofondateur avec Meloni des Frères d’Italie, que nous avons rencontré dans son bureau romain.

Des enjeux avec la base

N’empêche, selon Francesco Maselli, correspondant pour l’Opinion et observateur de la vie politique italienne, si les dirigeants tentent de présenter une image différente de leur parti, certains membres de la base rappellent quelles sont les racines de la formation politique.

Giorgia Meloni, la candidate des Frères d'Italie.

Giorgia Meloni est la meneuse dans les sondages en Italie.

Photo : Reuters / FLAVIO LO SCALZO

Il donne l’exemple d’un événement survenu en toute fin de campagne.

Il y a un cadre de parti, un militant de parti, qui a fait le salut romain, donc le salut fasciste, pendant des funérailles, en pleine campagne électorale. Donc ça, ça se voit. Ils ont de la difficulté à cacher ça, lance-t-il.

Francesco Maselli juge néanmoins que l’impact de tels gestes est limité dans un pays où on a déjà banalisé les post-fascistes.

« En 1994, Silvio Berlusconi a formé un gouvernement avec les post-fascistes. Donc en fait, c’est déjà normalisé, on n'est pas dans une nouveauté. »

— Une citation de  Francesco Maselli, correspondant pour l’Opinion

Giorgia Meloni elle-même n’est pas une figure inconnue des Italiens. Élue en 2006, elle a été la plus jeune vice-présidente du Parlement et a fait partie d’un gouvernement de Silvio Berlusconi en tant que ministre déléguée à la Jeunesse.

Pendant sa campagne, la candidate des Frères d’Italie a surtout misé sur les enjeux prioritaires de l’électorat, comme l’inflation et les prix de l’énergie. Giorgia Meloni a aussi martelé des thèmes chers à l’extrême droite, comme l’immigration et la sécurité.

La candidate a d’ailleurs été critiquée par ses adversaires de gauche pour avoir partagé sur les réseaux sociaux la vidéo d’un viol commis par un demandeur d’asile, pour justement aborder les enjeux liés à la sécurité.

Partisane d’une politique nataliste, Giorgia Meloni a aussi dû répéter à plusieurs reprises que si elle souhaitait élargir les options pour éviter les avortements, elle n'entendait pas abolir ou modifier la loi qui garantit l’accès à la procédure.

Les principaux visages de la coalition de droite et d'extrême droite qui espère accéder au pouvoir en Italie.

Les principaux visages de la coalition de droite et d'extrême droite qui espère accéder au pouvoir en Italie.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Quel genre de coalition à la tête de l’Italie?

Il y a un mélange d’inexpérience et d’une identité très radicale, affirme le député du Parti démocrate Filippo Sensi à propos des troupes de Meloni.

Guido Crosetto, allié de la dirigeante des Frères d’Italie, assure de son côté que Giorgia Meloni est différente d’autres figures de la droite radicale européenne, comme Marine Le Pen.

Meloni est en faveur de l’OTAN et de l’alliance occidentale, assure-t-il. Il ajoute qu’elle dirige un groupe d'élus au sein de l’Union européenne (UE), une institution qu’elle souhaite néanmoins réformer en réclamant une plus grande souveraineté pour les États membres.

L’élu de gauche Filippo Sensi croit qu’il n’y a pas que Giorgia Meloni dont les Italiens et les Européens doivent se méfier.

Filioppo Sensi, député du Parti démocrate italien.

Filippo Sensi, député du Parti démocrate, craint l'arrivée au pouvoir d'une coalition de droite.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Vu le système politique d’Italie, si la cheffe des Frères d’Italie est nommée présidente du Conseil, l’équivalent de première ministre, elle devra diriger avec d’autres partis, dont certains ont des positions très différentes de la sienne sur des enjeux européens et internationaux.

Sur le dossier ukrainien, par exemple, Filippo Sensi souligne que la coalition a des positions très contrastées. Giorgia Meloni critique l’invasion russe de l’Ukraine, comme elle l’a répété dans son discours jeudi. Mais ses alliés Matteo Salvini et Silvio Berlusconi ont montré une grande proximité avec Vladimir Poutine dans le passé.

Face à une gauche et un centre divisés, la coalition de droite demeure le groupe qui est en meilleure position pour former le prochain gouvernement à Rome.

Giorgia Meloni, qui a été l’une des principales figures d’opposition ces dernières années alors que tous les autres grands partis ont participé aux derniers gouvernements d’union nationale, est maintenant aux portes du pouvoir.

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