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Le corps s’anime et s’exprime au MBAC

Des oeuvres dans une salle d'exposition.

Dans sa solitude comme dans son rapport à l'autre, le corps dévoile ses états d’âme au Musée des beaux-arts du Canada.

Photo : Radio-Canada / Aïda Semlali

Exalté ou opprimé, seul ou accompagné, dissimulé ou célébré. Le corps se dévoile dans tous ses états au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), dans le cadre de l’exposition Mouvement. L’expressivité du corps dans l’art.

Signées par 30 artistes canadiens et internationaux, 75 œuvres ont été sélectionnées parmi les collections de photographies et d’art autochtone, contemporain et européen du musée. Du 17e siècle à nos jours, elles témoignent de la représentation du corps dans l’art, non sans soulever divers enjeux sociaux et politiques.

Pour la nouvelle directrice générale par intérim du MBAC, Angela Cassie, cette exposition incarne la diversité des voix artistiques et la volonté du musée d’amplifier ces voix à travers l’art.

Un mandat dont se réjouit la co-commissaire de l’exposition et assistante conservatrice d’art autochtone au MBAC, Wahsontiio Cross. Inclure des œuvres d’artistes autochtones dans cette exposition, c’est montrer que ces artistes sont aux mêmes niveaux que les autres. Même s’ils explorent des formes et des manières différentes, se félicite-t-elle.

Il y a plus de place désormais dans le monde artistique pour les artistes autochtones, poursuit Mme Cross, ajoutant que le MBAC s’inscrit dans cette dynamique et donne l’exemple.

Une femme qui tient un fumigène rouge dans un décor hivernal.

Sur fond de neige blanche, un fumigène rouge dissimule en partie un corps féminin. Dans la série de photos « Nos femmes et nos filles sont sacrées », Katherine Takpannie s’attache à montrer l’invisibilisation, mais aussi les disparitions des filles et des femmes autochtones dans la société canadienne.

Photo : Musée des beaux-arts du Canada / Katherine Takpannie, Nos femmes et nos filles sont sacrées #3, 2016 / © Katherine Takpannie, Photo : avec l’autorisation de l’artiste

En plus de la diversité des artistes présentés, la commissaire principale de l’exposition, Andrea Kunard, a voulu assurer une variété de médiums utilisés, incluant peinture, sculpture, photographie, vidéo et estampes. Elle a aussi souhaité inclure un large éventail des idées exprimées.

Le visiteur peut simplement savourer le fait de voir ces différentes œuvres d’art, fait valoir Andrea Kunard. Mais on peut aussi réfléchir à certains des sujets abordés, des sujets qui peuvent parfois être lourds.

La commissaire principale de l’exposition explique avoir tenu à assurer un équilibre entre plaisir visuel et réflexion.

Alors on danse

Des oeuvres sur un mur d'une salle d'exposition.

Dans ces clichés pris en 1943, la photographe Lisette Model se tient au plus près de son modèle, la chorégraphe Pearl Primus. Pionnière de la danse afro-américaine moderne, cette dernière fit de son art une arme pour dénoncer les discriminations raciales aux États-Unis.

Photo : Radio-Canada / Aïda Semlali

Les œuvres sont réparties par thématiques et par salles, et la danse s’invite dans plusieurs d’entre elles. Danseuses, ballerines et chorégraphes semblent danser chacune dans leurs cadres, tantôt avec sagesse et application dans une œuvre de Degas, tantôt avec une pointe de provocation dans la vidéo Dance to Miss Chief du Canadien Kent Monkman, qui moque la fascination allemande pour les peuples autochtones d’Amérique du Nord.

De manière théâtrale (Mary Wigwam dansant, Emil Nolde), gracieuse (Danse fantaisie, Eadweard Muybridge), sensuelle (Souvenir de la saison d’opéra russe, Kees Van Dongen) ou militante (Pearl Primus, Lisette Model), toutes expriment l’énergie vitale qui sommeille en chacun de nous.

La condition humaine

Une oeuvre qui démontre plusieurs figures humaines.

Dans « Actes de disparition » de l’artiste Leidy Churchman, des figures entrelacées s’appuient mutuellement. Momentanément, le mouvement se fige pour traduire le besoin de contact humain et la condition mortelle des hommes.

Photo : Musée des beaux-arts du Canada / Leidy Churchman, Actes de disparition, 2019 / © Leidy Churchman, avec l’autorisation de la Matthew Marks Gallery, Photo : MBAC

Mais le corps n’est pas que cette entité expressive encline à célébrer la vie à travers la danse. Il y a beaucoup d’art conceptuel basé sur l'idée du mouvement, mais aussi sur les contraintes du mouvement, explique l’une des co-commissaires de l’exposition et gestionnaire principale du rayonnement national au MBAC, Josée Drouin-Brisebois.

Cette dernière cite les œuvres photographiques de Suzy Lake, où on voit l’artiste attachée, exprimant le fait d’être privée de la liberté de bouger, à travers une contrainte qui peut être physique, mais aussi politique ou sociale. Opprimé, invisibilisé, libéré : le corps soulève ainsi des questions liées à la décolonisation, aux ségrégations ou encore aux violences faites aux femmes.

Des oeuvres sur un mur d'une salle d'exposition.

Dans cette série photographique sans titre datant de 1976, l’artiste américano-canadienne Suzy Lake exprime le rapport du corps au monde, le « concept de contrôle » et la vulnérabilité et l’impuissance que cette contrainte peut engendrer.

Photo : Radio-Canada / Aïda Semlali

Notre enveloppe charnelle porte aussi des combats intérieurs dans son rapport à soi, à l’autre et à notre condition humaine. S’attirant, s’épousant, se confrontant, s’éloignant, se soutenant, les corps se révèlent dans tous leurs états. Il y a par exemple cette idée de rapprochement ou, au contraire, de séparation. [...] En les mettant dans la même salle, on peut avoir un dialogue, relève Josée Drouin-Brisebois.

Cette dernière souligne par ailleurs la présence dans l’exposition d'œuvres nouvellement acquises par le MBAC et présentées pour la première fois au public, incluant celles du Canadien Brendan Fernandes, de l’Allemande Silke Otto-Knapp et des Américains Leidy Churchman et Adam Pendleton.

Gros plan de deux personnes qui se tiennent les mains.

L'œuvre vidéo de l’Américain Adam Pendleton présente sa rencontre avec la chorégraphe Yvonne Rainer. De leur dialogue découle une réflexion sur l’art, les questions raciales et les droits civiques.

Photo : Musée des beaux-arts du Canada / Adam Pendleton, image fixe tirée de Just Back from Los Angeles: A Portrait of Yvonne Rainer, 2016–17 / © Adam Pendleton, Photo : avec l’autorisation de l’artiste

L’exposition se poursuit jusqu’au 26 février prochain. D’ici là, diverses activités complémentaires, gratuitement accessibles au public, prolongeront la réflexion autour du corps et de sa représentation dans l’art. Au programme, une discussion entre la conservatrice Andrea Kunard et l’artiste multidisciplinaire Brendan Fernandes, le 27 octobre, et des spectacles de danse de la troupe de danse contemporaine Propeller Dance, les 24 et 26 novembre prochains.

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