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Rouyn-Noranda et le Témiscamingue pâtissent d’un manque d’infrastructures sportives

Les citoyens de Rouyn-Noranda et du Témiscamingue vivent sur un territoire en déficit d’infrastructures sportives. Au centre du Témiscamingue, les enfants n’ont pas de lieu intérieur où apprendre à nager depuis la fermeture de la piscine de Ville-Marie, en 2019. À Rouyn-Noranda, seules deux piscines demeurent accessibles au public, dont celle du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, elle-même vétuste.

La piscine.

La piscine du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue est en fin de vie.

Photo : Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue

À cette carence en infrastructures aquatiques s'ajoute l’absence d’un complexe multisport à Rouyn-Noranda, attendu par de nombreux citoyens depuis plusieurs années, ce qui provoque l’exode de jeunes talents sportifs prometteurs à l'extérieur de la MRC.

Alors que la campagne électorale provinciale est dans la dernière ligne droite, cet enjeu qui touche à la fois la santé et la sécurité de la population, mais aussi l’attrait de la région, émerge comme une priorité auprès des candidats dans la circonscription de Rouyn-Noranda-Témiscamingue.

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Rouyn-Noranda, David Lecours, ne se plaint pas de ce soudain intérêt. Il se dit malgré tout déçu du peu d’attention portée à l’Abitibi-Témiscamingue durant la campagne et aimerait entendre des promesses quant à la construction d’infrastructures sportives dans la région.

David Lecours pose pour la caméra dans ses bureaux.

Le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Rouyn-Noranda, David Lecours

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Comme citoyens, on regarde les nouvelles où on parle d’un troisième lien, à Québec. On voit les gens de Montréal réagir, qui ne sont pas d’accord, qui demandent combien de millions ça va coûter. Pendant ce temps-là, à Rouyn-Noranda, on n’a même pas de complexe multisport, il faut le faire! On a des infrastructures vieillissantes, on manque d’infrastructures sportives, alors on se dit : "Coudonc, est-ce qu’il va rester quelque chose pour les régions? Est-ce que les régions vont avoir leur place à un moment donné? Reste-t-il quelques millions pour nous?", demande-t-il.

Absence de piscine, un enjeu de sécurité publique

À Ville-Marie, l’impossibilité pour les enfants de suivre des cours pour apprendre à nager dans une piscine préoccupe grandement les familles.

La présidente du conseil d’administration du Complexe des Eaux profondes, Nathalie Cardinal, souligne que la topographie du territoire met en évidence la nécessité d’une infrastructure aquatique accessible.

On est entourés de lacs et on doit apprendre à nager. Aussi, les gens à mobilité réduite, il y en a plusieurs que la seule façon qu’ils réussissent à faire de l’activité physique, c’est dans l’eau, explique Mme Cardinal, qui dirige l’organisme dont la mission est de doter Ville-Marie d’une piscine.

Une affiche indique fermé au bout d'un corridor de piscine sportive.

La piscine de Ville-Marie est fermée depuis juin 2019.

Photo : Radio-Canada / Tanya Neveu

Nathalie Cardinal ajoute que l’absence d’une infrastructure aquatique peut représenter un frein dans les efforts de la MRC pour attirer et retenir familles et travailleurs.

Elle juge que le dossier progresse bien et espère que le projet sera déposé d’ici la fin de l’année 2023.

On est rendus à l’étape où on a donné le contrat à une firme d’ingénieurs et d’architectes pour faire ce qu’on appelle un programme fonctionnel et technique et des devis de performance. C’est là qu’on est en train de créer le type d’infrastructure qu’on aimerait avoir. Quand il va y avoir un appel de subvention au gouvernement, on va être prêts à déposer notre projet, assure-t-elle.

Capture d'écran d'une représentation graphique d'un terrain sur l'infolot en ligne du Ministère de l'Énergie et Ressources naturelles.

La Ville de Ville-Marie a fait don d'un terrain pour la construction d'une infrastructure aquatique.

Photo :  Capture d’écran / Ministère québécois de l'Énergie et Ressources naturelles

Le manque de plateaux sportifs freine les talents

À Rouyn-Noranda, le manque de plateaux sportifs et l’absence d’un complexe multisport avec surface synthétique représentent un frein au développement des athlètes, notamment des joueurs de soccer.

C’est clair que c’est un frein à la croissance du soccer à Rouyn-Noranda. Le fait qu’on n’ait pas de complexe intérieur pour pratiquer 12 mois par année, ça nous limite du point de vue entraînement. Entre autres, on ne peut pas avoir accès à un programme de sport-études, parce que nos infrastructures n’y répondent pas. On pratique dans des gymnases qui sont vraiment inadéquats, explique le président du Club Boréal, Sylvain Dallaire.

Le Boréal à l'entraînement.

Le Club de soccer Boréal juge inadéquates les infrastructures disponibles à Rouyn-Noranda. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Le son de cloche est le même au club de gymnastique Gym Express. Janie-France Barbe, qui siège au conseil d’administration de l’organisation, soutient que les installations actuelles ne permettent pas aux jeunes gymnastes d’atteindre leur plein potentiel.

Avoir des fosses, ça permettrait à nos athlètes de plus haut niveau de pouvoir pratiquer des mouvements qui nécessitent un atterrissage au sol; mais là, il faut surélever des matelas pour que ce soit sécuritaire, donc c’est plus long avant d'acquérir certains mouvements, cite-t-elle en exemple.

Une dizaine d'athlètes s'entraînent à la poutre et sur un tapis.

Selon Janie-France Barbe, les corridors de course sont plus courts que ceux aménagés lors des compétitions. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Luneau

Comme les athlètes de Rouyn-Noranda n’ont pas accès à des infrastructures de qualité, certains font le choix de s’exiler afin de mieux se développer, notamment à l’intérieur de programmes sport-études.

C’est clair que ça fait partie du portrait, relate Sylvain Dallaire. On l’a déjà vécu, et encore cet hiver, on a 4-5 bons joueurs de soccer du Boréal qui se sont expatriés à Val-d’Or pour avoir l’encadrement avec les infrastructures nécessaires, avec le sport-études entre autres. Donc oui, il y a plusieurs bons joueurs qui vont quitter la région pour le bienfait de leur développement.

Un terrain de soccer synthétique à l'intérieur d'un complexe sportif.

Des joueurs de soccer de Rouyn-Noranda s'exilent à Val-d'Or pour évoluer en sport-études, dans les installations du Centre multisport Fournier. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry

Tant au Club Boréal qu’au club Gym Express, des inscriptions ont dû être refusées cette année en raison du manque d’espace.

Janie-France Barbe déplore cette situation qui empêche plusieurs enfants de pratiquer leur sport favori.

Cette année, on a dépassé les 365 inscriptions, mais malgré ça, on est quand même obligé de refuser certains athlètes, surtout chez les plus jeunes. C’est surtout un sport féminin, donc ce sont de jeunes filles qui ne peuvent pas faire un sport qu’elles auraient voulu faire, regrette-t-elle.

Renoncer aux compétitions provinciales

Au soccer, en gymnastique ainsi que dans plusieurs autres disciplines, Rouyn-Noranda est exclue comme ville hôte pour des compétitions d’envergure, en raison de la piètre qualité des installations disponibles.

C’est sûr qu’il y a des événements d’envergure qu’on ne pourra jamais présenter, parce qu’on n’a aucune infrastructure qui respecte les normes demandées, affirme Sylvain Dallaire. Si on n’est pas capable d’avoir un sport-études parce qu’on ne respecte pas les normes, pour les compétitions provinciales, ça va être le même standard, donc on est loin, loin de là.

Des gymnastes s'entraînent sur un plateau de gymnastique.

Une seule toilette est disponible dans les installations du club de gymnastique Gym Express. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Luneau

Même lorsqu’il est question de compétitions de moindre envergure, bien souvent, les infrastructures ne permettent pas de recevoir parents et spectateurs dans un minimum de confort.

On doit avoir une compétition régionale cette année et on ne sait même pas comment on va être capable de la tenir. Comment on va faire pour faire venir des parents et des spectateurs pour la compétition avec une seule toilette? On est en train d’essayer de trouver des solutions à ce problème-là, indique Janie-France Barbe.

La volonté politique est présente

Chez les candidats au poste de député dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue, tous s’accordent pour affirmer qu’un centre aquatique à Ville-Marie est une nécessité, et chacun s’engage à faire de ce dossier une priorité.

Les candidats s’entendent également sur le besoin de doter Rouyn-Noranda d’un complexe multisport qui améliorera l’offre de plateaux pour un ensemble de disciplines sportives.

D'après la députée sortante et candidate de Québec solidaire, il n’est pas normal que Rouyn-Noranda soit l’une des seules villes de plus de 40 000 habitants au Québec à ne pas disposer d’une telle infrastructure.

Émilise Lessard-Therrien entourée de pancartes électorales de Québec solidaire.

Émilise Lessard-Therrien

Photo : Radio-Canada / Lise Millette

Ce n’est pas normal, et ce que je trouve qui est encore moins normal, c’est qu’au moment où on a eu les discussions sur le complexe multisport, le ministre régional a dit : "Écoutez, on ne sera pas capable d’aller chercher les sommes, réduisez vos ambitions, Rouyn-Noranda, et appliquez seulement pour le complexe aquatique"; ça pour moi, il y a un enjeu, exprime-t-elle.

Le candidat de la Coalition avenir Québec, Daniel Bernard, s’engage de son côté à soutenir la Ville dans les étapes menant au dépôt du projet.

Quand on parle d’un projet comme un complexe multisport, qui va être de l’ordre de 30 à 40 millions, il faut que ces dossiers-là soient portés par la Municipalité, parce que ça va avoir un impact sur la taxation des citoyens. Le rôle du député, et c’est ce que j’ai fait dans le passé, c’est accompagner pour arrimer les projets, et c’est ce que je m’engage à faire, assure-t-il.

Daniel Bernard dans son bureau.

Daniel Bernard

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Le candidat du Parti québécois, Jean-François Vachon, affirme être le mieux placé pour comprendre le dossier du complexe multisport, en raison de son passé de journaliste sportif.

Il se dit personnellement fâché qu’un tel projet n’ait pas encore abouti à Rouyn-Noranda.

J’ai été journaliste pendant 10 ans, alors je le connais ce problème-là. Je peux dire à tous les intervenants que je vais être derrière eux et que je vais travailler à faire en sorte qu’on puisse se doter d’une telle infrastructure. C’est un facteur d’attraction pour les gens. Les immigrants, leur sport, ce n’est pas le hockey, c’est le soccer, dit-il.

Le candidat du Parti conservateur du Québec, Robert Daigle, considère aussi la construction d’un complexe multisport à Rouyn-Noranda comme une priorité, tout comme la réfection de l’aréna de Saint-Bruno-de-Guigues.

Arnaud Warolin est assis dans une salle pour le débat à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Arnaud Warolin

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Selon le candidat du Parti libéral du Québec, Arnaud Warolin, les programmes gouvernementaux doivent être adaptés aux régions pour que les plus petites collectivités soient en mesure de se payer des infrastructures de qualité.

On le mérite. Je pense que la population de Rouyn-Noranda-Témiscamingue mérite des infrastructures de qualité. Nos jeunes méritent des infrastructures de qualité. Je sais que la Ville [de Rouyn-Noranda] est bien avancée dans ses démarches, mais je peux vous assurer que, quand je serai député, je vais les accompagner de toutes mes forces pour que ce projet se réalise dans les meilleurs délais, soutient M. Warolin.

Diane Dallaire prend la pose dans les bureaux de la Ville de Rouyn-Noranda en souriant à la caméra.

La mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, affirme que la Ville sera prête à déposer un projet lorsque des programmes de subventions seront annoncés. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Affirmant vouloir régler avant toute chose le dossier de la Fonderie Horne, la mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, assure néanmoins que la Ville est bien préparée et qu’elle sera prête lorsque le prochain gouvernement annoncera des sommes destinées à la construction d’infrastructures sportives.

On n’agira pas seuls dans ce dossier-là, on travaille avec nos partenaires, l’UQAT, le Cégep et le Centre de services scolaire. Mais si un programme se présente, on sera prêts à déposer, confirme-t-elle.

Bannière promotionnelle de notre dossier sur les élections provinciales au Québec.

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