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Médecins spécialistes : l’Outaouais toujours loin de la moyenne québécoise

L’histoire se répète : l’Outaouais manquait, et manque toujours, de médecins spécialistes. S’il y a des déficits partout au Québec, la région continue de faire piètre figure d’une élection à l’autre. Et les effets de cette pénurie sont bien réels pour des patients.

Un sarrau médical vide devant des piles de dossiers.

L’Outaouais est toujours loin de la moyenne québécoise en matière d'accès à un médecin spécialiste.

Photo : Radio-Canada / Yosri Mimouna

« Un an pour avoir un psychiatre, ça l’a mis un an en danger. On a mis Frédéric un an en danger. »

Frédéric (nom fictif)* avait déjà passé une partie de sa vie sous la responsabilité de la DPJ lorsqu’il est arrivé chez Daniel (nom fictif)* et sa conjointe. Ses grands besoins ont sauté aux yeux de sa nouvelle famille d'accueil dès son arrivée.

*Note : Daniel a souhaité garder son identité ainsi que celle de sa famille confidentielles afin de protéger Frédéric. Radio-Canada a accepté sa demande.

Les mains d'un homme, les paumes vers le haut

Daniel (nom fictif) raconte comment Frédéric (nom fictif), qui a l'âge mental d'un jeune adolescent, a passé une partie de sa vie sous la responsabilité de la DPJ.

Photo : Radio-Canada

Coup sur coup, Frédéric, qui a l’âge mental d’un jeune adolescent, avait des crises, des trop-pleins d’émotion pendant lesquels il pouvait perdre contact avec la réalité. Il pouvait sortir de la maison dans une colère noire, traverser la route [sans] faire attention à son environnement. [Il] aurait pu se faire heurter par une voiture, se rappelle Daniel.

La famille a cherché un pédopsychiatre, en vain. Prise au dépourvu, elle a été contrainte trois fois de se rendre aux urgences pour chercher de l’aide : On nous disait qu'il n’y avait pas de psychiatres, qu’il y avait de longues listes d'attente. Je me suis fait dire qu'il y avait trois ans d’attente pour une psychiatre en particulier.

Sans pédopsychiatre régulier, on tournait en rond, illustre Daniel. Impossible d’avoir un diagnostic qui aurait permis d’obtenir certains services. Pendant ce temps, Daniel et sa conjointe s'épuisaient.

« Frédéric nous le disait : « Moi, j’ai des problèmes, je ne me comprends pas, aidez-moi. » Il a même hurlé pour avoir un ou une psychiatre. En tant que famille d’accueil, on était dans la détresse totale. »

— Une citation de  Daniel, père d’accueil de Frédéric

Il aura finalement fallu plus d’un an et des cris du cœur à répétition pour qu’enfin la famille trouve un psychiatre spécialisé, obtienne un diagnostic et ait accès à des médicaments adéquats.

Là, on a des mots, on a un diagnostic, on commence à avoir les clés, souffle Daniel. On avait l’impression qu’il fallait déplacer des montagnes.

Un écart qui perdure

Ils ne sont pas les seuls parents à chercher un pédopsychiatre en Outaouais.

Sur les neuf autorisés par Québec dans la région, il en manque quatre. En tout, 36 postes de médecins spécialistes sont vacants dans le réseau de la santé publique de l’Outaouais. À titre d’exemple, il manque trois psychiatres, trois pédiatres, quatre internistes et trois anesthésiologistes, d’après le Plan d’effectifs médicaux (PEM) en spécialité de la région.

C’est un fait connu et dénoncé par plusieurs intervenants : l’Outaouais a longtemps été moins bien nanti en matière de santé. Et alors qu’elle se trouvait déjà, avant même les dernières élections provinciales, loin derrière la moyenne québécoise en matière de médecins spécialistes, la région n’arrive toujours pas à diminuer cet écart.

Il y a effectivement de grands besoins, qui sont provinciaux, particulièrement en pédopsychiatrie, reconnaît Nicolas Gillot, directeur des services professionnels et de la pertinence clinique pour le CISSS de l’Outaouais.

Mais le CISSS parvient à s’organiser, assure-t-il, avec le soutien des équipes en services sociaux, dans la direction jeunesse, pour donner accès à ce qui n’est pas médical. L'organisation emploie en outre une infirmière praticienne spécialisée pour faire des évaluations, a l’aide d’un nouveau médecin de famille habitué à la pédopsychiatrie et discute avec des pédopsychiatres du privé pour y envoyer certains patients, ajoute-t-il.

De façon similaire, l’entraide entre médecins d’autres spécialités aide à maintenir un certain équilibre, continue le Dr Gillot. Par exemple, les gens de la médecine interne sont capables de voir certains patients en gastroentérologie quand on a moins de gastroentérologues, illustre-t-il.

On improvise des solutions

Le président d'Action santé Outaouais, Denis Marcheterre, est sans équivoque : le ratio de médecins spécialistes en Outaouais, c’est un gros problème, c’est préoccupant.

Le CISSS de l'Outaouais offre des solutions intéressantes pour l’instant, dit-il, mais elles restent temporaires, diachylon.

« On est dans une situation de "patchage" de trous parce qu’on est en crise, et qu’on essaie de régler la crise d’une façon ou d’une autre. On est là-dedans : on improvise des solutions. »

— Une citation de  Denis Marcheterre, président d'Action santé Outaouais

Plus de médecins de famille, mais…

Si la région peine à avoir les médecins spécialistes dont elle a besoin, elle rattrape lentement la moyenne québécoise en matière de médecins de famille. Mais il y en a toujours moins que dans l’ensemble du Québec, et pas assez pour pallier la pénurie, explique Anne Plourde, chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques.

Ça rend encore plus grave le manque de médecins spécialistes, parce qu’on n’a pas la première ligne qui est là pour absorber les besoins plus généraux, les besoins courants, et empêcher que les problèmes de santé se compliquent, analyse-t-elle.

Elle ajoute que la solution au manque de spécialistes n’est pas nécessairement d’augmenter leur nombre : Si on regarde le portrait plus largement [...] c’est beaucoup une question d’organisation des services et d'utilisation insuffisante des compétences des autres professionnels, par exemple des infirmières praticiennes spécialisées.

Or, c’est par les omnipraticiens que passe l’accès à l’ensemble des services : C'est clair que la situation en Outaouais pose davantage problème que dans le reste du Québec.

Des dizaines de milliers de personnes de la région sont toujours sans médecin de famille, selon le CISSS de l'Outaouais.

Pas de remède miracle

Le Dr Gillot compte sur le futur hôpital pour augmenter l’attractivité de la région dans les prochaines années et rétrécir l’écart en matière de médecins spécialistes. Cela permettra notamment d’accroître le nombre de spécialistes autorisés à pratiquer en Outaouais au-delà de 2026 : C’est là qu’on devrait voir un bond en avant.

À long terme, la faculté satellite de l’Université McGill apportera aussi à la région une plus grande visibilité dans la province pour les étudiants, ajoute-t-il.

Bref, dans quelques années, probablement que nos efforts de recrutement vont payer et qu’on aura beaucoup plus de médecins dans la région, anticipe-t-il.

Et en attendant?

En contexte électoral, Denis Marcheterre souhaite entendre parler de rétention de personnel. Il faut dire les choses telles qu’elles sont : on a un problème en Outaouais. Pourquoi on n’est pas capables d’attirer des spécialistes et de les garder? Le mystère reste entier.

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