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Une lanceuse d’alerte et des stratèges de Ford contre Patrick Brown

À un mois du scrutin, récit d’une campagne houleuse à Brampton, où l’ancien candidat à la chefferie conservatrice fait encore face à des allégations.

Patrick Brown annonce sa candidature lors d'une conférence de presse.

Patrick Brown sollicite un deuxième mandat à la mairie de Brampton.

Photo : CBC / Evan Mitsui

« Il y a deux religions dans notre communauté : la politique et le cricket! »

La journaliste Shazia Malik et son collègue, l’animateur de radio Majid Jamal, éclatent de rire dans le studio du 770 AM qui diffuse en boucle des nouvelles locales et internationales destinées aux communautés indiennes, sri lankaises et pakistanaises des banlieues de Toronto.

Justin Trudeau, Doug Ford, Harjit Sajjan : la station est un passage obligé pour les politiciens qui veulent joindre ces communautés.

Patrick Brown, qui tente de se faire réélire à la mairie de Brampton après avoir été exclu de la course à la direction du Parti conservateur du Canada (PCC), était d’ailleurs de passage en ondes récemment, pour une levée de fonds destinée aux sinistrés des inondations au Pakistan.

Malgré ses nombreuses controverses au niveau provincial et fédéral, Patrick Brown maintient des liens étroits avec les communautés sud-asiatiques et leurs leaders, qui représentent près de la moitié de la population de Brampton, et qui suivent de près ce qui se passe au conseil municipal.

La journaliste Shazia Malik et l'animateur Majid Jamal de la station EAWAZ 770 AM, figures connues de la communauté sud-asiatique du Grand Toronto.

La journaliste Shazia Malik et l'animateur Majid Jamal de la station EAWAZ 770 AM, figures connues de la communauté sud-asiatique du Grand Toronto.

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Ma prévision : il a 80 % de chances de remporter un nouveau mandat, dit Shazia Malik. La plupart des gens estiment qu’il a plutôt bien géré la pandémie. Ils apprécient le fait qu’il ait gelé les taxes foncières, qu’il ait amélioré le déneigement des rues.

Patrick Brown jouissait en effet d’une avance confortable en juillet, selon un sondage (Nouvelle fenêtre) de la firme Mainstreet. Mais la course s’est depuis enflammée et les couteaux volent bas à Brampton.

Nikki Kaur, une ancienne gestionnaire municipale congédiée, puis réembauchée pour avoir sonné l’alarme sur la gestion de fonds publics par l’administration Brown, tente de détrôner le maire sortant en l’accusant de manquer d’éthique.

La jeune politicienne promet aussi de s’attaquer aux enjeux d’abordabilité et à la hausse de la violence par arme à feu. Elle est moins connue, mais a attiré dans son camp une coalition bipartisane de stratèges politiques aguerris.

Nikki Kaur, candidate à la mairie de Brampton.

Nikki Kaur, candidate à la mairie de Brampton.

Photo : Radio-Canada / Dean Gariépy

Nick Kouvalis a été l'architecte de la campagne qui a mené les Progressistes-conservateurs de l’Ontario à une victoire écrasante le 2 juin, y compris dans les cinq circonscriptions de Brampton, dont deux d'entre elles ont été raflées au NPD. Il a aussi fait élire Rob Ford et John Tory à Toronto.

Le stratège ne mâche pas ses mots. Patrick Brown est un gamin sans éthique, immoral, éhonté, menteur et égocentrique, écrivait-il sur Twitter plus tôt ce mois-ci.

Après 18 ans dans ce métier, je n'ai jamais rencontré de gamin plus malhonnête, fourbe, narcissique. L'heure du changement est arrivée à Brampton.

S’ajoute à l’équipe Marcel Wieder, qui conseille la mairesse de Mississauga, Bonnie Crombie, et qui a aidé les libéraux de Dalton McGuinty et de Kathleen Wynne à remporter quatre élections provinciales consécutives, notamment en créant des publicités anti-Patrick Brown.

Patrick Brown, qui n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue, a nié publiquement les allégations formulées à son endroit par Nikki Kaur et a accusé Kouvalis d’avoir une vendetta personnelle contre lui.

Allégations de népotisme

Patrick Brown a été blanchi par le commissaire à l’éthique cet été après avoir été accusé d’avoir eu recours à des employés municipaux dans sa campagne au leadership du PCC. Mais l’équipe Kaur pointe du doigt une nouvelle controverse qui a explosé le 26 août, lorsque M. Brown a annulé un audit indépendant sur l'attribution d’un contrat public.

Selon une version préliminaire de l’audit publiée en ligne, l’administration Brown a accordé le mandat à un consultant proche de la conseillère municipale Rowena Santos, une alliée de Brown, d’étudier la faisabilité d’un projet d’université à Brampton.

Les coûts auraient atteint 600 000 $, sans que le travail soit effectué. L’audit préliminaire a aussi soulevé des conflits d’intérêts potentiels et indiqué que les procédures municipales ne semblaient pas avoir été respectées.

Après avoir pris connaissance de ces conclusions, Patrick Brown a fait adopter une motion au conseil municipal pour faire cesser l’enquête, avant d’annuler toutes les réunions du conseil municipal jusqu’à après les élections d’octobre.

Patrick Brown ne veut pas qu’on enquête sur ses amis et lui, soutient Nikki Kaur. Ce qu’on entend aux portes, c’est que les gens veulent quelqu’un d’honnête et de transparent au conseil municipal.

La violence armée et le crime est l'enjeu numéro un pour ce résident de Brampton.

La hausse de la criminalité est l'enjeu numéro pour ce résident de Brampton.

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Dans le studio du 770 AM, les accusations de Mme Kaur et de son équipe suscitent des haussements d’épaule.

Ce sont des jeux politiques, croit Majid Jamal.

Patrick Brown a construit [et rénové] cinq terrains de cricket et deux centres communautaires. C’est ça qui parle aux gens ordinaires. Lorsqu’on l’appelle, il répond toujours. Je peux l’appeler d’ici, maintenant, et il répondrait!, dit-il, en tapant avec enthousiasme sur son bureau.

Un appel à l'Ombudsman

L'équipe Kaur n'est pas la seule à dénoncer les actions de M. Brown.

Lors d’une conférence de presse la semaine dernière à Queen’s Park, le conseiller municipal Jeff Bowman a imploré l’Ombudsman de l’Ontario d’intervenir et demandé à la province de ne pas accorder de pouvoirs supplémentaires au maire de Brampton, s’il est réélu.

L’audit indépendant a coûté 50 000 $ aux contribuables de Brampton et ils ont le droit de connaître l’entière vérité, a dit M. Bowman, qui ne se représente pas.

Patrick Brown annonce sa candidature lors d'une conférence de presse.

Patrick Brown estime que l'enquête à son sujet a été un gaspillage d'argent.

Photo : CBC / Evan Mitsui

C’est loin d’être la première fois que Patrick Brown est embourbé dans un scandale.

En 2018, alors qu'il était chef du Parti progressiste-conservateur, M. Brown a été blâmé par le commissaire à l’éthique (Nouvelle fenêtre) pour avoir enfreint la loi en acceptant, sans le divulguer, un prêt de 375 000 $ de la part d’un de ses candidats.

Le chef a ensuite démissionné suite à un reportage explosif de CTV alléguant des inconduites sexuelles, puis a entamé une poursuite pour diffamation contre le diffuseur, qui a finalement reconnu que les principaux détails fournis pour le reportage étaient factuellement incorrects.

Il a ensuite été élu maire de Brampton avant de se lancer dans la course à la chefferie conservatrice, avant d’être disqualifié par le comité d'organisation des élections à la direction du parti en raison de sérieuses allégations, notamment la vente d’adhésions non conformes.

Quatre autres candidats se présentent à la mairie de Brampton : Vidya Sagar Gautam, Prabh Kaur Mand, Tony Moracci et Bob Singh.

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