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Le manque de librairies francophones, un frein à la visibilité du livre franco-ontarien

illustration de Josée Lavoie pour la campagne « J'achète un livre Franco-Ontarien ».

Du 1er au 24 septembre 2022, des nouvelles suggestions de livre du « calendrier de l’avent », dans les médias sociaux et sur le site Web de la campagne « J'achète un livre franco-ontarien ».

Photo : Josée Lavoie, illustratrice franco-ontarienne

Des éditeurs et des libraires déplorent le manque de librairies francophones, alors que la campagne annuelle, J’achète un livre franco-ontarien bat son plein. Certains réclament la mise en place d’une « politique du livre » à travers la province pour assurer l'essor de la littérature franco-ontarienne.

Frédéric Brisson est le directeur général des Éditions David. Il affirme que le manque de librairies est un enjeu de taille pour le livre franco-ontarien. On peut presque les compter avec les doigts d’une main, malheureusement, regrette-t-il. Il ajoute que les libraires sont généralement très ouverts aux publications que sa maison d'édition propose.

Frédéric Brisson, debout,  lit un livre.

Frédéric Brisson lors du Salon du livre de Sudbury en 2018. Les Éditions David sont basées à Ottawa et publient en priorité des auteurs de l’Ontario et d’autres communautés francophones périphériques du Canada.

Photo : Radio-Canada / Justine Cohendet

L'Ontario a connu de nombreuses fermetures de librairies, et ce, bien avant la pandémie, rappelle le président du Regroupement des éditeurs franco-canadiens Stéphane Cormier.

Il cite en exemple la Librairie du Centre, dans le Grand Sudbury ou encore la libraire La Mosaïque à Toronto. Ça veut dire qu’il y a des gens dans leur région qui n’ont pas accès à une librairie, dit-il.

M. Cormier ajoute qu’il est difficile de rejoindre les lecteurs en raison de l’enjeu que représente le manque de librairies dans la province.

Stéphane Cormier se tient debout.

Stéphane Cormier est aussi codirecteur des Éditions Prise de parole.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

En raison de plusieurs fermetures depuis 2009, l’Ontario compte à présent trois librairies francophones : la Librairie du soleil et la librairie Le coin du livre à Ottawa, de même que la librairie Il était une fois à Oakville, en banlieue de Toronto.

De plus, à la Place des Arts du Grand Sudbury, une Librairie-boutique est prévue pour la vente de livres. Il existe aussi la librairie bilingue Children’s French Book Corner, située au sud-est de Toronto, qui offre une sélection de livres francophones pour enfants.

Nathalie Vincke, propriétaire de la libraire Il était une fois, croit que le gouvernement de l’Ontario manque l’occasion de protéger la survie des petites entreprises comme la sienne. Il faudrait une simple loi qui obligerait toutes les institutions, bibliothèques, écoles à acheter en Ontario.

« Pourquoi il y a plus de 250 librairies indépendantes au Québec et qu'il n'y en a qu’une ou deux en Ontario? [...] On n'est pas protégé. »

— Une citation de  Nathalie Vincke, propriétaire de la librairie Il était une fois.

Mme Vincke ajoute qu’il faudrait que ces établissements paient le plein prix des livres. On a cette structure en Ontario où l’on doit suivre le marché nord-américain qui donne des gros rabais aux conseils scolaires [...] au Québec, c’est interdit.

Stéphane Cormier rappelle que l’Association des auteurs et auteures de l’Ontario français s’est battue pendant longtemps pour obtenir une loi similaire à celle du Québec. Les démarches faites n’ont jamais abouti, dit-il.

Quelques dispositions de la Politique du livre au Québec

  • Sous réserve des dispositions qui suivent, toute acquisition de livres pour le compte d’une institution doit être effectuée dans les librairies agréées de la région où est située l’institution.
  • Le prix de vente d’un livre […] doit être facturé en utilisant le prix de catalogue ou le prix net de l’éditeur.

Source : Publications Québec. Règlement sur l’acquisition de livres par certaines personnes dans les librairies agréées, Section II et III

M. Cormier rappelle aussi que le problème du manque de librairies ne s’observe pas uniquement dans le milieu minoritaire francophone. Du côté des anglophones, on voit de moins en moins de librairies aussi, constate-t-il.

De son côté, Denelle Balfour, porte-parole du ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport, souligne par écrit que la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre n'est pas une option visée par le gouvernement de l'Ontario.

« Ces règlements sur l'agrément constituent une voie différente de l'établissement des critères d'admissibilité, que l'Ontario intègre dans les lignes directrices de ses programmes de subventions et de crédits d'impôt. »

— Une citation de  Denelle Balfour, porte-parole du Ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport

La pandémie hante encore la distribution du livre

La librairie Il était une fois est la seule rescapée de la pandémie parmi les deux dernières entreprises francophones du genre dans le Grand Toronto. L’entreprise, en dépit de sa notoriété, a du mal à avoir pignon sur rue étant donné qu’elle souffre encore des conséquences de la pandémie.

Photo de Nathalie, d'une commis et d'une cliente

Nathalie Vincke au comptoir de sa librairie en 2016.

Photo : Radio-Canada / Kevin Sweet

Mme Vincke se rappelle les réactions et le soutien des clients lors de la première vague de la COVID-19. On a ressenti un enthousiasme et une solidarité énorme pour les petites entreprises indépendantes, dont les librairies, lors de la première vague, raconte-t-elle.

La libraire explique que la pandémie ayant perduré, l’enthousiasme a commencé à s'effriter. À cela s’ajoute la lenteur de la distribution des livres qui a un impact sur la patience des clients et, de surcroît, sur les ventes. Amazon arrive à le faire en 24 h. On est comparé à des choses qui ne sont pas comparables,  souligne-t-elle.

De son côté, Nathalie Savard, de la librairie Le coin du livre à Ottawa applaudit aussi la solidarité dont le public a fait montre au plus fort de la pandémie. Malgré [le fait] qu’on a eu beaucoup de difficultés, on voit que les gens encouragent le local,  dit-elle.

Par ailleurs, l'inflation a aussi un impact sur l'industrie du livre. Le directeur général des Éditons David, Frédéric Brisson explique que le prix du papier et les délais d'approvisionnement dans les imprimeries augmentent.

Qui portera l'étendard du livre francophone à Sudbury?

Stéphane Cormier raconte que, depuis plusieurs mois, la Place des Arts de Sudbury fait face à des enjeux de recrutement pour pourvoir au poste de libraire.C’est difficile, car on n'arrive pas à en trouver en Ontario, souligne-t-il. Il ajoute qu’il y a un manque d’expertise dans le métier de libraire.

L’éditeur affirme multiplier les démarches tant au Québec qu'à l'international pour décrocher la perle rare qui incarnera la personne du livre à la Place des Arts de Sudbury.

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