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Analyse

Équilibre budgétaire : Il suffirait de presque rien

Plan panoramique de l'Assemblée nationale.

Dans le contexte où la croissance ralentit, et où on appréhende une récession, les partis font le pari que le Québec sera épargné.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L'objectif était pourtant à portée de main. Selon le Rapport préélectoral sur l'état des finances publiques, approuvé par la vérificatrice générale (VG), le Québec est à deux doigts d'atteindre l'équilibre budgétaire.

Dans les faits, il y est déjà. Dès qu'on soustrait une provision pour risques économiques de 2 milliards de dollars par an, prévue pour chacune des années à venir, le budget s'équilibre.

Mais voilà, promesses électorales obligent, le chemin du retour à l'équilibre budgétaire sera plus tortueux que prévu. Jusqu'ici, trois partis ont dévoilé leur cadre financier — la CAQ, le PLQ et QS — et tous prévoient faire des dépenses nettement plus élevées que ce qui était prévu au cadre de référence.

Pour les quatre années financières du prochain mandat (de 2023-2024 à 2026-2027), la CAQ prévoit 13,3 milliards de dollars de dépenses additionnelles, le PLQ, 17,5 milliards et QS, 36,8 milliards. Ces sommes n'incluent pas le coût des promesses en infrastructure, qui vont directement sur la dette.

En parallèle, la CAQ et le PLQ prévoient aussi se priver d'importants revenus, soit environ 6,5 milliards de dollars chacun pour la durée du mandat, augmentant d'autant le manque à gagner.

Québec solidaire fait bande à part et espère engranger 25 milliards de dollars de plus, notamment en taxant davantage les entreprises et les mieux nantis.

Dans tous les cas, la dette sera plus importante à la fin du mandat que ce qui est prévu au cadre de référence dévoilé tout juste avant les élections. Le Parti libéral prévoit des déficits plus élevés. Québec solidaire éliminera les contributions au Fonds des générations. La CAQ fera un peu les deux à la fois.

On peut avoir de longs débats sur les mérites de l'une ou l'autre de ces propositions, mais une constante demeure : le moment où le Québec rejoindra la moyenne des provinces canadiennes au chapitre de l'endettement per capita sera repoussé à plus tard.

Des partis débordant d'optimisme

Or, non seulement les partis prévoient-ils dépenser plus — et, dans certains cas, percevoir moins de revenus — mais leur cadre financier repose chacun sur une bonne dose d'optimisme.

La CAQ remet ainsi l'atteinte de l'équilibre budgétaire à un éventuel troisième mandat, tout comme le gros de la réduction de la dette en pourcentage du PIB.

Pour atteindre ses objectifs, elle mise sur un hypothétique accroissement de la croissance économique en deuxième moitié de mandat. Des milliards de dollars seront aussi épargnés dans le cadre d'une révision des programmes dont on ne connaît pas les détails.

Pour se justifier, François Legault a dit samedi qu'il serait gêné de se contenter des prévisions de croissance économique validées par la vérificatrice générale.

Il est vrai que ce n'est pas la première fois qu’on nous fait le coup. En 2018, et le Parti libéral et la Coalition avenir Québec avaient présenté des cadres financiers dans lesquels on prévoyait que les revenus seraient supérieurs à ce qui était prévu au rapport préélectoral — ce qui s'est avéré.

N'empêche, ce rapport préélectoral existe précisément pour que tous les partis élaborent leur proposition budgétaire à partir des mêmes données économiques. Y déroger en diminue forcément la portée, mais la CAQ n'est pas seule à tabler sur des revenus incertains.

Le PLQ et QS aussi

Philippe Couillard a dû avaler son café de travers lorsqu'il a pris connaissance du cadre financier de son ancien parti. Après avoir prêché les vertus de la rigueur budgétaire pendant tout son mandat, et en avoir payé un lourd prix politique, il doit maintenant constater que sa successeure est nettement moins enthousiaste que lui face au concept.

Le Parti libéral promet un retour à l'équilibre budgétaire d'ici sept ans, mais on parle ici du déficit avant versement au Fonds des générations. Aucun objectif n'a été avancé quant au retour à l'équilibre budgétaire après versement.

Certes, le poids de la dette n'est plus aussi lourd qu'à l'époque où Carlos Leitao tenait les cordons de la bourse, la dette nette en pourcentage du PIB étant passée de 50,2 % en 2016 à 38,0 % cette année. N'empêche, pour les tenants du déficit zéro, ne pas avoir d'objectif précis est rarement de bon augure, comme Justin Trudeau en a fait la démonstration ces dernières années.

À cela s'ajoute le fait que les libéraux misent sur plus de 5 milliards de dollars de revenus à tirer de la lutte contre l'évasion fiscale et le travail dissimulé durant leur mandat. Or, les efforts faits en ce sens ont permis de récolter moins de 500 millions en un an, selon le plus récent budget. Le PLQ n'a pas non plus jugé bon de maintenir les provisions pour risques économiques prévues au rapport préélectoral.

Québec solidaire n'est pas en reste, même si la documentation fournie en appui à son cadre budgétaire est plus exhaustive que celle fournie par les autres partis. Pour atteindre ses objectifs, la formation politique prévoit d'importantes sources d'économie qui sont, pour le moins, incertaines. QS prévoit ainsi économiser 8,2 milliards de dollars en quatre ans en créant Pharma-Québec, une société d'État censée réduire le coût des approvisionnements en médicaments et en matériel médical.

On présume aussi qu'on ira chercher plus de 2 milliards de dollars dans les poches des médecins, avant même d'avoir entamé des négociations avec eux. Enfin, on tient pour acquis qu'on récupérera 680 millions en quatre ans en créant une déclaration de revenus unique. Justin Trudeau a pourtant dit non à plusieurs reprises.

Et les risques de récession?

Dans le contexte où la croissance ralentit, et où on appréhende une récession, les partis font le pari que le Québec sera épargné.

Ce pari est audacieux, sachant qu'une récession d'ampleur moyenne priverait le Québec de plus de 8 milliards de dollars de revenus en cinq ans, selon le ministère des Finances. C'est sans compter les revenus dont les partis se priveront volontairement, et ce, de manière récurrente, en diminuant taxes et impôts.

Dans son récent rapport, la vérificatrice générale jugeait d’ailleurs importants les risques économiques auxquels est confronté le Québec. Elle estimait du reste qu’il aurait été plus prudent, pour le ministère, de prévoir un scénario budgétaire alternatif, qui illustre la situation en cas de récession.

Après avoir répété pendant des années qu'il fallait absolument limiter les déficits et assainir les finances publiques, il est pour le moins étonnant de voir les partis reléguer en chœur ces objectifs au second plan.

On verra bientôt ce que le PQ et le PCQ nous réservent.

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