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L’industrie du déneigement résidentiel en pleine tempête

De la machinerie employée au déneigement des rues de la ville de Québec.

Des entreprises doivent changer leur offre de service pour accueillir de nouveaux clients.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Pénurie de main-d'œuvre, rareté des pièces, hausse des coûts, territoires non desservis : le monde du déneigement résidentiel subit d'importants changements à Québec. Les clients devront s'y adapter, sans quoi ils pourraient devoir déneiger eux-mêmes leur entrée dans les prochaines années ou payer plus cher.

Simon Jourdain évolue dans l'industrie du déneigement à Québec depuis 32 ans. Au cours des dernières années, le copropriétaire du Groupe ESSA, qui dessert 25 000 clients, a été témoin de la fermeture de nombreuses petites entreprises de déneigement au profit des plus grosses.

Le président du Groupe Essa, Simon Jourdain.

Le copropriétaire du Groupe ESSA, Simon Jourdain.

Photo : Radio-Canada

Le marché devient mature, laisse tomber M. Jourdain. La pire année, ç’a été 2008. À partir de ce moment, on a eu des coupures de prix. Des petits joueurs qui sont entrés dans le marché avec des prix ridiculement bas. [Actuellement], la main-d'œuvre, l'inflation, ça ne fait que mettre du sérieux dans le marché.

Des règles de financement plus strictes dans l'industrie des tracteurs, les frais d'entreposage obligatoire et des primes d'assurances plus élevées pour les nouveaux chauffeurs forcent certaines petites entreprises à délaisser l'industrie, entre autres. Les gens respectent les règles, ils n'ont pas le choix.

Une lettre indiquant qu'un déneigeur abandonne le service.

À Charlesbourg, des résidents ont déjà été avisés qu'ils devront se trouver un autre déneigeur.

Photo : Radio-Canada

De bons gestionnaires avant tout

Ces bouleversements forcent les entreprises de déneigement à être à leur affaire. Ils n'ont d'autres choix que d'augmenter considérablement les prix pour espérer survivre.

Une résidente de Lévis a vu sa facture passer de 300$ à 564$ entre l'hiver 2021-2022 et 2022-2023.

Une résidente de Lévis a vu sa facture passer de 300$ à 564$ entre l'hiver 2021-2022 et 2022-2023.

Photo : Radio-Canada

Vous savez, l'industrie du déneigement résidentiel, les gars s'assoyaient et disaient : "Je vais vous faire ça pour 250 $ par entrée", témoigne Annie Roy, directrice générale de l'Association des propriétaires de machinerie lourde du Québec. Lorsqu'on fait le calcul, au bout de la ligne, de tout ce que ça coûte, on s'aperçoit que ce n’est pas assez. Il y a une conscientisation. Il y a des gens qui abandonnent parce qu'ils n'ont pas calculé.

Un sondage mené auprès des membres de l'Association démontre que les coûts associés à l'offre de service sont constamment en augmentation. Des pièces et équipements neufs subissent des augmentations de 30 %, alors que la difficulté de location tire les coûts à la hausse, selon l'APMLQ.

La pénurie de mécaniciens et la hausse de leur salaire (induite par la croissance des salaires des chauffeurs) rallongent les réparations et en font augmenter les coûts. Les pneus subissent aussi des augmentations pouvant aller jusqu’à 41 %. Les huiles et lubrifiants suivent aussi les cours du pétrole.

En alignant l’ensemble des chiffres ci-dessus, nous sommes en mesure d’affirmer que les équipements ont subi des augmentations d’au moins 25 %, et ce, en demeurant quand même plutôt conservateurs, estime l'APMLQ.

Les primes d'assurances ont également augmenté de l’ordre de 35 % depuis les trois dernières années.

Pénurie

Résultat : des petits joueurs doivent quitter le milieu et abandonnent malgré eux des clients. D'autres arrivent à conserver leurs clients, mais sont dans l'impossibilité d'en prendre d'autres, faute de main-d'œuvre.

Pour pouvoir offrir le même service à nos clients, on a pris la décision de ne pas prendre de nouveaux contrats cette année. C'est sûr que ça met un enjeu sur la croissance de l'entreprise, prévient André-Êve Côté, directrice adjointe chez groupe GCH. L'entreprise offre des services de déneigements dans la Haute-Ville de Québec.

GCH réussit à conserver la plupart de ses employés, mais doit absolument offrir des salaires à la hausse. La main-d'œuvre ne coûte pas le même taux horaire. Ceux qui reviennent chaque hiver, ce n'est pas au même salaire. Chez GCH, le nombre de machines est supérieur au nombre d'employés disponibles.

Une offre d'emploi de déneigeur sur Facebook.

L'entreprise Martin Roy, qui offre des services de déneigement à Québec, tente de recruter des journaliers-déneigeurs avec des salaires de base de 22$/h.

Photo : Facebook

Offre modifiée

Les entreprises doivent changer leur offre de service pour accueillir de nouveaux clients.

Un tracteur déneige.

Des règles de financement plus strictes dans l'industrie des tracteurs, les frais d'entreposage obligatoire et des primes d'assurances plus élevées pour les nouveaux chauffeurs forcent certaines petites entreprises à délaisser l'industrie, entre autres.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Cette année, il y a de nouveaux secteurs, une grosse vague, indique Simon Jourdain du Groupe ESSA. L'entreprise est en réflexion à savoir si elle développe de nouveaux secteurs, mais avec une offre différente, notamment avec un nombre de visites peut-être inférieur à celui auquel les nouveaux clients étaient habitués.

« Les gens sont avisés. On les met en garde parce que ces gens-là, ça fait longtemps qu'ils faisaient affaires avec leur petit déneigeur. Là, ils doivent s'en venir dans une entreprise qui offre un service de masse et doivent se conformer à ce service. »

— Une citation de  Simon Jourdain, copropriétaire, Groupe ESSA

Simon Jourdain prévient que dans ce contexte, il est difficile d'offrir six visites par jour.

Pour permettre de garantir des heures à l'année aux employés, Groupe ESSA offre un service d'aménagement extérieur. Quatre-vingt-dix pour cent de nos opérateurs, on les a à l'année. On ne repart pas à zéro chaque hiver, explique M. Jourdain. Aujourd'hui, quelqu'un qui repart toujours à zéro chaque hiver, c'est suicidaire.

Retour des retraités et disponibilité des chômeurs

L'industrie du déneigement compte énormément sur le retour des retraités sur le marché du travail pour attirer des employés.

Il y a une chose qui nous aiderait vraiment, c'est si on était capables d'aller chercher les retraités et de diminuer leur niveau d'imposition sur le travail qu'ils font en déneigement. On va faire des représentations pour ça, explique Annie Roy. Ces gens, souvent, ont des disponibilités qui peuvent répondre au besoin d'une météo imprévisible.

« Les retraités, c'est une main-d'œuvre hypercompétente et hyperdisponible. L'aspect ­"je conduis un tracteur et j'aime ça", ç'a quelque chose de "cute". »

— Une citation de  Annie Roy, directrice générale de l'Association des propriétaires de machinerie lourde du Québec

Si les chômeurs étaient capables d'avoir 10 heures, 15 heures ou 20 heures où ils ne seront pas pénalisés sur le chômage, ça aiderait énormément, conclut-elle.

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