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« Je n’ai jamais fait ce dont elle m’accuse », affirme le major-général Dany Fortin

Le major-général Dany Fortin en uniforme.

Les avocats du major-général Dany Fortin plaident qu'il a été écarté pour des raisons politiques.

Photo : The Canadian Press / Justin Tang

C’est avec aplomb que le major-général Dany Fortin a témoigné à son procès pour agression sexuelle, au palais de justice de Gatineau, mardi.

Le militaire de 54 ans s'est adressé à la cour en affirmant, haut et fort, n’avoir jamais posé de gestes inappropriés à l'endroit de la plaignante.

Monsieur le Juge, je ne suis jamais entré dans [sa] chambre. Je n’ai jamais posé de geste de nature sexuelle ni physique avec elle. [Je n’ai eu] aucun contact physique avec [la plaignante], a-t-il déclaré.

Lors de son témoignage livré en cour lundi, la plaignante a raconté les détails de l’agression qu’elle affirme avoir subie dans sa chambre, au collège militaire, au début de l’année en 1988. À l’époque, l’accusé et la plaignante étaient tous deux étudiants.

Dany Fortin a raconté au tribunal, mardi, qu’il ne fréquentait pas la victime à cette période. Ils étudiaient dans deux programmes différents et n’avaient aucun cours en commun. Ils se croisaient à l’occasion sur le campus, mais ils ne partageaient pas le même groupe d’amis et ils n’avaient pas d’activités ensemble.

Le major-général Dany Fortin arrive avec sa femme au Palais de justice.

Le major-général Dany Fortin à son arrivée au palais de justice, mardi.

Photo : Radio-Canada / Rosalie Sinclair

J’étais surpris et dévasté

Le major-général a raconté au juge qu’il a été convoqué au bureau de son supérieur, le 17 mars 2021. C’est à ce moment qu’il a appris qu’il faisait l’objet d’une enquête de la police militaire pour une allégation de nature sexuelle. Aucune autre information ne lui a été divulguée lors de cette brève rencontre.

L’enquêtrice dans le dossier est entrée en contact avec lui le mois suivant, le 19 avril. C’est elle qui lui a révélé le nom de la plaignante, une information qu’il dit avoir accueillie avec stupéfaction.

« J’étais surpris, je ne l’avais pas vue [la plaignante] depuis plus de trois décennies. »

— Une citation de  Major-général Dany Fortin

Le militaire a expliqué avoir croisé brièvement la plaignante, peut-être à deux reprises, lors de réunions professionnelles qui ont eu lieu ces dernières années. Je crois me souvenir lui avoir dit bonjour. Je ne l'avais pas vue depuis une trentaine d'années, a-t-il déclaré.

C’est lors de sa rencontre avec l’enquêtrice que le major-général a appris que l’allégation serait survenue à l’époque où lui et la plaignante étudiaient au collège militaire. L’enquêtrice a toutefois refusé de lui fournir plus d’informations. Sur les conseils de son avocat, le major-général a mis fin à son entretien avec l’enquêtrice.

Cette allégation est survenue alors que le haut gradé dirigeait l’importante campagne de distribution des vaccins contre la COVID-19 au Canada. Le major-général dit avoir avisé l’Agence de la santé publique du Canada — son employeur — de la situation. Même s’il avait exprimé le fort désir de conserver son poste, il dit avoir été rapidement évincé de cette fonction.

C’est finalement en mai 2021, par les médias, qu’il apprend que le dossier a été transmis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Après 36 ans [dans les Forces armées], je suis extrêmement déçu de voir que mon organisation me traite comme un paria, a-t-il déclaré amer devant le tribunal.

Le major-général Dany Fortin s'est adressé aux médias mercredi au poste de police de Gatineau.

Le major-général Dany Fortin au poste de police de Gatineau (archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

Ma réputation est complètement détruite

Le militaire a terminé son témoignage en décrivant au juge les impacts de cette accusation sur sa vie et celle de ses proches.

« Depuis le dépôt des accusations, ma vie est complètement à l’envers. Ma carrière est arrêtée. Tout ça pour quelque chose que je n’ai jamais fait. »

— Une citation de  Dany Fortin

Ma situation financière est très précaire. Je ne peux pas voir de possibilité d’avoir un emploi au sein du gouvernement fédéral, provincial ou toute autre grosse organisation. Ma réputation est complètement détruite, a-t-il expliqué.

Ma vie est suspendue. Ma famille souffre de cette fausse accusation. J’ai beaucoup de difficulté à vivre avec tous les impacts de quelque chose que je n’ai pas commis.

Le Collège militaire royal de Saint-Jean accueille plus de 300 élèves-officiers et aspirants de marine, dont 25 % de femmes.

Le Collège militaire royal (CMR) de Saint-Jean accueille plus de 300 élèves-officiers et aspirants de marine, dont 25 % de femmes.

Photo : CMR Saint-Jean

Les comportements inappropriés au CMR étaient fréquents, selon une témoin

Avant le témoignage de M. Fortin, d'autres témoins ont partagé l'ambiance qui régnait au Collège militaire royal de Saint-Jean, à l’époque où serait survenue l’agression sexuelle contre une jeune femme.

Les comportements inacceptables y étaient monnaie courante, selon une ancienne militaire qui a décrit l’ambiance débridée qui prévalait.

La militaire, aujourd’hui à la retraite, a suivi sa formation au Collège militaire royal de Saint-Jean vers la fin des années 80. Afin de protéger l’identité de la plaignante, il n’est pas permis de nommer la témoin.

Entre janvier et mai 1988, la témoin partageait la chambre de celle qui affirme avoir été, à l’époque, agressée sexuellement par Dany Fortin. Le major-général était aussi étudiant au même collège pendant cette période.

La cochambreuse a dépeint le climat malsain qui régnait parmi les jeunes au sein du campus.

Les occasions de faire la fête ou de consommer de l’alcool étaient fréquentes chez les étudiants, a-t-elle dit. Les escadrons étaient formés en très grande majorité d’étudiants masculins, âgés de 16 à 21 ans. Il y avait environ une femme pour 10 hommes, selon l’estimation donnée par la témoin en cour. Les excès de toutes sortes étaient fréquents, a-t-elle affirmé.

On était exposés à plein de comportements inappropriés, a-t-elle soutenu.

Aucun souvenir de l’agression présumée

La témoin a toutefois expliqué n’avoir aucun souvenir de l’agression qui serait survenue dans la chambre qu’elle partageait avec la plaignante. La disposition des meubles empêchait chaque cochambreuse de voir le lit de l’autre.

La témoin a aussi expliqué que les journées de formation étaient tellement longues et épuisantes, qu’elle sombrait dans un sommeil profond dès qu’elle se couchait. Elle ne se souvient pas non plus d’avoir recueilli les confidences de la plaignante. Mais, a-t-elle insisté, cela ne veut pas dire que l’événement n'est pas survenu.

Je ne me souviens pas que la victime m’ait parlé de l’agression présumée. Je ne dis pas que ce n’est jamais arrivé. J’ai moi-même bloqué mes souvenirs en raison de mon propre trauma, a-t-elle expliqué.

Elle confirme que les gestes et comportements inappropriés étaient nombreux et fréquents, et souligne à quel point évoluer dans ce milieu toxique était pénible.

Ce n’était pas une expérience positive, a-t-elle déclaré. Je me souviens d'avoir voulu quitter l’armée tous les jours [pendant ma formation]. [traduction libre]

Nous étions des adolescents. [...] Nous poussions à bout à la fois nos limites intellectuelles, émotionnelles, physiques, sexuelles. Probablement que beaucoup d’entre nous n'avions jamais vécu de telles expériences. Il y avait beaucoup de comportements inacceptables, et la plupart des gens cherchaient seulement à se fondre dans le groupe.

Il y avait de l’inconduite sexuelle, dit un autre témoin

Celui qui était l’ami de cœur de la plaignante au moment des faits confirme aussi le climat qui régnait au collège militaire au moment de l’agression présumée.

Il y avait beaucoup de va-et-vient dans les chambres des étudiants, a-t-il expliqué. Les chambres étaient ouvertes. Le fait qu’il y avait du mouvement in-and-out dans les chambres… C’était des dortoirs, je ne vois pas ce qu’il y a d’anormal là.

Le retraité des Forces armées canadiennes a indiqué n'avoir aucun souvenir d’une conversation résultant d’un traumatisme d’agression sexuelle entre la plaignante et qui que ce soit.

Il est allé plus loin et a même affirmé que, pendant sa formation, il n’a jamais eu vent d’agression sexuelle au collège. Cependant, il y a eu de l’inconduite sexuelle, a-t-il reconnu.

De l’inconduite sexuelle, ça, c’est certain que des discussions ou des choses qui seraient considérées comme inconduite sexuelle… comme dans n’importe quel environnement universitaire, on ne peut pas dire qu’il n’y avait pas d’inconduite sexuelle.

Il a ajouté qu’une inconduite sexuelle, ce n’est pas automatiquement quelque chose de grave, ça peut juste être des paroles mal placées aussi.

Le procès de Dany Fortin se poursuivra le 24 octobre prochain.

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