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Procès du major-général Dany Fortin : la victime raconte la présumée agression sexuelle

Dany Fortin, l'air sérieux.

Le major-général Dany Fortin a été formellement accusé à l’été 2021 par la Direction des poursuites criminelles et pénales du Québec (DPCP) pour une affaire qui remonte à 1988.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

D'abord calme et posée, la victime est devenue plus émotive au fur et à mesure de son témoignage, dans le cadre du procès du major général Dany Fortin pour agression sexuelle qui a débuté lundi, à Gatineau. La plaignante a raconté à la cour l’agression qu’elle aurait subie en 1988.

La femme, qu’on ne peut identifier en raison d’une ordonnance de non-publication, étudiait alors au Collège militaire royal de Saint-Jean.

L’agression serait survenue dans la chambre de la plaignante, dans un baraquement du collège. Elle partageait à l’époque sa chambre avec une autre étudiante, et elles devaient laisser leur porte déverrouillée en tout temps. À cette époque, la victime avait 18 ou 19 ans, et était une jeune femme naïve, qui ne connaît pas grand-chose aux hommes, a raconté la plaignante.

La témoin soutient s’être réveillée soudainement vers minuit, alors qu’elle dormait dans son propre lit. Elle a raconté avoir ouvert les yeux et reconnu immédiatement Dany Fortin.

L'avocate de la défense, Me Isabel Schuman, a alors déclaré en cour que cette identification est contestée.

À l'époque, Dany Fortin étudiait lui aussi au Collège militaire, mais faisait partie d’un autre escadron. Selon la plaignante, il était penché sur elle, et se masturbait avec la main de la plaignante, qu’il tenait fermement autour de son pénis. De son autre main, l’accusé lui touchait les seins, a-t-elle décrit lors de son témoignage.

La plaignante était à la fois surprise, en choc, paniquée, et honteuse. Elle aurait tenté de retirer la main de M. Fortin, mais l’accusé l’aurait retenue avec fermeté, toujours selon son témoignage. Elle l’aurait alors repoussé avec son autre main, en lui chuchotant de partir.

Dany Fortin aurait ensuite tout simplement remis son pantalon avant de quitter la chambre sans dire un mot. Le tout se serait passé très vite, selon la femme.

La plaignante voulait à tout prix éviter que quelqu’un la découvre dans cette position qu’elle estimait être humiliante. C’est pourquoi elle n’a pas crié ni appelé à l’aide au moment de l’agression.

Elle était à l'époque au courant d’inconduites sexuelles présumées vécues par d’autres étudiantes, et déplore comment ces femmes avaient été traitées au sein des forces armées après avoir dénoncé ces gestes. Elle ne voulait pas subir le même sort. Elle était alors inquiète de l’impact qu’une dénonciation aurait eu sur sa carrière.

La présumée victime a qualifié l’armée d’un boys club, où les femmes sont victimes de harcèlement et de discrimination.

Dépôt des accusations plus de 30 ans plus tard

Celle qui était alors étudiante a donc préféré se taire, a poursuivi la plaignante. Pendant des années, elle a gardé enfoui l’événement au fond de sa mémoire.

Mais 34 ans plus tard est survenu le point de bascule. La témoin est devenue nettement plus émotive lorsqu’elle a raconté au tribunal avoir dû s’asseoir à côté du major-général lors d’une réunion professionnelle.

Son présumé agresseur aurait alors agi comme si rien ne s’était passé. C’était trop pour la femme qui a décidé de porter plainte. Elle dit avoir finalement choisi de faire confiance au système, et de ne plus avoir honte pour des gestes qu’elle soutient avoir subis.

Le major général Fortin maintient son plaidoyer de non-culpabilité

Le major général est arrivé au palais de justice de Gatineau lundi accompagné de sa conjointe et de sa fille.

Dany Fortin arborait son uniforme militaire et ses médailles bien en vue. Son procès, qui doit durer deux jours, se déroule devant le juge Richard Meredith.

Le major-général Dany Fortin s’était rendu en août 2021 au poste de police de Gatineau, où il avait été officiellement inculpé.

Il avait alors déclaré aux médias qu'il ne connaissait pas les détails de l'allégation retenue contre lui, sinon que l’événement se serait déroulé en 1988. Il avait clamé son innocence.

Aujourd'hui encore, il maintient son plaidoyer de non-culpabilité.

S’il est reconnu coupable, le major-général Dany Fortin pourrait faire l’objet d’un examen administratif des Forces armées, ce qui pourrait avoir des conséquences importantes sur sa carrière et entraîner une rétrogradation ou un renvoi de l’armée.

Dany Fortin en compagnie de sa femme, Madeleine Collin, et de son avocat Philippe Morneau, devant le poste de police de Gatineau.

Le major-général Dany Fortin a été responsable de la campagne de vaccination contre la COVID-19 jusqu'en mai 2021 (archives).

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Dany Fortin a été évincé, en mai 2021, de son poste de responsable de la campagne de vaccination auprès de l'Agence de la santé publique du Canada, une décision qu’il a contestée et qu’il a qualifiée de calcul politique dans la foulée des incidents d'inconduite sexuelle survenus dans le passé au sein des Forces armées canadiennes.

Il conteste aussi, devant la Cour fédérale, la façon dont il a été démis de ses fonctions dans le cadre de la campagne de vaccination.

M. Fortin a notamment accusé le premier ministre Justin Trudeau et d'autres hauts responsables du gouvernement de l'avoir écarté pour des motifs purement politiques.

La Cour fédérale a rejeté sa demande de réintégration, mais M. Fortin fait appel de cette décision. Sa requête sera entendue le mois prochain.

Avec les informations de La Presse canadienne

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