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Après 11 ans et 559 émissions, le balado 3 bières tire sa révérence

Logo du balado 3 Bières avec une représentation cartoonesque des animateurs et de l'animatrice.

Le balado « 3 bières » enregistrera sa dernière émission à vie samedi.

Photo : Facebook/3 Bières

Charles Rioux

Pionnière du balado humoristique au Québec, l'équipe de 3 bières mettra fin à son aventure samedi, après une 559e émission, enregistrée en direct avec Fred St-Gelais. Alors qu’ils s’apprêtent à tourner la page, Pierre-Luc Racine et Yannick Belzil, les deux tiers du trio complété par Gabrielle Caron, reviennent sur leur parcours atypique.

En termes de longévité et de productivité, 3 bières est loin devant la plupart des autres balados québécois, toutes catégories confondues, exception faite de l’indétrônable Mike Ward sous écoute. Pourtant, il n’y a pas grand-chose qui le prédisposait à surfer la vague pendant plus d’une décennie. 

Lorsqu’ils se sont rencontrés, Pierre-Luc Racine était un actuaire à l’esprit plutôt rangé, alors que Yannick Belzil était un illustrateur à la pige avec des rêves de scénarisation. Les deux hommes ont fait connaissance par l’entremise de Twitter, avant que le hasard les amène à habiter le même quartier, Pointe-Saint-Charles, à Montréal. 

C’est à la taverne La Chic Régal, établissement suranné du quartier établi en 1928, qu’a germé l’idée de 3 bières. On a commencé à traîner là et on s’est rendu compte qu’on avait plein d’histoires à raconter et un imaginaire le fun, explique Pierre-Luc Racine.

À ce moment-là, à part Mike Ward sous écoute et Pod problème, tous les podcasts qu’il y avait au Québec traitaient seulement de choses geeks. On s’est dit que ce serait bien de faire un podcast qui ne serait pas geek, et c’est comme ça que 3 bières est né.

Gabrielle Caron, une humoriste diplômée de l’École nationale de l’humour (ENH) en 2009, s’est jointe au groupe vers la 25e émission, venant balancer le trio avec son humour décomplexé.

Un concept simple, mais efficace 

Pour ceux et celles qui n’auraient jamais entendu parler de 3 bières, le concept du balado est simple, mais drôlement efficace. À chaque émission, les trois collègues reçoivent une personne et tirent un sujet au hasard parmi des suggestions faites par des internautes. Les quatre échangent ensuite sur le sujet le temps d’une bière, jusqu’au son de la cloche. Ce processus est fait trois fois. 

Évidemment, le concept est aussi un prétexte pour parler de tout et de rien, et surtout d’en apprendre plus sur les personnes invitées, dont le bassin a ratissé large au fil des ans. 

Affiche du balado avec le visage des deux animateurs et de l'animatrice.

De gauche à droite, Yannick Belzil, Pierre-Luc Racine et Gabrielle Caron

Photo : APIH

Si Pierre-Luc Racine et Yannick Belzil ont résisté depuis le début à la tentation de faire un balado plus niché sur des sujets geeks, ce n’est pas faute d’intérêt personnel. Pierre-Luc est maintenant collaborateur à RDS Jeux vidéo et Yannick a récemment signé le scénario du jeu vidéo Teenage Mutant Ninja Turtles: Shredder's Revenge, développé par le studio montréalais Tribute Games. Les deux amis sont des nerds assumés, mais ils tenaient à se démarquer. 

Pendant des années, on a refusé de faire des sujets comme Android contre iPhone, PlayStation contre Xbox, et on les refuse encore, parce qu’on s’est dit qu’il fallait rester différents des autres, explique Pierre-Luc. 

Arrêter au bon moment

Cette différence les aura bien servis, même si dernièrement, leur créneau humoristique a été envahi par une tonne de nouvelles propositions, ce qui est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles ils ont décidé d’arrêter 3 bières.

Dans les dernières années, avec la popularité du format qui a explosé, on a senti qu’on commençait à faire partie des meubles, explique Yannick Belzil. C’est frustrant, mais en même temps après autant de temps, c’est inévitable que ça arrive.

La raison principale derrière la décision d’arrêter 3 bières est toutefois un cruel manque de temps. La préparation hebdomadaire des émissions du balado autoproduit était chronophage. Ça a l’air niaiseux, mais c’est très long à faire, explique Pierre-Luc Racine. On avait tellement de rôles en même temps : booking, animation, préproduction, postproduction, montage, mise en vente, les réseaux sociaux.

Avec les nouvelles occupations de Pierre-Luc, qui présente des numéros d'humour en solo; de Yannick, qui tente sa chance en scénarisation, et de Gabrielle Caron, qui participe entre autres à un autre balado avec Evelyne Ferron, leurs horaires devenaient plus chargés. Puis il y a cette impression d’avoir épuisé les histoires à raconter, le sentiment d’avoir fait le tour. 

Ça fait longtemps qu’on fait cette émission, qui carbure beaucoup à l’anecdote, résume Yannick Belzil. Je te dirais que pas mal tout de nos vies a été raconté, à moins qu’on devienne des cascadeurs, des parachutistes ou des espions.

Quand la vie prend une trajectoire inattendue

En regardant le chemin parcouru, les deux comparses se souviendront surtout de leurs rencontres avec les quelque 400 personnes invitées, et de petites victoires. Ils pensent notamment au Gala Les Olivier, auprès duquel ils ont fait pression avec d’autres pour qu’une catégorie dédiée aux balados humoristiques soit ajoutée, chose qui a été faite en 2016. 

Yannick et Pierre-Luc concèdent aussi d’emblée que le balado a véritablement fait dévier leur trajectoire. Cette certitude habite tout particulièrement Pierre-Luc Racine, qui en tant qu’actuaire évoluait auparavant dans des sphères très éloignées des arts.

En fait, Yannick est le premier artiste que j’ai croisé de mon existence. Dans ma famille élargie, tout le monde est salarié. Ce n’est pas quelque chose que j’avais même considéré avant, raconte-t-il. Il m’a appris c’est quoi être un artiste, c’est comment aller porter ses coffrets de X-Files au pawn shop. Il m’a appris beaucoup de leçons, notamment son mantra : la job d’un artiste, c’est de créer sa propre job.

Un constat que partage son collègue : Au début, il était largement cartésien et mathématique. J’ai assisté à la belle métamorphose de Pierre-Luc, qui a quitté le bureau et la logique pour embrasser l’art, l’émotion et la baisse de revenus.

Pierre-Luc Racine, Yannick Belzil et Gabrielle Caron enregistreront la dernière émission de 3 bières samedi à l’occasion du FestiPod (Nouvelle fenêtre), un festival de balados qui est de retour pour une troisième année ce week-end à la Maison de la culture Maisonneuve, à Montréal. Leur ultime invité sera le compositeur et multi-instrumentiste Fred St-Gelais. 

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