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Comprendre l’impact de la baisse du poids démographique des Franco-Ontariens

Des gens dans l'entrée de la Place des Arts du Grand Sudbury.

L'entrée de la Place des Arts de Sudbury.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Le Jour des Franco-Ontariens s’ouvre dimanche dans un contexte de recul constant du poids démographique des francophones dans la province. Des intervenants s’expriment sur l’avenir de la langue et sur ce que cela signifie sur le plan de l'insécurité linguistique.

Malgré une hausse en nombre absolue (592 000 en 2021 contre 548 000 en 2016), les Ontariens qui ont le français comme première langue officielle parlée représentent désormais 3,4 % de la population contre 3,8 % il y a cinq ans, selon le dernier recensement de Statistique Canada. Il s’agit de la plus forte baisse en 20 ans.

En proportion, il faudrait remonter au milieu du 19e siècle pour recenser aussi peu de Franco-Ontariens, analyse Serge Dupuis, historien spécialisé dans la recherche sur la culture d'expression française en Amérique du Nord.

« On était environ 2 % en 1851 et les Canadiens français ont déjà été 10 % en 1951, ça a pas mal été le sommet au niveau du poids relatif. Puis, au niveau du nombre, il y a eu une augmentation jusqu’à à peu près 1986 et à partir de ce moment-là, les chiffres ont commencé à stagner autour des 500 000. »

— Une citation de  Serge Dupuis, historien

Originaire de Sudbury, M. Dupuis s’étonne du délitement marqué dans certains châteaux forts du français, particulièrement dans l’est et le nord-est de l'Ontario.

Capture d'écran de la rencontre avec l'historien sur Google Meet.

Pour Serge Dupuis, l'avenir de la francophonie doit passer par une stabilité culturelle.

Photo : Google Meet

C’est plus fragile que ce à quoi on s’attendait dans ces régions, continue-t-il, indiquant qu’on n’a pas atteint des conditions de stabilité culturelle nulle part.

Serge Dupuis maintient toutefois que plusieurs facteurs de vitalité linguistique démontrent des signes encourageants. Il cite en exemple le fait qu'une petite majorité (53 %) des Franco-Ontariens parle le français à la maison. Donc, on est vraiment dans une situation où on peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein.

L'immigration pour compenser le vieillissement de la population

Carol Jolin, président de l’Association de la francophonie de l’Ontario (AFO), observe une fragilité au niveau de ce qu’on pourrait appeler les francophones de souche, parce qu’il y a un vieillissement de la population et puis le taux de natalité est peu élevé.

Il réitère son appui envers l’immigration de langue française, qu’il présente comme la clé essentielle à la vitalité à long terme de la francophonie .

Carol Jolin s'adresse aux médias derrière un micro.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin.

Photo : Radio-Canada

En août dernier, Marilissa Gosselin, porte-parole de la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney, a affirmé que sous le Programme ontarien des candidats à l'immigration, l’Ontario a toujours dépassé ses cibles de 5 % de francophones.

Mais pour l'ensemble de l'immigration en Ontario, la cible n'a jamais été atteinte, notamment en 2021, après s’en être approchée en 2020. 

On a du rattrapage à faire , reprend M. Jolin, qui rappelle par ailleurs que la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) a récemment demandé au gouvernement fédéral d'augmenter jusqu’à 20 % d’ici 2036 sa cible en matière d’immigration francophone à l’extérieur du Québec.

C’est un signal qui est très très fort aux deux paliers de gouvernement pour faire en sorte que l’immigration francophone doit être accélérée.

L’omniprésence de l’anglais

Pour l’heure, l'insécurité linguistique se fait fortement ressentir chez la relève franco-ontarienne, explique Jean Philippe Bisson, président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO).

Les gens qui s’identifient pas nécessairement comme francophones, mais bilingues, ça a vraiment été constaté dans le rapport  de Statistique Canada. Disons qu’on se présente à un endroit puis l’anglais et le français sont offerts, on va plus tendance à aller chercher l’anglais.

L’omniprésence de l’anglais dans les publicités ou encore dans les communications publiques participe à cet état de fait, selon Jean-Philippe Bisson.

Un jeune garçon sourit près d'un arbre.

Jean Philippe Bisson a récemment été élu 48e président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne.

Photo : Jean Philippe Bisson

Ça prend beaucoup d’efforts pour vivre uniquement en français, constate-t-il, même si on peut aller à l’école en français, socialiser en français et consommer du contenu en français. [...] Il y a définitivement un équilibre à faire entre les deux langues.

Diplômé en enseignement du français, Paul Pillon remarque de son côté que l’anglais assimile beaucoup de francophones.

Dans le cadre de ses recherches à l’Université Carleton sur l’insécurité linguistique dans la province, il a mené un sondage auprès de 150 Franco-Ontariens qui a révélé que 14 % des participants avaient renoncé au français et que 17 % prévoyaient d’y renoncer à l’avenir.

« L’insécurité linguistique a un réel impact dans l’épanouissement d’une personne, aussi bien socialement que professionnellement. Et ça ne se résume pas seulement à un manque de confiance en soi, c'est beaucoup plus fort que ça.  »

— Une citation de  Paul Pillion, enseignant auteur d'une maîtrise sur l'insécurité linguistique dans l'Ontario français

Il remarque cependant que beaucoup des participants ont su évacuer ce sentiment avec le temps. Les Franco-Ontariens que j’ai vus sont très fiers de leur identité et veulent la transmettre le plus longtemps possible.

L’historien Serge Dupuis fait valoir à ce sujet que les francophones ont souvent montré leur capacité de mobilisation pour défendre leurs droits, prenant en exemple la levée de boucliers contre le Règlement 17, qui a banni l’enseignement en français en Ontario de 1912 jusqu’à 1927.

Le visage d'une personne en premier plan, sur sa joue un tatouage temporaire avec le logo franco-ontarien et sur son chapeau le drapeau franco-ontarien et un macaron LaRésistance.ca

Des milliers de francophones ont manifesté en 2018 à travers l'Ontario pour protester contre la décision du gouvernement provincial d'alors d'annuler la construction d'une première université entièrement en français.

Photo : Getty Images / AFP/Lars Hagberg

Toutefois, Serge Dupuis pense que la baisse du poids démographique apporte un déclin du poids politique et de l’influence potentielle.

Il estime qu’outre un renforcement de l’immigration, des conversations délicates, des sujets tabous vont devoir être entrepris pour inverser la tendance.

« Par rapport au vivre ensemble entre les anglophones et les francophones, est-ce que les anglophones font leur juste part, est-ce que les francophones ont un attachement peut-être qui est devenu superficiel, secondaire au fait français? »

— Une citation de  Serge Dupuis, historien

Le gouvernement doit participer à renforcer cet attachement, affirme Jean Philippe Bisson.

Il faut valoriser le français du même pied d'égalité que l’anglais, croit le président de la FESFO. On peut pas seulement dire qu’il y a plus d’élèves inscrits en français, [mais] que ces élèves-là vivent aussi en français pour pouvoir développer leur francophonie.

Dans le même temps, plusieurs avancées dans la protection de la langue française sont en cours en Ontario, note Carol Jolin. Pour lui, le droit à l’offre active, inscrit dans le projet de modernisation de la Loi sur les services en français, va par exemple jouer un rôle important dans l’attractivité de l’Ontario envers les francophones.

Ce sont des éléments comme ça qui vont aider parce que les gens vont sentir que de l’autre côté du comptoir on est prêts à les servir dans la langue officielle de leur choix, affirme le président de l'AFO

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