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D’anciennes élèves de la LCA dévoilent les abus sexuels dont elles ont été victimes

Une enfant joue dehors.

Après avoir vécu pendant des années dans le traumatisme, la culpabilité et la honte, les victimes présumées affirment que le fait de se manifester leur offre un sentiment de soulagement.

Photo : (CBC News)

Radio-Canada

Trois femmes qui ont fréquenté la Legacy Christian Academy (LCA) et la Mile Two Church affirment avoir été victimes d'abus sexuels de la part d'un employé dans les années 1990, alors qu'elles étaient âgées de 4 à 7 ans.

AVERTISSEMENT : Ce texte contient des détails pouvant déranger certains lecteurs.

Leur agresseur présumé, Nathan Schultz, fait partie des dizaines de personnes nommées dans le cadre d'un recours collectif de 25 millions de dollars, en lien avec des allégations de maltraitance dans cette école chrétienne privée, anciennement connue sous le nom Christian Center Academy.

Les trois anciennes élèves disent que Nathan Schultz a volé leur innocence et les a forcées à vivre avec un profond sentiment de culpabilité et de honte pendant de nombreuses années.

Aucune des allégations présentées dans ce texte n’a été prouvée au tribunal.

Nathan Schultz sur une photo ancienne.

Nathan Schultz est accusé d'avoir commis des abus sexuels sur trois femmes, alors qu'elles étaient âgées de 4 à 7 ans, dans les années 1990.

Photo :  CBC News

J'ai quelque chose pour toi dans ma poche

L’une des victimes, Caitlin Erickson, a fréquenté l'école et l'église pendant 13 ans. Elle affirme que Nathan Schultz lui a fait subir des abus sexuels lorsqu'elle avait 6 ou 7 ans et qu'il en avait 16 ou 17 ans.

Il y avait un local technique le long du couloir qui donnait sur les toilettes , se souvient Caitlin Erickson, qui affirme que Nathan Schultz l'a emmenée dans cette pièce trois fois.

Une enfant dans un siège de voiture.

Caitlin Erickson explique que Nathan Schultz se portait souvent volontaire pour accompagner les filles aux toilettes pendant les cours du dimanche à l'église.

Photo :  CBC News

La première fois, il s'est placé devant la porte et m’a demandé si je voulais voir ce qu'il avait dans ses poches, dit Caitlin Erickson, ajoutant qu'elle a refusé et qu'il l'a ensuite laissée aller aux toilettes.

La deuxième fois, Nathan Schultz lui a donné des bonbons. La dernière fois, il est resté devant la porte pendant 15 à 20 minutes, dit Caitlin Erickson.

« Il a dit : "J'ai quelque chose pour toi dans ma poche." »

— Une citation de  Caitlin Erickson

Il m'a fait comprendre qu'il ne me laisserait pas sortir de la pièce si je ne mettais pas la main dans sa poche, dit Caitlin Erickson, qui dit avoir refusé à plusieurs reprises, affirmant qu'elle voulait juste partir. Il était beaucoup plus grand que moi, et j'avais très peur de lui.

Lorsqu'elle a mis sa main dans sa poche, Caitlin Erickson a réalisé qu'il avait découpé un trou dans le vêtement et que sa main avait touché son organe sexuel.

Après Cela, je ne voulais plus aller aux toilettes lorsque j'étais à l'église, dit Caitlin Erickson.

C’était comme un jeu pour lui!

Une autre victime, qui a demandé la protection de son identité, affirme que Nathan Schultz l'a agressée sexuellement dans la même salle. Les incidents se seraient produits entre 1992 et 1994, alors qu'elle avait entre 4 et 6  ans, et Nathan Schultz, entre 14 et 16 ans.

À plusieurs reprises à l'église, il l'emmenait dans le local technique et il mettait des bonbons sur et autour de son pénis. Par la suite, il lui demandait de les trouver avec ses mains, dit-elle.

J'avais l'impression qu'il en faisait un jeu. C'était une sorte de chose attirante qu'il essayait de faire pour en faire un jeu avec les bonbons comme récompense, affirme-t-elle.

Une troisième femme déclare avoir vécu une situation similaire dans la propriété de ses parents.

L’ancienne élève, qui n’a pas voulu être nommée, affirme que Nathan Schultz l'a agressée lorsqu'elle avait environ 6 ans, et lui, 17 ans.

Elle se souvient qu’il aidait à faire des travaux de jardinage dans la propriété de ses parents, car ils occupaient des postes élevés dans l'Église. Il lui arrivait de rester seule avec lui.

À une occasion, nous étions assis dans un camion. Il a mis des bonbons dans ses sous-vêtements et comme si c'était un jeu, il m’a demandé de les retirer avec mes mains et ma bouche, dit-elle.

Elle raconte qu'il a utilisé sa chemise pour essuyer le chocolat sur son visage. C'est probablement l'un de mes premiers souvenirs dans la vie et quelque chose que j'ai dû porter seule, s'exclame-t-elle.

Des responsables au courant des abus sexuels présumés

Au fil des ans, les responsables de l'École et de l'Église semblent avoir eu connaissance des allégations d'abus sexuels de Nathan Schultz à au moins trois reprises.

Dans un courriel, obtenu par CBC News en 2021, un ancien employé déclare qu’il a pris connaissance des allégations il y a quelques années.

Une photo de la remise de diplôme avec un texte d'accompagnement signé par les parents de Nathan Schultz.

Les victimes disent que les parents de Nathan Schultz auraient dû être au courant des allégations d'abus sexuels, étant donné qu'ils étaient des responsables de haut niveau dans l’Église.

Photo : (CBC News)

La femme qui dit avoir été victime d'abus sexuels à plusieurs reprises dans le local technique, affirme en avoir parlé à ses parents en 1998, alors qu'elle avait 10 ans.

Sa mère et son père disent qu'ils ont informé un haut responsable de l'Église, qui a réagi à la nouvelle a été : Oh mon Dieu, pas une autre!

À ce moment, on leur a dit que la famille d'une autre fille avait quitté l'Église après des allégations similaires et qu’il s’occupait de la situation. Ils ajoutent qu’on leur a demandé de ne pas en parler afin de ne pas interférer avec leurs démarches.

Les responsables ont été contactés à plusieurs reprises, mais n'ont pas répondu aux demandes d'entrevue.

Nathan Schultz part temporairement

En 1999, Nathan Schultz a été envoyé dans un centre de formation biblique, Canaan Land, situé juste à l'extérieur de Big River, à environ 190 kilomètres au nord-ouest de Saskatoon.

Deux anciens élèves qui ont fréquenté le centre le décrivent comme étant un environnement très contrôlé, avec un horaire et une routine stricts. Les journées étaient consacrées à la prière, aux tâches ménagères et au travail scolaire.

Les élèves n'étaient pas autorisés à regarder certains programmes télévisés, ils ne pouvaient pas écouter la radio et ne pouvaient téléphoner à leurs parents qu'une fois par semaine.

Toutefois, Nathan Schultz est revenu à l'école et à l'Église quelques années plus tard.

« J’ai complètement perdu la tête. »

— Une citation de  Une des victimes présumées de Nathan Schultz

J'ai fait des allers-retours entre des crises de panique et un état d'abattement total, dit cette dernière, en parlant du moment où il a essayé d'avoir une conversation informelle avec elle à l'église.

Un homme sur une photo ancienne.

Selon les documents obtenus par CBC News, Nathan Schultz était considéré comme un gardien pour les élèves.

Photo :  CBC News

Après le retour de Nathan Schultz, Caitlin Erickson, alors adolescente, s’est confiée au nom de son amie à son conseiller scolaire. Le lendemain, elle a été convoquée dans le bureau d'un haut responsable de l'école. Elle explique que ce dernier a crié, disant qu’elle avait répandu des mensonges au sujet de Nathan Schultz et sa famille.

Par la suite, il a invité les parents de Nathan Schultz à la réunion, où on lui a demandé de ne plus en parler sous peine d’être renvoyée de l'école. On lui a même demandé de s’excuser auprès des parents de Nathan Schultz.

Caitlin Erickson était déçue du résultat. Comme elle avait peur de parler de ce qui lui était arrivé, elle croyait que le fait de parler de son amie amènerait les responsables à prendre la situation au sérieux.

Une situation inacceptable

Les trois femmes, qui sont maintenant dans la trentaine, disent qu'il leur a fallu des années pour surmonter ce qui s'était passé avec Nathan Schultz.

Cela a façonné toute ma vie. Cela a façonné ma vision du monde, dit l'une d'elles. Cela s'est produit à un moment si jeune et si formateur de ma vie.

« Nathan Schultz a volé quelque chose que je ne récupérerai jamais : mon innocence. »

— Une citation de  Une des victimes présumées de Nathan Schultz

D'autres disent qu'elles sont paralysées par la peur de ne pouvoir protéger leurs propres enfants contre ce type d'abus sexuels. Toutefois, après avoir vécu pendant des années dans le traumatisme, la culpabilité et la honte, le fait de se manifester maintenant leur offre un sentiment de soulagement.

Je me sens presque un peu plus forte, dit une des présumées victimes. Nous avons toutes trouvé notre voix et nous allons riposter et dire que ce qui nous est arrivé n'était pas acceptable.

Les trois femmes ont toutes porté des allégations et raconté ce qui leur était arrivé à la police. Elles font partie du recours collectif proposé.

Actuellement, Nathan Schultz n'est plus employé par l'École ou l'Église et n'a pas répondu aux demandes de commentaires.

CBC News a essayé de le contacter à plusieurs reprises par l'intermédiaire de ses parents et d'un voisin, se rendant aussi à son domicile, à Saskatoon, à trois reprises, mais il n'était pas présent. Une lettre décrivant en détail les allégations a été laissée dans sa boîte aux lettres.

Avec les informations de Yasmine Ghania

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