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« Oubli » de 16,3 milliards : le Parti libéral corrige son cadre financier

Le parti maintient toutefois l'ensemble de ses engagements électoraux.

Dominique Anglade envoie la main en montant dans son autobus de campagne.

Le cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

« Le calcul de la dette publique du Québec est passablement complexe. Probablement qu'on l'a fait trop vite. »

Le président de campagne du Parti libéral du Québec et ancien ministre des Finances, Carlos Leitão, a dû expliquer des erreurs de calcul dans son cadre financier, présenté par la cheffe du parti Dominique Anglade en début de campagne.

Sa formation politique, qui souhaite être reconnue par les électeurs comme le parti de l'économie, est placée mercredi sur la défensive après des révélations du quotidien La Presse+ à l'effet que le montant total de la dette après un premier mandat libéral était sous-estimé de 12 milliards de dollars (G$).

Les libéraux avaient également choisi de ne pas inclure de dépenses liées à la gestion de la pandémie dans leurs prévisions budgétaires.

Résultat : le parti a sous-estimé la dette brute de la province d'environ 16,3 G$, ce qui bouscule passablement ses prévisions économiques.

Les engagements électoraux entièrement maintenus

Écoutez, un cadre financier, c'est d'abord et avant tout un document politique où on établit nos priorités, nos choix, a dit Carlos Leitão, qui a été désigné par le parti pour répondre aux questions des journalistes, la cheffe Dominique Anglade étant en préparation pour le premier débat de la campagne. Nous avons choisi d'aider les citoyens dans une période somme toute difficile, a ajouté l'ancien ténor des finances sous le gouvernement de Philippe Couillard.

« On n'a pas oublié [16,3] milliards. On a mis nos efforts sur le calcul de nos engagements. Notre objectif était de mettre en place des outils pour aider les citoyens. Ces calculs-là, on s'est assurés de les faire comme il faut. »

— Une citation de  Carlos Leitão, ancien ministre des Finances et président de la campagne du PLQ

Il promet que cette erreur de calcul n'aura aucune incidence sur les engagements électoraux et insiste : Sur le fond des mesures, la correction ne change strictement rien aux engagements du Parti libéral. Tout le programme demeure, dans la même ampleur. Ça n'a aucun impact.

Les baisses d'impôts, la bonification de l'allocation aux aînés et la mise sur pied d'une société d'État pour le développement de l'hydrogène vert, entre autres, sont donc toujours au menu. Un ensemble de promesses qui totalise 41 G$.

Cette avalanche de dépenses contraste avec les années d'austérité et de rigueur budgétaire du plus récent gouvernement libéral, dont il a été l'architecte. Il y a un moment pour mettre la maison en ordre, comme c'était le cas entre 2014 et 2016, et un autre moment pour aider les citoyens à faire face à une situation complexe, a-t-il avancé pour expliquer ce contraste. Les déficits anticipés [dans la plateforme libérale] sont gérables, maintient M. Leitão.

Carlo Leitão et Philippe Couillard.

Carlos Leitão a été l'un des hommes forts du gouvernement de Philippe Couillard entre 2014 et 2018.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Des répercussions sur le niveau d'endettement

Ces 16,3 G$ sont entièrement reportés sur les prévisions de la dette publique après le passage au pouvoir du prochain gouvernement.

C'est donc le ratio entre la dette et le produit intérieur brut (PIB) qui s'en trouvera affecté. Pourtant, le cadre financier libéral justifiait ses milliards en promesses par une baisse constante de cet indicateur du niveau d'endettement de la province. Bien que notre cadre financier ne propose pas un retour à l’équilibre budgétaire sur l’horizon de cinq ans, le ratio dette-PIB, lui, maintiendra sa chute, peut-on d'ailleurs toujours lire dans le document.

C'est même un aspect du plan de Mme Anglade qui avait été souligné par le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, qui, contrairement à François Legault, avait refusé de qualifier les promesses libérales d'irresponsables.

Ce qu’il faut regarder […] c’est le ratio dette-PIB, ce n’est pas l’endettement en soi, mais la proportion de l’endettement sur la taille de l’économie, et quand on regarde ce que les libéraux mettent en avant, ma compréhension […], c’est qu’on continue à diminuer le ratio dette-PIB, avait déclaré M. St-Pierre Plamondon.

Or, avec ce nouveau calcul, le Parti libéral doit revoir ses ambitions à cet égard. Le ratio dette-PIB descend quand même, promet Carlos Leitão. Moins rapidement, mais quand même.

« C'est ironique », dit Duhaime

Cette erreur n'a pas manqué de faire réagir les chefs en campagne électorale, même si la plupart d'entre eux sont affairés à la préparation du débat, qui aura lieu jeudi.

C'est sûr que ce n'est pas rien, a dit la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé en réaction à l'article de La Presse+. Le seul parti dont on ne parle pas dans cet article, c'est QS. À QS, on a fait nos devoirs. On sait que les chiffres qui sont dans notre cadre financier, tant les dépenses que les revenus, sont validés et sont clairs, a-t-elle ajouté.

« On a suivi ce que la vérificatrice générale nous a demandé de faire, ce qui n'est pas le cas des libéraux. On n'est pas allé "bizouner" dans les chiffres. »

— Une citation de  Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

De son côté, le chef conservateur Éric Duhaime a dit d'abord vouloir faire preuve d'humilité devant la bévue de ses adversaires. Le cadre budgétaire en campagne électorale est un exercice qui, selon lui, est appelé à être corrigé en cours de route. Il a tout de même profité de l'occasion pour décocher une flèche vers Dominique Anglade.

Éric Duhaime parle au micro.

Éric Duhaime a présenté le cadre financier des conservateurs mercredi. Il a été le dernier chef à se prêter à l'exercice.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Je trouve ça juste ironique que ça survienne alors que madame me disait que je n'étais pas éligible parce que j'avais payé un compte de taxes en retard, a-t-il dit. Elle, elle fait une erreur de 12 milliards dans son cadre financier... je ne sais pas si ça la rend inéligible. Moi, je considère que non. Je pense qu'elle a le droit de se présenter quand même.

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