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La croissance démographique « ne justifie clairement pas » le troisième lien

Maquette de deux petits tunnels côte à côte sous l'eau, vis-à-vis de la ville de Québec.

À la mise en service d'un éventuel tunnel, dans 10 ans, il y aurait moins d'adultes actifs à Lévis qu'aujourd'hui.

Photo : site du Réseau express de la capitale

Contrairement à ce que François Legault martèle, la croissance démographique anticipée est loin d’être un argument en faveur d’un troisième lien Québec-Lévis. À la mise en service d’un éventuel tunnel, dans 10 ans, il y aurait en vérité moins d’adultes actifs sur le territoire de Lévis par rapport à aujourd’hui.

Les projections de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), mises à jour le 25 juillet dernier, sont sans équivoque. Dans la région métropolitaine de Lévis, en 2031, on prévoit que la tranche des 20-64 ans, celle qui est active sur le marché du travail, aura perdu 600 individus.

Dix années plus tard, une légère augmentation devrait toutefois survenir : en 2041, l’ISQ prévoit qu’il y aura 1700 adultes de plus dans la région de Lévis. Cependant, il n’y aurait que 400 personnes de plus chez les 0-19 ans.

Sans surprise, en raison du vieillissement de la population, l’ISQ prédit que la croissance la plus forte dans la région de Lévis sera chez les 65 ans et plus : leurs rangs se gonfleront de 20 200 personnes par rapport à aujourd’hui.

Selon la professeure en transport et en aménagement urbain Fanny Tremblay-Racicot de l’ENAP, ces données indiquent que l’argument de la croissance démographique invoqué par François Legault ne tient pas la route.

On sait que les déplacements se font de la Rive-Sud vers la Rive-Nord, essentiellement, rappelle l’experte en transport urbain. Or, le nombre de citoyens additionnels qui auront besoin de faire ce déplacement sera marginal, observe-t-elle.

« Les 65 ans et plus ne se déplacent pas à l’heure de pointe. Il y a seulement 400 jeunes de plus en 20 ans et seulement 1700 adultes de plus. Ça ne justifie clairement pas l'augmentation de la capacité routière! »

— Une citation de  Fanny Tremblay-Racicot, professeure en transport et en aménagement urbain à l'ENAP

Frédéric Fleury-Payeur, démographe à l’ISQ, soutient que ces projections sont fiables. Les tendances démographiques sont assez stables par nature [...] Elles se réalisent assez bien dans les faits.

D’ailleurs, les données de 2019 démontraient déjà que la construction d’un troisième lien entre Québec et Lévis pouvait difficilement reposer sur la croissance démographique.

Certains changements pourraient toutefois survenir, prévient M. Fleury-Payeur. Il n’est pas exclu, par exemple, que la population active sur le marché du travail soit légèrement différente dans 20 ans. Si des personnes âgées travaillent, ça peut engendrer des travailleurs supplémentaires, explique-t-il.

De la congestion induite

Sur la rive nord du Saint-Laurent, soit dans la région métropolitaine de Québec, la croissance anticipée de la population s’élève à 81 400 personnes d’ici 2041, soit une augmentation de 12 %. Encore une fois, c’est chez les 65 ans et plus que la croissance sera la plus marquée, avec 47 400 aînés de plus.

Or, à peine 3 % des résidents de Québec travaillent à Lévis, selon le Plan de mobilité durable (Nouvelle fenêtre) de la Ville de Québec. À Lévis, la proportion de résidents qui doivent traverser le fleuve pour le boulot est plutôt de 36 %.

C’est pourquoi le troisième lien est souvent perçu comme une infrastructure plus critique pour les résidents de la Rive-Sud.

Mme Tremblay-Racicot croit cependant que, si un troisième lien voyait le jour, cela amènerait des gens à modifier leurs habitudes de vie et à avoir une perception différente des distances. Résultat : plus de gens iraient s’établir à Lévis, prévient-elle.

« Si tu améliores les conditions de déplacement entre Québec et Lévis, les gens vont aller s’installer sur la Rive-Sud. »

— Une citation de  Fanny Tremblay-Racicot, professeure en transport et en aménagement urbain à l'ENAP

Les conditions routières se détérioreraient donc tôt ou tard, car l’augmentation de la capacité routière génère plus de déplacements, résume-t-elle.

Ce qui manque à Québec, ce n'est pas de la capacité routière, c’est de l’efficacité en transport collectif, dit la professeure.

La dernière mouture du troisième lien présentée par le gouvernement de François Legault, en avril dernier, prévoit que deux voies seront réservées aux autobus aux heures de pointe.

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