•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Marchés fermiers : des produits pas si locaux que ça

Une femme tient une pomme dans le marché fermier du sud de Calgary, samedi 17 septembre 2022.

L'Alberta compte 150 marchés fermiers approuvés par le gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Le week-end, vous faites peut-être partie des milliers de personnes qui se rendent dans un marché fermier pour acheter des fruits et des légumes. En Alberta, ils sont plus de trois millions à l'avoir fait l'année dernière. Des produits locaux et frais, c'est ce que les consommateurs croient venir chercher.

Je viens ici parce que la majorité des produits sont locaux, frais et, même, parfois moins chers qu'à l'épicerie, dit Kevin Singh, sa fille dans la main gauche et une caisse de bluets dans la main droite.

Ce samedi matin, les habitués comme lui se pressent au marché fermier du sud de Calgary, un des 150 lieux autorisés par le gouvernement albertain qui doit respecter la règle suivante : 80 % des produits vendus ont poussé localement, 20 % viennent d'ailleurs.

Une exigence que la province a instaurée en 1974 pour soutenir l’agriculture.

Des pommes... et des mangues

Local, ça veut dire que ça vient de l'ouest du Canada, surtout de l'Alberta et de la Colombie-Britannique, assure Mikayla Jayne, porte-parole du marché. Le discours est le même du côté de Robin Mousso, employé du stand Cherry Pit.

Pourtant, selon l'Association des marchés fermiers de l’Alberta et le gouvernement, un produit est local seulement lorsqu'il vient de l'Alberta.

Dans les allées du marché fermier du sud de Calgary, beaucoup de fruits et de légumes viennent de Colombie-Britannique, comme des pommes ou des choux de Bruxelles.

Une étale du marché fermier du sud de Calgary le samedi 17 septembre 2022.

Sur les étales de Panorama Orchards, les clients peuvent trouver des bananes, des mangues, des avocats et des grenades, à côté des pommes.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Certains étals de Panorama Orchards, dont la propriétaire détient aussi Cherry Pit, comptent même des mangues ou des bananes qui ont voyagé des milliers de kilomètres.

Mikayla Jayne, la porte-parole, s’explique : On autorise ces produits pour offrir le choix le plus large possible aux consommateurs, pour qu'ils puissent faire tous leurs achats au même endroit durant toute l'année. Sur l'ensemble de tous nos vendeurs, nous respectons les règles.

Les produits exotiques n’ont pas leur place dans un marché fermier, selon Nicola Irving, présidente de l'Association des marchés fermiers de l’Alberta. Il faut soutenir les petits fermiers. Il n’y en a pas assez dans les marchés, avoue-t-elle.

Où sont les vrais fermiers ?

Le choix de Francis Ethier est restreint. Le responsable du stand Tomato Man ne vend que des produits poussant dans des serres en Alberta. Il avoue que produire local est un défi : Il n'y a pas assez de producteurs pour nourrir toute la population. La météo rend les récoltes plus lentes et plus chères.

Un marché fermier peut donc offrir à ses clients des fruits de l’étranger, d’une autre province canadienne et de la région toute proche. L’information n’est pas assez claire pour le consommateur, concède Nicola Irving. 

Nicola Irving et son mari sur leur exploitation en Alberta.

Selon Nicola Irving, à gauche, l'Alberta est la seule province qui a un programme encadrant les marchés fermiers.

Photo : Carla Lehman

Elle rappelle que certains marchés fermiers sont en réalité privés. Ils ne sont donc pas soumis à la règle 80 % d’Alberta, 20 % d'ailleurs. C'est le cas des célèbres Crossroads à Calgary et Bountiful à Edmonton. Peu de gens le savent, avoue-t-elle.

« Il y a de plus en plus de marchés, mais de moins en moins de fermiers y sont »

— Une citation de  Chris Souto, propriétaire de l’entreprise Souto Farms

Chris Souto vend les produits de ses fermes dans 17 différents marchés fermiers. Après six ans de collaboration, il est parti du marché fermier du sud de Calgary à cause de la concurrence déloyale.

Trop de vendeurs se fournissaient auprès de grossistes. Ils achetaient à des prix bas sur lesquels on ne pouvait pas s’aligner, se rappelle Chris Souto. C’est injuste pour les clients et les fermiers locaux.

Chris Souto dans sa ferme.

Selon Chris Souto, les marchés fermiers ne sont pas si locaux qu'on le pense.

Photo : Facebook/Souto Farms Local Market

Comment améliorer le système?

Selon lui, près de la moitié des vendeurs n’ont même pas de fermes. Pour s’assurer de la provenance des produits, Chris Souto voudrait que les responsables des marchés visitent les exploitations avant d'accepter un vendeur.

Dans un monde idéal, peut-être [que c’est une bonne idée], mais ce n’est pas faisable, rétorque Nicola Irving. Les marchés sont tous à but non lucratif et ils n'ont ni l’argent ni le temps de visiter les fermes.

Pour plus de transparence auprès des clients, faut-il faire des compartiments regroupant les produits d'Alberta d'un côté et ceux d'une autre province ou de l'étranger dans un autre? Ce ne serait pas une mauvaise idée, dit Robin Mousso.

Des barquettes de framboises sur l'étale du marché fermier du sud de Calgary le samedi 17 septembre 2022.

Les commerçants conseillent aux clients d'acheter en priorité les produits de saison.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Le ministère de l’Agriculture confirme qu’il n’y a jamais eu d’inspections et que, par conséquent, aucun marché s’est vu enlever son accréditation.

Pour acheter le plus local possible, Nicola Irving conseille de privilégier les marchés fermiers approuvés répertoriés sur le site du gouvernement et arborant le logo Sunnygirl. 

L'association du secteur et les fermiers conseillent aux consommateurs de se renseigner directement auprès des commerçants avant d’acheter des produits de saison pour avoir le plus de chance d'obtenir des produits d'origine locale.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !