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Envoyé spécial

Les semi-conducteurs taïwanais dans la mire de la Chine et des États-Unis

Cette industrie stratégique est au cœur des tensions entre l'île, la Chine et les États-Unis. De nombreux experts et représentants du secteur sonnent l’alarme : le monde entier souffrirait d’une invasion chinoise nuisant à la production.

Des semi-conducteurs

Taïwan produit 60 % des semi-conducteurs dans le monde.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Comme pour montrer que l’industrie qui fait rouler l’économie de l’île peut tout surmonter, Taïwan organisait la semaine dernière le plus grand rassemblement de l’industrie du semi-conducteur de son histoire au centre des congrès de Nangang.

Le salon Semicon en était à sa 27e édition. Plus de 700 exposants y présentaient leurs plus récentes innovations et les nouvelles tendances du monde intelligent en lien avec le réseau 5G plus rapide.

C’est l’occasion pour les entreprises de partout de brasser des affaires à Taïwan. Nous rencontrons beaucoup de gens et de clients, explique un des vice-présidents de Win Way Technology, Jason Chen. C’est un très gros salon cette année, mais attendez de voir celui de l’an prochain!

Cette édition de Semicon avait lieu au moment où l’industrie taïwanaise tente de se faire rassurante pour conserver sa place de leader dans le marché. L’incertitude plane en raison de la possibilité d’une invasion de Taïwan par la Chine.

Un exposant discute avec un participant au salon Semicon.

Plus de 700 exposants ont participé à la 27e édition du salon Semicon, qui se tenait récemment à Taïwan.

Photo : Radio-Canada / Afore Hsieh

Si la Chine déclenche une guerre contre Taïwan, prévenait le ministre des Affaires étrangères de Taïwan, Joseph Wu, en entrevue à Radio-Canada il y a deux semaines. Et si la production de semi-conducteurs est interrompue, le monde souffrira.

Taïwan produit plus de 60 % des semi-conducteurs dans le monde, mais surtout, 90 % de toutes les micropuces les plus avancées. Ces semi-conducteurs aussi petits que deux nanomètres dans certains cas [deux milliardièmes de mètre, NDLR] sont essentiels en informatique, en téléphonie cellulaire, dans les appareils ménagers intelligents, ainsi que dans les voitures, avions et équipement de la défense.

À Taïwan, l'industrie des semi-conducteurs se retrouve au coeur des tensions entre l'île, la Chine et les États-Unis. C'est que Taïwan est le leader mondial de ces micro-puces électroniques qu'on retrouve partout dans nos téléphones intelligents, nos ordinateurs, nos véhicules. Mais des spécialistes sonnent l'alarme. Une invasion chinoise à Taïwan aurait des répercussions économiques aux quatre coins du monde. Notre correspondant en Asie, Philippe Leblanc.

TSMC, le joyau à protéger

Le leader et poids lourd mondial du secteur, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), est perçu comme étant le joyau à protéger pour l’industrie. L’entreprise exploite deux usines en Chine et les États-Unis tentent de l’attirer dans un partenariat en Arizona.

Comme TSMC est basée à Taïwan et que la majorité de la production de TSMC et du monde est faite à Taïwan, les dangers pour l’île préoccupent l’industrie au complet, selon le chercheur à la Harvard Kennedy School et ancien politicien taïwanais, Jason Hsu. La sécurité de Taïwan est donc un enjeu important pour les États-Unis qui veulent assurer leur approvisionnement de micropuces.

Il rappelle en outre que les Américains ont adopté en juillet le Chips and Science Act, une loi pour relancer leur propre production et réduire leur dépendance à la Chine et à l’étranger. Les États-Unis cherchent à former des partenariats avec les entreprises taïwanaises, dont TSMC.

Dennis Chen, en entrevue, répond aux questions du journaliste Philippe Leblanc.

Une invasion de Taïwan par la Chine ne serait pas bonne pour personne dans le secteur des semi-conducteurs, soutient Dennis Chen, président de Win Semiconductors Corp.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Parallèlement, la Chine cherche également à augmenter sa production et à combler son retard technologique sur Taïwan depuis quelques années. Mais certains observateurs craignent que ça reste un motif pour envahir l’île que la Chine considère n’être qu’une province rebelle.

Comme l’a déjà dit le président de TSMC, une invasion de Taïwan ne serait pas bonne pour personne dans le secteur. Même si la Chine s'emparait de nos usines, affirme le président de Win Semiconductors Corp., Dennis Chen, ils n'auraient pas accès à notre expertise.

Comme d’autres dirigeants d’entreprises taïwanaises, il soutient qu’une des solutions est justement de délocaliser une partie de la production et de former des alliances avec d’autres entreprises. Dennis Chen affirme que Win Semiconductors Corp. reste à l’affût d’occasions d’affaires.

Portrait de Burn Lin

Burn Lin est recteur du collège de recherche en semi-conducteurs de l’Université Tsing Hua, à Taïwan.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Une pénurie de travailleurs qualifiés

Risques d’invasion chinoise, augmentation de la capacité de production en Chine, aux États-Unis et aussi en Europe. Tout cela crée des pressions immenses pour une industrie déjà frappée par une pénurie de travailleurs qualifiés.

Taïwan a mis sur pied l’an dernier cinq départements universitaires de formation dans le domaine des semi-conducteurs afin de pallier ce problème. Il s’agit d’un partenariat entre le gouvernement et 12 entreprises du secteur.

Deux personnes qui portent masque et combinaison travaillent sur un semi-conducteur.

Taïwan a mis sur pied l’an dernier cinq départements universitaires de formation dans le domaine des semi-conducteurs afin de pallier la pénurie de travailleurs qualifiés.

Photo : Radio-Canada / Afore Hsieh

Ces départements universitaires et les entreprises promettent d’intensifier les efforts pour attirer les talents étrangers et offrir des incitatifs pour que les cerveaux locaux restent sur place afin que Taïwan conserve sa place de leader du semi-conducteur. L’île promet même d’augmenter sa production de l’ordre de 20 %.

La politique, c'est nul et ça entrave le développement de la technologie, tranche Burn Lin, le recteur du collège de recherche en semi-conducteurs de l’Université Tsing Hua à Taïwan. Tout le monde essaie de travailler seul de son côté maintenant, alors que la chaîne de création et de production était intégrée avant. Chacun avait son secteur d’expertise. Ça n’aide personne.

Avec l'arrivée de la 5G et les promesses de nombreux nouveaux usages de nouveaux appareils ménagers intelligents ainsi que la création de villes et de quartiers intelligents, l'industrie des semi-conducteurs est plus indispensable que jamais. Ce qui fait de l'avenir de Taïwan un enjeu stratégique de premier ordre.

Notre correspondant en Asie Philippe Leblanc sera basé à Taïwan pour les prochains mois afin de nous faire découvrir cette île de près de 24 millions d'habitants, sa société et les défis qui l'animent. Et aussi afin de couvrir les enjeux d'actualité de toute la région Asie-Pacifique.

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