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Envoyé spécial

« La philosophie de la Chine est aussi l’expansion de l’autoritarisme »

Le ministre des Affaires étrangères de Taïwan croit que la Chine souhaite étendre son modèle autoritaire. Une mise en garde qu’il répète en entrevue exclusive à Radio-Canada à quelques jours de la rencontre attendue entre les présidents russe et chinois, Vladimir Poutine et Xi Jinping, en Europe.

Joseph Wu assis.

Le ministre des Affaires étrangères de Taïwan, Joseph Wu

Photo : Radio-Canada / Afore Hsieh

TAIPEI – Pour beaucoup en Amérique et en Europe, les exercices militaires chinois, le mois dernier, dans le détroit de Taïwan après la visite de la présidente de la Chambre des représentants américains, Nancy Pelosi, ont fait craindre à une invasion de l’île taïwanaise.

Le ministre des Affaires étrangères de Taïwan, Joseph Wu, considère qu’il s’agissait d’une pratique en vue d’isoler l’île et d’imposer un blocus pour forcer la réunification avec la Chine.

En regardant les zones désignées pour ces exercices, on voit bien que Taïwan était presque entièrement encerclée. Les zones au nord et au sud étaient situées près de grands ports. On dit même que 18 voies maritimes internationales ont été affectées.

Nous comprenons que la Chine a l’intention de former un blocus contre Taïwan au moment où l'invasion sera sa politique. Nous essayons de nous assurer que Taïwan ait toujours une connexion avec le monde extérieur dans ce cas-là.

Si les exercices chinois avaient pour but de projeter une image d’une superpuissance prête à tout, la petite île de Taïwan est aussi engagée dans une campagne de relations publiques internationales. Ses appels à la solidarité sont répétés et Taïwan a mené cet été de nombreux exercices militaires médiatisés.

Le journaliste Philippe Leblanc et Joseph Wu.

Le ministre des Affaires étrangères de Taïwan, Joseph Wu, nous a reçus dans ses bureaux.

Photo : Radio-Canada / Afore Hsieh

Nous comprenons que l’appui international est un élément crucial. Dans cette perspective-là, nos exercices militaires et les messages envoyés aux autres démocraties sont des étapes importantes pour prévenir le déclenchement d’une guerre par la Chine.

Taipei se dit d’ailleurs plus inquiète depuis l’invasion russe en Ukraine. L’analogie est trop facile à faire. Une puissance autoritaire envahissant un territoire qu’elle considère être sien. Mais attention, la Chine est plus puissante et plus influente que la Russie, soutient le ministre Joseph Wu. Plusieurs pays d’Asie et d’Amérique latine sont prêts à se tourner vers le modèle communiste chinois comme alternative à la domination américaine sur la planète.

« Leur philosophie n'est pas seulement l'expansion de l'influence chinoise, mais aussi l'expansion de l'autoritarisme, prévient-il, les démocraties du monde entier doivent s'unir pour faire face à cette situation. »

— Une citation de  Joseph Wu

Ces appels répétés à la solidarité semblent entendus. Les visites de délégations étrangères étaient déjà fréquentes, mais effectuées dans un anonymat relatif avant le passage médiatisé de Nancy Pelosi au mois d’août. En ce moment, les politiciens étrangers se succèdent à Taïwan.

Le président chinois arrivera demain en Ouzbekistan, pour participer à un sommet régional, où il rencontrera Vladimir Poutine. À Taïwan, on espère que la récente déconfiture russe en Ukraine refroidira Xi Jinping quant à une éventuelle invasion de l'île. Le ministre des Affaires étrangères Taïwanais multiplie les appels à ses alliés, dont le Canada.Philippe Leblanc, l'a rencontré.

Une délégation canadienne menée par la députée Judy Sgro envisage de s’y rendre le mois prochain. Le premier ministre Trudeau a cependant invité les élus à considérer les conséquences d’une telle visite. Sa réaction a été dénoncée par certains comme étant une forme de soumission à la Chine. Le gouvernement taïwanais n’est pas prêt à la voir ainsi.

Justin Trudeau se soucie de savoir si Taïwan va supporter les conséquences d’une autre agression chinoise en réaction à ce passage ici et si la visite de la délégation parlementaire va vraiment aider Taïwan. D’un autre côté, on voit aussi les parlementaires canadiens qui ne sont pas découragés par la Chine. Ce sont des signaux positifs des deux côtés. Nous interprétons cela comme des gestes d’amitié par des gens qui veulent nous appuyer de façon substantielle.

Notre correspondant en Asie Philippe Leblanc sera basé à Taïwan pour les prochains mois, afin de nous faire découvrir cette île de près de 24 millions d'habitants, sa société et les défis qui l'animent. Et aussi afin de couvrir les enjeux d'actualité de toute la région Asie-Pacifique.

Le ministre Wu espère d’ailleurs que les liens d’affaires avec le Canada se développeront davantage. Il croit qu’une collaboration sur les enjeux de sécurité en Asie est possible.

En juin dernier, Ottawa a annoncé la création du comité consultatif indo-pacifique chargé de formuler des recommandations au gouvernement. La stratégie canadienne pour contrer l’influence de la Chine dans la région risque de ne pas être prête avant l’an prochain.

Quand l’Europe et les autres pays parlent de stratégie pour l’Indo-Pacifique, ça veut dire qu’ils veulent développer des liens économiques, en matière de sécurité et pour protéger nos valeurs démocratiques communes. Le monde sortira gagnant de la réflexion canadienne.

Taïwan espère de plus que sa candidature comme membre de l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) sera étudiée prochainement. L’entente de libre-échange a été conclue entre le Canada et 10 pays d’Asie-Pacifique, dont le Japon et l’Australie. La Chine aussi a fait une demande d’adhésion au partenariat économique.

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