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Agriculture : le prochain gouvernement devra « s’installer à la table à dessin »

Des vaches dans un champ.

Plusieurs défis attendent les producteurs agricoles dans les années à venir.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Les agriculteurs du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie sont catégoriques : il y a fort à faire pour traverser la crise qu’ils vivent, et les candidats à l’élection provinciale doivent être à l’écoute de leurs doléances.

On vit une crise et elle sera pire l’année prochaine, affirme d’emblée le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Bas-Saint-Laurent, Gilbert Marquis. L’enjeu présentement, ce n’est pas très compliqué, c’est d’être capable de payer ce qu’on doit.

Guerre en Ukraine, changements climatiques, inflation galopante, les pressions extérieures sont importantes sur les agriculteurs qui voient les coûts de leurs productions exploser depuis des mois.

Au point où plusieurs s’inquiètent de voir la relève disparaître devant l’ampleur de la tâche.

Plus ça va, plus ça coûte cher, plus il faut essayer de tirer plus d’argent de l’hectare, de nos animaux. On devient essoufflés!, glisse Martin Gauthier, copropriétaire de la Ferme des Érables, à Matane.

« Les jeunes de la région ne peuvent plus se lancer en affaires, c’est presque impossible en agriculture. »

— Une citation de  Martin Gauthier, copropriétaire de la Ferme des Érables
Martin Gauthier dans un enclos avec des boeufs.

Martin Gauthier est copropriétaire de la Ferme des Érables à Matane.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Le prochain gouvernement devra réinvestir massivement pour bonifier certains programmes du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) afin de faciliter le lancement de productions agricoles, selon Gilbert Marquis.

La relève est prête, mais quand tu sors de l’école [...] tu veux avoir de l’aide, tu frappes aux portes de la Financière agricole, du MAPAQ, explique le président de l’UPA. Des bonifications de programmes, ça aide à partir!

L’UPA demande d’ailleurs que le budget du MAPAQ, qui s'établit à 1 milliard 113 millions de dollars, soit augmenté de 500 millions pour rattraper des années de sous-financement.

Gilbert Marquis pose devant un champ.

Gilbert Marquis est président de l'UPA au Bas-Saint-Laurent (archives).

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Des investissements essentiels, aux yeux de Jean-François Rioux, propriétaire de la ferme laitière Rioukioux, à Saint-Simon-de-Rimouski.

On est probablement l’un des secteurs qui nécessitent le plus de dollars investis pour être capables d’en faire un profit, avance celui qui gère la ferme familiale depuis une vingtaine d’années.

L’endettement des agriculteurs l’inquiète particulièrement. Une augmentation des taux d’intérêt de 1 % ou de 2 % peut grandement influer sur un budget.

Si le prix du lait a récemment augmenté, cette hausse de la facture est le reflet de la situation financière des producteurs d’il y a plus d’un an, souligne Jean-François Rioux.

« Si tu veux rester et vivre de l’agriculture, tu dois continuellement essayer de battre le modèle. Tu ne peux pas faire du surplace. »

— Une citation de  Jean-François Rioux, propriétaire de la Ferme Rioukioux

Outre le financement, Jean-François Rioux est d'avis que le MAPAQ doit moderniser ses structures et les rendre plus malléables.

Il y a beaucoup à faire, ajoute Gilbert Marquis de l’UPA. La table à dessin, il faudra s’y installer et sortir des choses, en bonifier d’autres pour garder nos producteurs.

L'UPA a rencontré les chefs des cinq principaux partis à Longueuil les 7 et 8 septembre pour entendre leurs promesses à l'égard des agriculteurs de la province.

  • La Coalition avenir Québec propose notamment de bonifier de 50 millions de dollars le Fonds d’investissement pour la relève agricole;
  • Le Parti libéral du Québec veut pour sa part une révision complète des programmes de la Financière agricole;
  • Québec solidaire mettrait en place une politique d’achat alimentaire local dans le secteur public, notamment les écoles et les hôpitaux;
  • Le Parti québécois modifierait la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles pour limiter le dézonage ainsi que la superficie détenue par un non-agriculteur;
  • Le Parti conservateur du Québec préserverait 200 000 hectares dans les forêts publiques pour l’acériculture.

Revaloriser la vocation

Il y a 30 ans, tout le monde avait sa ferme, raconte pour sa part Pierre Bourdages, copropriétaire de la Ferme Bourdages à Saint-Siméon, en Gaspésie. Aujourd’hui, c’est complètement différent. Il y a une valorisation à faire pour ramener les jeunes consommateurs [sur les fermes].

Il croit à davantage de maillages entre le milieu de l’éducation et les entreprises agricoles. Il avance même l’idée d’organiser des visites de CPE directement sur la ferme.

« Ce sont les consommateurs de demain, mais aussi notre relève. Quand on n’est pas né sur une terre [...], c’est souvent un domaine qui est inconnu. »

— Une citation de  Pierre Bourdages, copropriétaire de la Ferme Bourdages

Cette méconnaissance du milieu est palpable également pour Jean-François Rioux, car il y a beaucoup à enseigner sur les nombreuses étapes de mise en marché des produits agricoles, selon lui.

La relève est centrale pour organiser ce que Pierre Bourdages appelle l’agriculture de demain.

Ça débute aujourd’hui. Il faut se doter d’outils financiers et il faut que le gouvernement fasse la différence, parce qu’on ne peut pas le faire seuls, soutient-il.

Bannière promotionnelle de notre dossier sur les élections provinciales au Québec.

Autre problématique à laquelle doivent faire face les agriculteurs : la spéculation foncière. De plus en plus d’investisseurs achètent à gros prix des terres en région pour les revendre à profit.

Lorsqu’ils arrivent en région, ils n’ont pas besoin de la Financière agricole, souligne Gilbert Marquis. Ils ont de l’argent cash dans leurs poches. [...] Ces gens-là n’achètent pas pour faire de l’agriculture, c’est pour faire de l’argent, parce que les terres agricoles prennent de la valeur année après année. C’est un placement pour eux.

Un champ de blé sous un ciel bleu.

Les terres agricoles sont convoitées par des spéculateurs fonciers.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

L’UPA voudrait mettre en place des mécanismes pour limiter cette spéculation et favoriser la vente de terres à de jeunes agriculteurs, avec la collaboration de Québec.

Toutes ces pressions sur le milieu n’ont pas que des répercussions financières : la santé psychologique des agriculteurs est aussi affectée.

Depuis 2020, deux travailleuses de rang sillonnent le Bas-Saint-Laurent pour venir en aide aux agriculteurs et à leur famille. L’UPA voudrait voir plus de ces travailleuses dans les fermes de la région.

Avec les informations de Jean-François Deschênes

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