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La bisbille se poursuit au conseil municipal de Gatineau

France Bélisle et Steve Moran

France Bélisle et Steve Moran

Photo : Radio-Canada

Après un début de mandat marqué par la collaboration au conseil municipal de Gatineau, la tension a monté d'un cran cette semaine entre la mairesse France Bélisle et les élus d’Action Gatineau.

La mairesse y est allée d’une sortie en règle contre le parti d’opposition à la suite d’une décision du conseil municipal de rejeter un projet d’habitations dans le secteur de Hull.

En s’unissant, les huit conseillers d’Action Gatineau et deux indépendants, Edmond Leclerc et Steven Boivin, ont bloqué le projet voté par neuf élus indépendants. France Bélisle a multiplié les attaques envers l’opposition, disant notamment que le parti a bloqué près de 1000 portes [de logements] en moins d’un an.

En entrevue jeudi, le conseiller municipal du district de Hull-Wright, Steve Moran, a tenu à rectifier les faits. En tout, trois projets de développement ont été défaits, dont un avec un vote unanime, ce qui inclut la mairesse. Les trois projets ont reçu des recommandations défavorables.

« On se doit d’avoir un respect de l’ensemble des membres du conseil », a insisté Steven Boivin, le conseiller du district d’Aylmer, en entrevue.

« Je suis intègre dans mon travail, je le fais de façon rigoureuse et c’est comme ça que j'ai l’intention de continuer mon mandat. »

— Une citation de  Steven Boivin, conseiller municipal, district d'Aylmer

Pour sa part, Edmond Leclerc, le conseiller municipal de Buckingham, a souligné qu’il ne reviendrait pas sur sa décision, comme elle est le fruit d'une mûre réflexion.

Questionné au sujet d'une possible intervention du président du conseil municipal, Daniel Champagne, pour calmer le jeu, M. Leclerc a indiqué qu’il a confiance en l’expérience de ce dernier. Il a ajouté qu’il n’est pas là pour empêcher les membres du conseil de s’exprimer.

Steve Moran en entrevue.

Steve Moran estime que les partis politiques municipaux ont le droit d'exister (archives).

Photo : Radio-Canada

Selon l’ancienne conseillère municipale Louise Poirier, il est possible que la mairesse se soit fait prendre à baisser sa garde en pensant que tous les indépendants allaient se rallier à sa cause. On peut se demander si elle s’est assurée que l’ensemble des indépendants restent de son côté. Ce n’est pas ça qui est arrivé.

L’observatrice de la scène politique municipale gatinoise qualifie de bonne guerre la réussite du conseiller municipal du district de Hull-Wright, Steve Moran, d’avoir fait pencher la balance. Ça enlève du poids aux intentions de la mairesse, a-t-elle analysé au micro de l’émission Les matins d’ici.

L'intervenante devant un micro dans le studio de Sur le vif à Ottawa.

Louise Poirier, analyste politique municipale (archives).

Photo : Radio-Canada / André Dalencour

Dans un tel contexte, Louise Poirier rappelle que l’issue de l’élection partielle du 23 octobre dans le district de Parc-de-la-Montagne–Saint-Raymond est d’une importance capitale. Plusieurs candidats sont sur la ligne de départ, dont Anne-Marie Roy, pour Action Gatineau, et l’ex-maire Marc Bureau, un indépendant qui a ouvertement soutenu France Bélisle lors de la campagne électorale, l’année dernière.

S’il est élu, Marc Bureau va venir brouiller les cartes d’Action Gatineau. Il se positionnera comme un deuxième leader, derrière France Bélisle. Son expérience aurait pu garder les deux conseillers réfractaires du côté [de la mairesse].

« France Bélisle doit tout faire pour espérer que Marc Bureau l’emporte. »

— Une citation de  Louise Poirier, ex-conseillère municipale
France Bélisle et Marc Bureau se donnent une accolade.

Marc Bureau a été l'un des premiers à féliciter France Bélisle après sa victoire électorale (archives).

Photo : Radio-Canada / Estelle Côté-Sroka

Les avantages et les inconvénients d'un parti

Cette bisbille autour de la table du conseil municipal de Gatineau a quelque peu relancé le débat sur la pertinence des partis politiques municipaux. Au Canada, seules les provinces du Québec et de la Colombie-Britannique autorisent la création de partis sur la scène municipale.

À cela, Steve Moran, d’Action Gatineau, a simplement répondu : Nécessité ou pas, les partis politiques [municipaux] existent au Québec. C’est un moyen démocratique parmi tant d’autres, précisant qu’il y a des partis dans les grandes villes et dans les petites villes de la province.

La professeure titulaire à l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa Anne Mévellec est d’avis qu’il y a beaucoup d’avantages pour les politiciens œuvrant au sein d’un parti politique comme Action Gatineau.

Anne Mévellec s'intéresse particulièrement à la politique municipale au Québec.

Anne Mévellec est professeure à l'Université d'Ottawa (archives).

Photo : Radio-Canada

La conquête du pouvoir : avoir une équipe qui partage un certain nombre de valeurs communes, qui va proposer un programme pour une grande ville et pour les quartiers. [...] Les partis peuvent aussi avoir plus de ressources tandis que les élus indépendants doivent tout faire seuls.

Dans un autre ordre d’idée, Anne Mévellec a aussi mis de l’avant l'idée qu’un parti politique a tendance à favoriser une diversité dans les candidatures en amenant plus de jeunes, des profils sociopersonnels plus variés et des représentations ethnoculturelles.

Une femme s'adresse à la presse.

Le président du conseil municipal, Daniel Champagne (à gauche), a qualifié la sortie de France Bélisle (à droite) de « rigoureuse », mais a convenu qu'il partage « à tous les égards, sa préoccupation » (archives).

Photo : Radio-Canada

Créer un parti ou pas?

L’observatrice de la scène politique municipale Louise Poirier croit que France Bélisle pourrait garder la faveur du vote plus facilement en créant un parti, car c’est beaucoup plus de travail de rallier des indépendants que de rallier un parti.

Est-ce qu’une telle situation va inciter la mairesse de Gatineau, élue en novembre dernier, à créer son propre parti politique? C’est un jeu très délicat pour elle, car elle a été élue comme indépendante. Elle s’est rendu compte que le processus favorise la création des partis.

Des gens sur une estrade face à du public.

Le conseil municipal de Gatineau, assermenté le 16 novembre 2021, a connu une semaine particulièrement intense (archives).

Photo : Radio-Canada / Rosalie Sinclair

Chose certaine, cette potentielle idée n'empêche pas Steve Moran de dormir la nuit. Ça appartient à Mme Bélisle. Moi, ça ne me concerne pas du tout.

Radio-Canada a contacté le bureau de France Bélisle afin d’obtenir sa réaction. À cette demande, son attaché de presse a répondu que la mairesse n’en rajoutera pas pour le moment.

Avec les informations de Nelly Albérola et de Camille Kasisi-Monet

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