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La grippe aviaire n’a pas nui à la reproduction des fous de Bassan de l’île Bonaventure

La colonie de fous de Bassan de l'île Bonaventure.

La colonie de fous de Bassan de l'île Bonaventure (archives)

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

La colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure semble finalement avoir été épargnée par l’épidémie de grippe aviaire, comparativement à celle du rocher aux Oiseaux, près des îles de la Madeleine, ou à d’autres colonies très touchées dans les Maritimes. Au contraire, la colonie gaspésienne serait même en meilleure santé qu'il y a deux ans.

C’est du moins ce qu'avance Jean-François Rail, biologiste aux populations d'oiseaux marins au Service canadien de la faune d'Environnement et Changement climatique Canada.

L'expert arrive à ces conclusions préliminaires en se basant sur l’analyse encore partielle de photos aériennes et sur trois voyages d’observation sur le terrain effectués au cours de l’été.

Le biologiste Jean-François Rail, photographié alors qu'il prend des photos à l'île Bonaventure.

Le biologiste Jean-François Rail suit l'évolution des colonies de fous de Bassan depuis 1994 (archives).

Photo : Christine Drouin

Si M. Rail attend d'avoir terminé l’analyse complète des photos pour confirmer le tout, il y a tout de même certaines évidences, selon lui.

Autant sur place que sur les photos aériennes, on voit que la grande majorité des carcasses datent de plusieurs semaines, affirme-t-il.

« Le gros des dommages dus à la grippe aviaire semble vraiment avoir passé dans une vague rapide au début de l'été. »

— Une citation de  Jean-François Rail, biologiste aux populations d'oiseaux marins au Service canadien de la faune d'Environnement et Changement climatique Canada

Bon taux de reproduction

L'estimation de Jean-François Rail lui permet également d'avancer que la colonie n’a rien perdu de sa vitalité en raison d’un bon taux de reproduction cet été. Celui-ci aurait même augmenté légèrement.

Une multitude d'oiseaux vaquent à leurs activités.

La colonie de fous de Bassan de l'île Bonaventure est surveillée de près (archives).

Photo : Radio-Canada / Bruno Lelièvre

Avec les photos aériennes, le biologiste a compté le nombre de couples qui nichaient cette année au mois de juillet, lorsqu’il a fait son inventaire. L'échantillon analysé représente environ, à son avis, un sixième de la colonie. M. Rail a ensuite comparé ses photos avec celles prises il y a deux ans.

La taille de la colonie n’a à peu près pas bougé, même que je comptais un peu plus de nids pour les secteurs équivalents, s’étonne-t-il.

Il y avait même une légère augmentation par rapport au dernier inventaire en 2020. Le fait qu’il y a eu très peu de mortalité chez les poussins vient étayer ses dires.

« Au niveau du succès reproducteur, c'est quand même une bonne saison, parce qu'on a eu des années depuis 10 ans qui n’étaient vraiment pas très bonnes. »

— Une citation de  Jean-François Rail, biologiste aux populations d'oiseaux marins au Service canadien de la faune d'Environnement et Changement climatique Canada

La rareté de nourriture était pointée du doigt pour expliquer cette diminution.

Les fous de Bassan sont effectivement morts de la grippe aviaire

Une consultation auprès des scientifiques de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) lui a permis d’obtenir la confirmation que la mortalité des carcasses retrouvées cet été était bel et bien attribuable à la grippe aviaire.

Selon Jean-François Rail, il serait erroné d’affirmer que l’épidémie est chose du passé parce que de nouvelles carcasses sont repérées de temps en temps.

Toutefois, ce nombre est très faible comparativement aux 100 000 individus que comporte la colonie. Il y en a quelques dizaines par-ci, par-là, ça ne paraît presque pas, estime le chercheur.

C’est un soulagement pour les scientifiques qui s'attendaient au pire après l’hécatombe survenue notamment aux Îles-de-la-Madeleine (Nouvelle fenêtre), (Nouvelle fenêtre) où l'on a ramassé les carcasses à la pelle, tout comme au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince Édouard.

Des fous dans la pelle d'un tracteur.

Aux Îles-de-la-Madeleine, il a fallu organiser le ramassage des carcasses de fous de Bassan, très nombreuses (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Contrairement à ce que le biologiste a pu observer à l’île Bonaventure, l’épidémie de grippe aviaire a eu des impacts particulièrement dévastateurs sur le rocher aux Oiseaux, où le nombre de couples nicheurs a beaucoup diminué, selon lui.

Ce constat l'amène à conclure qu’à peu près tous les fous de Bassan retrouvés morts dans les colonies des Maritimes devaient provenir en grande grande majorité du rocher aux Oiseaux, parce que c'est là que la mortalité a été importante.

Jean-François Rail mentionne tout de même qu’il est difficile de faire des études précises sur le rocher aux Oiseaux, parce qu’il est pratiquement inaccessible.

Photo aérienne du rocher aux Oiseaux où l'on peut discerner des centaines de petits points blancs qui sont des fous de Bassan.

Le rocher aux Oiseaux est difficilement accessible, d'où l'importance de faire des inventaires aériens de la colonie de fous de Bassan (archives).

Photo : Service canadien de la faune

Plusieurs questions sans réponse

Plusieurs questions restent toutefois sans réponse. Pourquoi l’île Bonaventure semble-t-elle avoir mieux résisté à la grippe aviaire? L’épidémie est-elle terminée pour de bon? Ce sont toutes des questions auxquelles je ne peux pas répondre, et je ne sais pas si quelqu'un peut y répondre vraiment, mentionne M. Rail.

Des questions se posent aussi concernant les eiders à duvet de l'estuaire du Saint-Laurent. Dans plusieurs colonies, il y a eu des centaines de femelles qui ont été trouvées mortes, puis à d'autres endroits, la situation avait l’air normale, s’étonne-t-il.

Un goéland mort sur la berge.

Un nombre anormal de carcasses d'eiders et de goélands a été retrouvé sur les berges du fleuve Saint-Laurent. Leur mort serait liée à la grippe aviaire (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Damphousse

Sur la Côte-Nord, entre Sept-Îles et Blanc-Sablon, j'ai visité beaucoup de colonies d'oiseaux marins au mois de juin et je n’ai vu à peu près aucun signe de grippe aviaire sur l'ensemble des îles que j’ai visitées, indique le scientifique.

Est-ce que l'épidémie a frappé après notre passage? Je ne sais pas, c'est difficile à dire. On sait que l'épidémie a eu l'air de voyager d'ouest en est parce que, plus récemment, c'est à Terre-Neuve où il y a eu beaucoup d'oiseaux morts [...] avec presque deux mois de retard sur nous, ajoute M. Rail, qui ignore l'origine de l'épidémie.

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