•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’érosion côtière en Gaspésie : « L’adaptation, chez nous, c’est maintenant »

Une vue aérienne d'une ville côtière en Gaspésie

Les scientifiques estiment qu’à certains endroits, en Gaspésie, le littoral pourrait perdre plusieurs mètres d’ici la fin du siècle.

Photo : Radio-Canada / Antoine Sirois

L’érosion des berges et du littoral, ce n’est rien de nouveau pour les Gaspésiens. Cependant, avec les effets des changements climatiques, le phénomène s’accentue à la vitesse grand V. Les élus des villes et villages nichés le long du littoral tirent la sonnette d’alarme et réclament de l’aide financière et des programmes adaptés des gouvernements avant qu’il soit trop tard.

En Gaspésie, si la proximité avec la mer a longtemps rimé avec prospérité, le vent est en train de tourner. La côte se fait grignoter par la mer et rien ne semble pouvoir arrêter le phénomène.

C’est qu’avec le dérèglement climatique, l’eau se réchauffe et le couvert de glace tend à disparaître durant l'hiver, laissant le littoral dénudé devant des vagues et des tempêtes qui elles aussi sont exacerbées par les effets des changements climatiques. Résultat : rien ne va plus. Les scientifiques estiment qu’à certains endroits le littoral pourrait perdre plusieurs mètres d’ici la fin du siècle.

Au conseil municipal de Sainte-Anne-des-Monts, la gestion des problèmes liés à l’érosion côtière est devenue un sport extrême. Selon le maire, Simon Deschênes, il ne se passe pas une séance sans que la question de l’érosion des berges soit abordée par des citoyens.

« À chaque séance, un citoyen nous demande de mettre des roches devant sa maison pour la protéger. Mais je ne peux pas faire ça. Si je le fais pour un, je dois le faire pour tout le monde et je n’ai pas ces moyens-là. »

— Une citation de  Simon Deschênes, maire de Sainte-Anne-des-Monts
Vue sur une barrière de roches devant des maisons en bord de mer.

Les Gaspésiens installent des roches devant leurs maisons pour les protéger de l'érosion.

Photo : Radio-Canada / Antoine Sirois

Les défis sont multiples et les solutions complexes. Le maire déplore le fait de manquer de moyens et, surtout, de se faire imposer par le gouvernement québécois des normes et des lois qu’il considère comme inadaptées aux besoins de sa communauté et qui freinent sérieusement le développement économique de sa ville.

« On parle de gouvernement de proximité, on nous laisse gérer les problèmes, mais on nous impose une législation complètement inadaptée et surtout déconnectée de notre réalité. »

— Une citation de  Simon Deschênes, maire de Sainte-Anne-des-Monts

L’adaptation aux changements climatiques, c’est chez nous, c’est maintenant et personne n’en parle vraiment, lance le maire, qui fait référence à la campagne électorale en cours au Québec.

Proposition des partis

Tous les partis, sauf les conservateurs, souhaitent à leur façon s’attaquer à l’érosion des berges. La Coalition avenir Québec a investi cette année 10 millions de dollars à Maria, dans la Baie-des-Chaleurs, pour protéger 1,2 kilomètre de côte. Le parti souhaite continuer à investir pour protéger les communautés dans les années à venir s’il est reporté au pouvoir.

Chez les libéraux, on souhaite développer des stratégies régionales contre l’érosion. Québec solidaire s’engage à mettre en place une politique pour protéger les berges, et le Parti québécois veut soutenir la résilience des communautés face aux changements climatiques, notamment en investissant pour mettre à niveau les infrastructures.

« J’invite les chefs à venir ici et à comprendre vraiment ce que l’on vit. Parce que je ne pense pas qu’ils comprennent. »

— Une citation de  Simon Deschênes, maire de Sainte-Anne-des-Monts

De rêves de grandeur à rêves en couleurs

Le cas de Kevin Pelletier est un bon exemple de défi que doit relever la municipalité. L’entrepreneur de 30 ans dirige l’entreprise familiale. Le motel-restaurant Manoir sur mer est un établissement hôtelier construit en bord de mer depuis longtemps. L’entrepreneur est très fier de dire que son établissement affiche complet des mois d’avance pour la période estivale.

Vue aérienne du motel Manoir sur Mer, en bord de mer.

Le motel restaurant Manoir sur Mer est un établissement hôtelier construit en bord de mer depuis longtemps.

Photo : Radio-Canada / Antoine Sirois

Kevin Pelletier s’est donc permis d’avoir des rêves de grandeur. Comme celui de construire un deuxième étage et de créer par le fait même de nouveaux emplois dans sa région. Cette première demande lui a été refusée par la Ville. Il a ensuite déposé d’autres propositions, comme l’ajout d’un bâtiment annexe construit à gauche ou à droite de son motel. Mais il a essuyé refus après refus. Il a vite compris qu’il rêvait plutôt en couleurs.

Kevin Pelletier n’en veut pas à la Ville, car il sait qu’elle est contrainte d’appliquer le cadre normatif gouvernemental pour le contrôle de l’utilisation du sol dans les zones de contraintes relatives à l’érosion côtière.

Les règlements provinciaux, nouvellement bonifiés, interdisent le changement de vocation ou de zonage à tout établissement ou maison construits dans ce qui est maintenant considéré comme une zone inondable.

La vitalité économique menacée

Le hic, c’est qu’à Sainte-Anne-des-Monts, une grande proportion de la ville est construite le long du fleuve Saint-Laurent. La municipalité de 6500 résidents est incapable de payer seule le coût de l’entretien et de la protection de ses 17 kilomètres de route municipale.

« J'ai des infrastructures, des égouts, des aqueducs en bordure de la route. Si on n'a pas cette vision à long terme pour lutter contre les changements climatiques, contre l'érosion côtière, qui va s'occuper de mes infrastructures quand elles vont tomber en gondole? On va me laisser tenter de réparer ça aux frais des contribuables. C'est impensable d'y parvenir seul. »

— Une citation de  Simon Deschênes, maire de Sainte-Anne-des-Monts
Des maisons en bord de mer vues de haut.

L'érosion est un problème de longue date en Gaspésie.

Photo : Radio-Canada / Antoine Sirois

Le maire Deschênes veut tout faire pour éviter que sa ville se vide. Surtout que, selon l’indice de vitalité économique des territoires, la MRC de la Haute-Gaspésie, dont fait partie sa ville, se classe bonne dernière sur 104.

Avec l’aide du maire, Kevin Pelletier tente d’étudier d’autres options, mais le jeune entrepreneur, qui voulait tant s’implanter et s’investir dans sa Gaspésie natale, ne s’en cache pas : il commence sérieusement à déchanter.

« C’est certain que j'aimerais pouvoir rêver. J'aimerais pouvoir voir grand! »

— Une citation de  Kevin Pelletier propriétaire du motel-restaurant Manoir sur mer

Protection coûteuse

Kevin Pelletier est en plus laissé à lui-même pour protéger l’intégrité de son bâtiment.

Lui et son père ont construit un mur de béton le long de la plage pour venir y asseoir chaque hiver d’énormes blocs aussi en béton afin de protéger le motel contre les fortes tempêtes. Un ouvrage qui leur a coûté plus de 100 000 $. Cette solution permet à l’entrepreneur de dormir tranquille les soirs de tempête en hiver.

Vue du motel à partir du fleuve.

Des blocs de béton protègent le motel-restaurant de Kevin Pelletier des effets de l'érosion et des tempêtes.

Photo : Radio-Canada / Antoine Sirois

Des situations absurdes

Juste un peu plus loin sur la côte, Serge Chrétien a dû lui aussi faire appel au maire pour l’aider. L’homme, au bord de la retraite, voulait vendre son immeuble de sept logements.

Il s’est toutefois rendu compte que son immeuble était non conforme au zonage actuel. Pour qu’il le soit, il aurait fallu qu'il condamne cinq de ses sept logements. Et avec la nouvelle réglementation provinciale, il lui est impossible de demander un changement de zonage pour conserver tous ses logements.

En plus de son fonds de pension, les maisons de cinq familles partaient en fumée si la Municipalité ne trouvait pas une solution pour régulariser son dossier.

Une situation absurde, selon le maire, d’autant plus qu’une sérieuse pénurie de logements sévit dans sa ville. Après avoir fait des pieds et des mains, la Municipalité a finalement trouvé un moyen de régulariser le dossier de Serge Chrétien.

Le citoyen est soulagé, mais aussi déçu de voir que le gouvernement québécois n'a aucune idée de l’impact de sa réglementation sur les communautés en Gaspésie.

« Les villes gaspésiennes vont finir par mourir si ça continue comme ça! »

— Une citation de  Serge Chrétien, citoyen de Sainte-Anne-des-Monts
Vue aérienne de maisons sur le bord d'une petite falaise menant au fleuve Saint-Laurent.

En Gaspésie, la côte se fait grignoter par la mer, que rien ne semble pouvoir arrêter.

Photo : Radio-Canada / Antoine Sirois

Il est convaincu que les gouvernements, provincial et fédéral, ont tout simplement baissé les bras. Le problème est généralisé, ça va coûter trop d'argent, on n'est pas assez nombreux, précise M. Chrétien.

L’adaptation aux changements climatiques

Le ministère des Transports du Québec est responsable de protéger ses routes. Il prépare une étude d’impact pour 2024 qui permettra ensuite d’élaborer un plan d’action pour s’attaquer à l’érosion des berges.

Vue aérienne de la route 132 en Gaspésie.

Le ministère des Transports du Québec est responsable de protéger ses routes, comme la 132, qui suit le fleuve Saint-Laurent en Gaspésie.

Photo : Radio-Canada / Antoine Sirois

Simon Deschênes se dit un homme de solutions. Il réclame d’être à la table de discussion pour élaborer les plans afin de s’assurer qu’ils sont adaptés aux réalités des communautés côtières. Pour le maire, exproprier les gens au lieu de trouver des moyens durables de s’adapter aura pour effet de tuer ces communautés.

En effet, la mer fait partie de son ADN et de celui de ses citoyens. Demander aux Gaspésiens de s’exproprier, c’est aussi s’attaquer à leur identité culturelle. Ici, l’eau salée coule dans les veines des gens.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !