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Jean-Luc Godard en trois films cultes

Une femme blonde portant un foulard bleu sur la tête regarde vers la gauche, avec de la végétation verte en arrière-plan.

Brigitte Bardot dans «Le mépris», de Jean-Luc Godard

Photo :  Capture d’écran - YouTube

Agence France-Presse

Parmi les dizaines de films de Jean-Luc Godard, décédé mardi à l’âge de 91 ans, trois sont entrés dans l'histoire du cinéma, tous tournés dans les années 1960.

À bout de souffle

Il s’agit de son premier long métrage, tourné avec un très petit budget. L’intrigue tourne autour de l'itinéraire d'un voyou qui, après avoir volé une voiture et tué un policier, est traqué par la police. Il tente de convaincre sa copine américaine de l’accompagner en Italie.

C'est une expérience folle, pas de lumières artificielles, pas de maquillage, pas de prise de son directe! Mais c'est tellement contraire aux manières d'Hollywood que je deviens naturelle, avait résumé Jean Seberg, vedette, avec Jean-Paul Belmondo, de ce porte-étendard de la Nouvelle Vague française.

On y trouve les ébauches des éléments constitutifs des films suivants de Godard : références culturelles, musiques entêtantes, coupes franches (jump cuts), accents étrangers, bars bruyants…

La déambulation du couple sur les Champs-Élysées – elle vendant le New York Herald Tribune, lui la draguant cigarette au bec – est entrée dans la légende.

Le film connaîtra une postérité incomparable et symbolisera le schisme entre le cinéma de papa – ces films académiques proprets tant décriés par Godard et ses ex-collègues critiques des Cahiers du cinéma – et l’incursion de la modernité dans le 7e art.


Le mépris

La femme d'un scénariste se détache de son mari et lui avoue le mépris qu'il lui inspire, après que celui-ci l’eut laissée à la merci d’un producteur américain véreux et machiste. C'est le sixième film de Godard et son plus grand succès commercial.

Durant le tournage, Brigitte Bardot est harcelée par les paparazzi. Les producteurs veulent à tout prix la dénuder à l'écran. Jean-Luc Godard cède en partie. Il ajoute au film une séquence devenue iconique, où Bardot, allongée nue sur un lit, interroge Michel Piccoli : Et mes fesses, tu les aimes, mes fesses?

Adapté du roman éponyme d'Alberto Moravia, le film doit beaucoup à un lyrisme rare chez Godard qui a pu compter, outre une distribution d'exception – dans laquelle figure notamment le cinéaste mythique Fritz Lang –, sur la partition envoûtante de Georges Delerue, la photographie expressive de Raoul Coutard et le décor somptueux de la villa Malaparte au bord de la mer Méditerranée.


Pierrot le fou

C'est sans doute l'une des œuvres les plus intimes de Godard, et sa sixième et avant-dernière collaboration avec l’actrice danoise Anna Karina, sa muse et épouse. Le couple se séparera l’année de la sortie du film, en 1965.

Alors que la Nouvelle Vague est en déclin, il maîtrise mieux que jamais son art et se livre à un feu d'artifice narratif et visuel, où éclatent à chaque image les couleurs primaires : bleu, jaune, rouge.

À sa sortie, le film est interdit aux moins de 18 ans pour anarchisme intellectuel et moral.

Ô stupidité de la censure! Les gens sérieux ont horreur de Godard, écrit, en cette année 1965, Françoise Giroud dans L'Express.

Elle ajoute : L'histoire du film? Je ne sais pas. Il doit en y avoir une, mais elle n'a aucune importance. Un homme aime une femme, que voulez-vous de plus? Il s'appelle Ferdinand. Elle l'appelle Pierrot. Ensemble, ils courent vers le soleil, vers la mer, vers la chaleur... Vers le drame aussi.

Une des répliques, dite par Anna Karina, est restée célèbre : Qu'est-ce que je peux faire? Je sais pas quoi faire...

Des cinéastes comme Quentin Tarantino ou Leos Carax ont été influencés par ce film, errance placée sous le signe du poète Arthur Rimbaud.

Jean-Luc Godard a tourné environ 125 films, longs et courts, fictions et documentaires, qui ont eu un accueil pour le moins contrasté; on aime ou on déteste.

Parmi ses principaux longs métrages, mentionnons Le petit soldat, Une femme est une femme, Vivre sa vie, Alphaville, Masculin féminin, La Chinoise, Sauve qui peut (la vie), Prénom Carmen, Je vous salue Marie, Détective et Adieu au langage.

Mais aucun n'a acquis l'aura de ces trois grands films de la décennie 1960, l’une des plus riches du cinéma français.

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