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Quand il n’y a aucun médecin à des centaines de kilomètres

Rickey Hickey assis sur un sofa dans son salon.

L'hôpital de Harbour Breton a été fermé une soixantaine de jours depuis juin dernier, faute de médecins. « On essaie de ne pas en parler », affirme Rick Hickey, dont le cœur fonctionne à 28%.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Seulement 300 mètres séparent la maison de Rick Hickey de l’hôpital de Harbour Breton à Terre-Neuve. Mais en cette journée de juillet, les urgences sont fermées. Le médecin le plus proche est à deux heures et demie de route.

On essaie de ne pas en parler, explique le patient en dialyse, l’air épuisé. Il a perdu les deux reins. Ces jours-ci, son cœur fonctionne à 28 %. Vous ne pouvez pas imaginer l’anxiété.

« Avec tout ce qui m’est déjà arrivé, j’ai peur que les urgences ne soient pas ouvertes au moment où j'en ai besoin. »

— Une citation de  Rick Hickey

Faute de médecins, le seul hôpital de la péninsule de Connaigre, une des régions les plus isolées de Terre-Neuve, a été fermé temporairement pendant une soixantaine de jours depuis juin. Les salles d’urgences paralysées, les patients sont systématiquement redirigés vers Grand Falls-Windsor, à 225 km au nord.

Une carte montre la distance entre Harbour Breton et Grand Fals-Windsor.

Environ 225 km séparent Harbour Breton de Grand Falls-Windsor.

Photo : Radio-Canada / Louise Duguay

Un accident tragique

En avril dernier, une femme de 27 ans est morte d’une surdose pendant que l’hôpital de Harbour Breton était fermé. Comme Rickey Hickey, Ashley Molloy habitait à quelques centaines de mètres de la salle d’urgence.

L’ambulance la plus proche était à 70 km de chez elle au moment où ses parents ont appelé le 911. Elle a finalement attendu cinq heures avant de voir un médecin, à Grand Falls-Windsor. Mais il était trop tard.

Panorama de Harbour Breton.

Environ 1500 personnes habitent à Harbour Breton, l'une des communautés les plus isolées à Terre-Neuve.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Impossible de savoir si Ashley Molloy serait encore en vie si les urgences de Harbour Breton étaient ouvertes, reconnaît le maire, Lloyd Blake. Mais il craint d’autres décès.

Je paie des impôts depuis 40 ans et je m’attends à ce que le système de santé soit là quand j'en ai besoin, affirme-t-il, au volant de son auto.

En sillonnant les rues du village de 1500 habitants, il pointe du doigt l’école, l’usine de transformation de poisson et le nouveau quai construit par l’industrie aquacole – le moteur économique de la région. Si jamais il y a un accident à l’usine ou dans une ferme aquacole, il faut qu’ils puissent transporter les travailleurs à l’hôpital et qu’ils soient soignés, souligne-t-il. L'hôpital est important pour la santé des résidents, mais aussi l'économie.

Lloyd Breton devant la mairie.

Lloyd Blake, le maire de Harbour Breton.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

« Le premier ministre et les gestionnaires du système de santé disent qu’ils prennent la situation au sérieux. [...] Mais je m'en doute. »

— Une citation de  Lloyd Blake, maire, Harbour Breton

Une route périlleuse

Quand l’hôpital est fermé, les paramédicaux comme Myra Herritt doivent traverser un secteur désert sur l’autoroute 360 – la chaussée cahoteuse reliant la péninsule de Connaigre au reste de Terre-Neuve. La nuit, les conditions sont dangereuses : l’obscurité totale, les orignaux et les caribous, les rafales.

C’est toi et ton collègue pendant deux heures et demie. Pas de réseau cellulaire, sur une route déserte. Et aucun soutien. Il n’y a même plus de station-service avec une ligne fixe. Il n’y a rien, explique-t-elle. Pendant l’hiver, c’est un cauchemar.

Myra Herritt assis dans son ambulance.

La paramédicale, Myra Herritt, fait des allers-retours d'environ 450 km, sur une route cahoteuse, quand l'hôpital de Harbour Breton est fermé.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Un effet domino

À Grand Falls-Windsor, le Dr Jared Butler, la tête dans les mains, évoque un effet domino. L’hôpital de Harbour Breton n’est pas le seul à fermer temporairement. Les urgences de Baie Verte ont aussi fermé des dizaines de fois depuis l’été dernier. Si le nombre de patients augmente à Grand Falls-Windsor, le nombre de médecins diminue.

L’effet domino qu’on voit dans le système, c’est que lorsqu’il n’y a plus personne sur le terrain, en région, toutes ces pressions sont redirigées vers une autre partie du système, explique le Dr Butler.

Le Dr Jared Butler dans son bureau.

Selon le Dr Jared Butler, quand les hôpitaux ruraux doivent fermer, les médecins de Grand Falls-Windsor, déjà débordés, doivent traiter plus de patients.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

On essaie de soutenir les gens en région le plus possible, mais nous avons aussi une pénurie de main-d'œuvre dans l'ensemble du système, rappelle-t-il.

Un problème loin d’être réglé

Les solutions à long terme promises par le gouvernement se font toujours attendre à Harbour Breton. De nouvelles primes temporaires sont données aux médecins ruraux depuis l’été. Un nouveau bureau provincial de recrutement a été établi. Mais l’hôpital n'a toujours pas de médecin permanent. Le député local reconnaît que la pénurie de travailleurs de la santé est loin d’être réglée.

On y travaille chaque jour. On vise une solution à long terme et on ne l’a pas encore trouvée, affirme le libéral, Elvis Loveless. Il y a des défis, je ne vais pas vous le cacher. Mais on travaille pour trouver des solutions à long terme et je suis convaincu qu’on va y arriver.

Le port de Harbour Breton.

Le gouvernement provincial promet des soltuions à long terme pour les hôpitaux ruraux comme celui de Harbour Breton. Mais les résidents s'impatientent.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Certains résidents ne veulent plus patienter. Jaden Stewart, qui souffre d’épilepsie, vient de déménager à Gander, où il deviendra mécanicien. Il en a assez d’habiter une région où le système de santé est si fragile.

Est-ce qu’on est en sécurité ici? La question se pose, estime-t-il. Est-ce que je voudrais avoir un enfant ici? Est-ce que je voudrais avoir une famille? S’il n’y a pas de médecins, qu’est-ce qu’on va faire?

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