•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’inflation ralentit, mais les prix ne descendront pas

Une dame tient un panier de fruits et légumes dans une épicerie.

Les scénarios les plus optimistes prévoient que les prix continueront de monter même si l’inflation poursuit sa décélération.

Photo : iStock

Radio-Canada

Après avoir atteint un sommet inégalé en 40 ans plus tôt cet été, l’inflation a finalement ralenti en août, au Canada, en s’établissant à 7 %. Même s’il s’agit d’un signe encourageant, il ne faut toutefois pas s’attendre à voir les prix redescendre.

En effet, les scénarios les plus optimistes prévoient que les prix continueront de monter même si l’inflation poursuit sa décélération.

C’est la croissance des prix qui sera plus lente, pas les prix qui vont descendre, a indiqué Benjamin Reitzes, économiste senior à la BMO.

Dans le meilleur des cas, des taux d’intérêt plus élevés et une économie plus lente ramèneront l’inflation à un rythme plus modéré.

Actuellement, c’est surtout la baisse des prix du pétrole qui a fait ralentir l’inflation, mais M. Reitzes croit qu’il ne faut pas s’attendre à ce que cela se produise avec tous les autres biens et services.

Certains prix vont probablement reculer, comme c’est le cas avec l’essence, a-t-il dit. Mais d’autres ont juste atteint un nouveau plateau, plus haut, et vont continuer de monter à un rythme plus lent. C’est ça, l’inflation plus lente.

D’autres hausses de taux à prévoir

Puisque les taux d’intérêt élevés font augmenter les coûts d’emprunt et minent la croissance économique, les prix de certains produits et services qui stimulent l’inflation sont redescendus. Le prix du pétrole a chuté cette année, les coûts d’expédition sont presque revenus à ce qu’ils étaient avant la pandémie, et les prix des céréales et du maïs ont diminué.

Par contre, le prix de la nourriture et des services continue de monter. Celui de la nourriture a augmenté de 9,8 % cette année, jusqu’au mois d’août. Le combat contre l’inflation doit donc se poursuivre et les économistes s’attendent à ce que la Banque du Canada hausse à nouveau son taux directeur.

L’inflation n’a pas suffisamment ralenti et elle n’a pas ralenti depuis assez longtemps pour convaincre la Banque du Canada que d’autres hausses de taux d’intérêt ne sont pas nécessaires, estime Andrew Grantham, économiste à la CIBC.

Un homme et une femme examinent leur budget familial.

Plusieurs ménages canadiens peinent à soutenir l'augmentation des prix des biens et services.

Photo : iStock / Ivan-balvan

Cela signifie que les Canadiens qui sont déjà affectés par la hausse des prix auront encore plus de difficulté à accepter l’augmentation des paiements mensuels de leurs dettes. On assistera également à un ralentissement économique et à des pertes d’emploi.

L’économiste en chef du Conference Board du Canada, Pedro Antunes, croit que les gens avaient oublié à quel point l’inflation peut être insidieuse puisqu'ils n’avaient pas vécu une telle poussée inflationniste depuis des décennies.

Selon lui, l’inflation dévore notre pouvoir d’achat. Les prix de presque tout augmentent, mais les salaires ne suivent pas. En fait, les salaires diminuent lorsque l’on considère l’augmentation des coûts. Le vrai salaire, rappelle-t-il, est calculé en soustrayant l’augmentation salariale à l’inflation.

M. Antunes constate l’écart entre les gains salariaux et l'augmentation des prix et croit qu’il nuira de façon tenace à notre capacité à acheter des biens et services.

Même si la croissance des prix ralentit, il faudra du temps pour les ramener à un niveau acceptable pour la Banque du Canada.

Une pompe à essence avec plusieurs pistolets.

Le prix de l'essence est descendu cette année, ce qui a contribué à ralentir l'inflation.

Photo : iStock / RapidEye

La banque centrale voudrait que l’inflation monte de 1 % à 3 % par année. Claire Fan, une économiste de la RBC, croit qu’elle pourrait rapidement se rétablir dans cette cible. Cela dépendra de l’agressivité avec laquelle la Banque du Canada décide de monter les taux d'intérêt.

Selon les prévisions de Mme Fan, l’inflation ne reviendra pas dans la fourchette visée avant la fin de la prochaine année.

C’est ce que nous souhaitons, explique-t-elle. Cela dépendra si la Banque du Canada augmente les taux à 4  % d’ici décembre.

Toutefois, les Canadiens doivent se rappeler que le ralentissement de l’inflation ne signifie pas que les prix reviendront à ce qu’ils étaient avant, souligne Mme Fan.

Nous nous attendons à une décélération dans le rythme de la croissance des prix, pas à une diminution des prix, dit-elle.

Les dangers de la déflation

L'alternative à la montée des prix pourrait être un mal encore bien pire. En effet, une chute des prix mettrait la table à un autre type de crise économique.

La déflation se produit quand tous les prix descendent et que l'indice des prix à la consommation (IPC) devient négatif. Soudainement, les gens arrêtent d’acheter des biens et services, l’économie se contracte et il y a des pertes d’emploi.

Ça met beaucoup de pression sur l’économie. C’est extrêmement difficile pour les banques centrales de stimuler l’économie dans un environnement déflationniste, indique M. Reitzes.

C’est aussi un cercle vicieux qui est difficile à briser, ajoute l’économiste en se basant sur l’exemple du Japon.

Des dollars canadiens sur un drapeau canadien.

La situation économique au Canada n'est pas très différente de ce que la plupart des pays développés ont vécu, selon l'économiste Pedro Antunes.

Photo : Reuters / Mark Blinch

Le Japon lutte contre la déflation depuis des décennies. Différents gouvernements et dirigeants de banques centrales ont tout essayé pour en sortir le pays.

Ils font du mieux qu’ils le peuvent. Ils ont essayé tout ce qui était possible et le gouvernement a dépensé beaucoup d’argent [pour vaincre la déflation], a expliqué M. Reitzes.

Au Canada, les gens n’ont pas fait face à ce type de problèmes depuis des décennies. À travers le pays, les gens peinent à supporter le poids de l’augmentation des prix. Le remède est la hausse des taux d’intérêt, ce qui, à court terme, compliquera encore davantage la vie des ménages endettés.

Même si la montée des prix ralentit, la poussée inflationniste de la dernière année a établi une nouvelle normalité. Un nouveau niveau à partir duquel, si nous sommes chanceux, les prix continueront de monter à un rythme un peu plus gérable.

D’après un texte de Peter Armstrong, de CBC

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !