•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Simplifier l’immigration pour pallier la pénurie de main-d’œuvre en restauration

Une serveuse tenant dans ses mains plusieurs assiettes remplies, dans un restaurant.

Les restaurateurs torontois peinent à recruter du personnel.

Photo : iStock / Denis Stankovic

Des acteurs du milieu de la restauration réclament des changements aux règles d'immigration afin d'attirer plus de travailleurs étrangers pour pallier le manque de main-d'œuvre qualifiée dans cette industrie.

La pâtisserie torontoise Nord Lyon fait partie des nombreux restaurants qui peinent à trouver de la main-d'œuvre qualifiée, malgré ses efforts.

On ne trouve vraiment personne, soutient son directeur général, Hicham Bouseksou.

Il raconte avoir publié des annonces tant au Québec qu’en Ontario sur de nombreux sites de recherche d’emploi, sur les réseaux sociaux, et même tenté du bouche-à-oreille. Le tout sans succès.

Les conséquences de ce manque de main-d'œuvre se font sentir. Nord Lyon a rénové un autre local dans le même immeuble pour un deuxième restaurant. Il n’a cependant pas le personnel nécessaire pour l’ouverture.

Le restaurant devait ouvrir le 1er septembre dernier. L’ouverture a depuis été repoussée à fin octobre ou début novembre.

« On se donne une date d’ouverture du nouveau restaurant, au moins ça nous donne de l’espoir. Mais si on n’a pas de personnel, on fera comment? »

— Une citation de  Hicham Bouseksou, directeur général de Nord Lyon

Hicham Bouseksou estime que le problème réside dans le fait qu’il y a peu de gens qui reçoivent des formations en gastronomie au Canada. Ainsi, Nord Lyon recrute principalement des cuisiniers, des pâtissiers et des boulangers de l’étranger.

Or, l’immigration économique est selon lui un processus trop lent.

Hicham Bouseksou se croise les bras, le sourire aux lèvres, devant la pâtisserie.

Hicham Bouseksou affirme qu'il est très difficile de recruter de la main-d'œuvre qualifiée pour Nord Lyon.

Photo : Radio-Canada / Grégory Wilson

Pour les Marocains ou les Tunisiens, ça va nous prendre plus que quatre, voire cinq mois pour parvenir à leur avoir un visa à l’ambassade pour qu’ils puissent venir à Toronto , déplore-t-il.

Hicham Bouseksou croit également que le test linguistique requis pour venir au Canada en tant qu’immigrant économique nuit particulièrement aux travailleurs de ce milieu.

Il explique qu’il reçoit de nombreux CV de candidats à l’étranger avec plusieurs années d’expérience, mais qu'ils n'ont pas de bonnes notes au Test de connaissance du français (TCF).

Il demande donc de réduire ces critères pour ceux et celles qui viennent en tant que travailleur spécialisé, comme des pâtissiers ou des boulangers.

Le propriétaire du Batifole Gourmand au centre-ville de Toronto, Pascal Geffroy, croit lui aussi qu’un manque de formation en restauration au Canada nuit au recrutement de personnel. Il ajoute que d’augmenter les seuils d’immigration est une solution possible pour pallier le manque de personnel.

Un homme pose avec une chemise et une écharpe devant un restaurant sur un petit patio

Pascal Geffroy se préoccupe des répercussions sur la chaîne d'approvisionnement de la hausse des dépenses des restaurants et la baisse de ses revenus.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Le chef raconte que de nombreux restaurants, dont le sien, offrent des salaires compétitifs et portent une attention particulière aux horaires et aux conditions de travail afin d'attirer des travailleurs canadiens. Les efforts seraient toutefois vains.

On n’a pas de gens qui viennent spontanément se présenter pour du travail. Quand on passe des annonces, on ne reçoit pas de réponse, constate M. Geffroy.

Une annonce de Tim Hortons qui dit que des étudiants peuvent commencer avec un salaire de 14 dollars 75 sous l'heure. Ils peuvent également recevoir des bonis et d'autres avantages.

De nombreux restaurants offrent toute une gamme d'avantages, dont de meilleurs salaires, pour attirer des travailleurs potentiels.

Photo : Radio-Canada / Andréane Williams

Cette pénurie de personnel se fait sentir à l’échelle du pays, tant dans les grandes villes que dans les plus petites communautés, indique le vice-président de Restaurants Canada, Olivier Bourbeau.

Il n’y a pas de solution unique, affirme-t-il.

Se référant aux plus récentes données de Statistique Canada (Nouvelle fenêtre), il indique qu’il y a 171 715 postes vacants dans cette industrie au Canada, alors qu’il n’y en avait que 60 000 avant la pandémie. La situation ne semblerait pas se régler de sitôt.

«  Pour avoir parlé avec des économistes récemment, cette pénurie de main-d'œuvre est devant nous pour 9 à 10 ans. »

— Une citation de  Olivier Bourbeau, vice-président de Restaurants Canada

Alléger le processus pour devenir travailleur temporaire serait, selon lui, l'une des façons d'accueillir davantage de main-d'œuvre. Dans cette optique, Restaurants Canada a notamment présenté des recommandations au gouvernement fédéral pour réduire les frais et accélérer ce processus.

Olivier Bourbeau ajoute que l’organisme a également discuté avec Ottawa en ce qui concerne une possible réévaluation des seuils d’immigration en général.

Selon lui, le gouvernement est ouvert à ces possibilités, mais subit lui-même une pénurie de main-d'œuvre, ce qui ralentit son propre processus.

De son côté, une porte-parole du ministère du Travail de l'Ontario réitère son désir d'avoir plus de pouvoirs en immigration afin d'attirer plus de travailleurs qualifiés de l'étranger.

Dans une déclaration, elle ajoute que des travailleurs qualifiés de l'industrie de la restauration peuvent présenter une demande d'immigration au Canada par l'intermédiaire de l'OINP. Cependant, la province ne peut sélectionner que 9700 candidats, toutes professions confondues.

C'est pourquoi nous avons demandé au gouvernement fédéral d'augmenter le nombre d'immigrants que nous pouvons désigner pour pourvoir les emplois dans l'industrie de la restauration et dans d'autres secteurs essentiels comme les soins de santé et les métiers spécialisés, conclut-elle.

Un impact à long terme

Pascal Geffroy se préoccupe particulièrement de l'impact économique de cette pénurie. Il raconte que les restaurants doivent limiter le nombre de clients qu’ils accueillent en fonction de leur habilité à bien les servir. Ainsi, les revenus ont diminué, tandis que les dépenses, elles, continuent d’augmenter.

«  Les loyers n’ont pas baissé, au contraire, ils ont augmenté. Les frais ont augmenté, les salaires ont augmenté, et on a une diminution du chiffre d’affaires parce qu’on ne peut pas accueillir autant de clients qu’il faudrait pour pouvoir pallier ces frais fixes. »

— Une citation de  Pascal Geffroy, propriétaire du Batifole Gourmand

Le propriétaire du restaurant ajoute que certains produits coûtent également plus cher.

C’est mathématique. On va arriver à moment donné avec plus de fermetures d’établissements parce que ce n’est plus gérable, estime-t-il.

Pascal Geffroy s’inquiète par ailleurs de l’effet domino qu’une série de fermetures pourrait causer, notamment en réduisant le chiffre d’affaires des fournisseurs de ces restaurants.

Les fournisseurs ayant moins de clients, ils vont également moins vendre. [...] Ils ont aussi des problèmes de personnel et de recrutement. Tout ça engendre un modèle économique qui va se déliter, conclut le chef.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...