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Qui est Danielle Smith, la prochaine première ministre albertaine?

Danielle Smith célèbre sa victoire et salue la foule le 6 octobre 2022 au centre BMO de Calgary.

Danielle Smith a remporté la course à la direction du Parti conservateur uni de l'Alberta avec 53,77% des voix.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Élue chef conservatrice unie jeudi soir, Danielle Smith accédera au poste de première ministre de l’Alberta dans l’un des plus spectaculaires retours en force de l’histoire politique canadienne. Qui est cette politicienne dont la carrière semblait terminée il y a huit ans? Portrait d’une femme qui ne laisse personne indifférent.

Née dans une famille rurale albertaine de cinq enfants, Danielle Smith fait ses premières armes en politique à l’Université de Calgary, comme présidente de campus des progressistes-conservateurs.

Évoluent à ses côtés à l’époque le futur premier ministre albertain Jason Kenney, le prédicateur de droite Ezra Levant, qui allait fonder le site Rebel News, et le futur maire de Calgary Naheed Nenshi. Son mentor? Tom Flanagan, conseiller du futur premier ministre canadien Stephen Harper.

Après ses études en littérature anglaise et en sciences politiques, elle devient employée du groupe de réflexion conservateur Institut Fraser, où elle rencontre son idole, l’ex-première ministre britannique Margaret Thatcher.

Comme son modèle, Danielle Smith s’identifie déjà comme une libertarienne, partisane du plus petit rôle possible pour l’État dans la vie des citoyens.

La première ministre britannique Margaret Thatcher prononçant un discours en 1980.

Margaret Thatcher, surnommée la Dame de fer, prônait la responsabilité individuelle, le libéralisme économique et le désengagement de l'État.

Photo : Getty Images / Mike Lawn

En 1998, à l’âge de 27 ans, elle est élue administratrice pour le Calgary Board of Education, mais la division avec ses collègues plus progressistes est telle que le gouvernement renvoie en bloc le conseil d’administration l’année suivante.

Elle fait ensuite carrière dans les médias avec le journal Calgary Herald et la chaîne Global, puis devient lobbyiste pour diverses organisations.

Elle est aussi entrepreneure, exploitant le restaurant The Dining Car de High River, au sud de Calgary, avec son mari. Partout où elle va, elle est remarquée et elle polit ses talents d’oratrice et de politicienne en devenir.

Montée en puissance d’une cheffe

En 2009, désillusionnée par le gouvernement progressiste-conservateur d’Ed Stelmach, elle se fait élire chef du Parti Wildrose, créé l’année précédente.

Preuve de sa force d’attraction, Danielle Smith convainc trois députés progressistes-conservateurs de se joindre à elle dans l’année qui suit, des défections rares qui causent une onde de choc. Le Parti Wildrose a dorénavant une voix importante à l'Assemblée législative.

Les quatre politiciens se tiennent la main en souriant à la caméra.

Danielle Smith a convaincu les députés Rob Anderson, Heather Forsyth et Paul Hinman (de gauche à droite) de se joindre au Parti Wildrose en 2010.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Dépeinte comme une idéologue de droite par ses adversaires, Danielle Smith se défend en se positionnant comme pro-choix sur la question de l’avortement et en faveur du mariage gai.

Son message de lutte à la corruption au sein des rangs progressistes-conservateurs fait mouche et à l’aube de l’élection de 2012, elle semble destinée à déloger le gouvernement d’Alison Redford.

Danielle Smith (à gauche) débat avec Alison Redford (à droite), devant des podiums.

La cheffe du Parti Wildrose Danielle Smith a croisé le fer avec la première ministre progressiste-conservatrice Alison Redford aux élections de 2012.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Elle échappe cependant la victoire en raison de propos controversés de la part de certains de ses candidats.

Lors des derniers jours de la campagne, un député Wildrose déclare que les homosexuels brûleront pour l’éternité dans un lac de feu en enfer s’ils ne se repentent pas. Danielle Smith refuse de le condamner, affirmant qu’il est libre de penser ce qu’il veut, mais que sa vision ne reflète pas celle du parti. Elle ne punit pas non plus un autre député ayant fait un commentaire jugé raciste.

Son refus de les sanctionner donne à son parti un résultat bien en deçà des attentes, mais qui lui permet de former l’Opposition officielle pour la première fois de son histoire.

Coup de théâtre

En décembre 2014, Danielle Smith prend tout le monde par surprise en annonçant qu'elle rejoint le gouvernement progressiste-conservateur de Jim Prentice, en compagnie de huit de ses députés Wildrose.

Jamais dans l’histoire canadienne un chef de l’Opposition officielle n’avait fait défection ainsi.

Danielle Smith  et Jim Prentice posent pour la caméra tout sourire.

Danielle Smith aux côtés du premier ministre albertain de l'époque, Jim Prentice, peu après son changement de camp.

Photo : La Presse canadienne / JASON FRANSON

Le contrecoup est brutal. Son ancien parti se rebelle ouvertement contre ce que certains ont qualifié d'acte de trahison.

Le geste ne semble pas non plus être bien accueilli par son nouveau parti. En prévision des élections provinciales, Danielle Smith perd la nomination dans sa propre circonscription contre une quasi-inconnue.

En mai 2015, après plus de 40 ans au pouvoir, le Parti progressiste-conservateur est défait. Le Nouveau Parti démocratique mené par Rachel Notley remporte pour la première fois les élections provinciales, tirant profit de la profonde division de la famille conservatrice.

Le choc et la désillusion sont grands chez les conservateurs, qui sont nombreux à blâmer la débâcle sur Danielle Smith et les défecteurs. D'ailleurs, aucun d'entre eux ne réussit à se faire réélire.

Danielle Smith regarde au loin alors que Carrie Fischer embrasse son conjoint en arrière-plan.

Danielle Smith (en avant-plan) a perdu la nomination de la circonscription de Highwood contre son adversaire, Carrie Fischer, en arrière-plan.

Photo : La Presse canadienne / Jordan Verlage

C’en est fini de la politique pour Danielle Smith. Elle reprend toutefois le micro et anime sa propre émission sur les ondes de Global pendant six ans, jusqu’à ce qu’elle la quitte en 2021 sur fond de pandémie.

Durant cette période, Danielle Smith fait la promotion de traitements non prouvés contre la COVID-19 et, fidèle à ses convictions libertariennes, prend la défense des personnes non vaccinées et s'oppose aux restrictions sanitaires.

Retour inattendu

Le 1er avril 2022, alors que le premier ministre Jason Kenney se bat pour sa survie politique, Danielle Smith annonce son retour en politique et sa volonté de devenir chef conservatrice unie, si une course est déclenchée. Elle présente son mea culpa pour sa défection en 2014.

J'ai appris de cette expérience que bien que j’ai eu un rôle important dans la construction du Parti Wildrose, un parti appartient à ses membres, pas à son chef, affirme-t-elle lors de son annonce. Je m’en suis excusée et je continue de le faire. C’était une grosse erreur, mais je crois que j’ai appris de cette erreur et cela me rend plus forte.

Les trois candidats parlent au micro devant leur podium respectif.

Danielle Smith a battu six candidats dans la course à la chefferie conservatrice unie.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Traînant ce boulet, elle est d’abord jugée comme une candidate ayant peu de chances de l’emporter, mais Danielle Smith réussit à s’imposer dans la course conservatrice unie grâce à sa proposition de projet de loi sur la souveraineté de l’Alberta. Elle affirme qu’il permettrait à l’Alberta de refuser d’appliquer des lois et politiques fédérales sur son territoire, ce qui serait inconstitutionnel selon une majorité d’experts.

Si Danielle Smith a réussi à imposer la lutte contre Ottawa comme thème de la campagne, elle devra maintenant unir ses troupes autour de son projet-phare.

Un bras de fer contre le NPD de Rachel Notley l’attend lors des élections provinciales fin mai, une reprise de l’occasion manquée d’il y a sept ans.

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