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Jean-Lesage : une circonscription bousculée par les mégaprojets

Des immeubles de bureaux et une rue à plusieurs voies de circulation.

Le secteur D'Estimauville a été particulièrement revitalisé ces dernières années et a vu apparaître des immeubles de bureaux.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

Parmi les circonscriptions les plus défavorisées du Québec, celle de Jean-Lesage change peu à peu de visage. Zone d'innovation Littoral Est, tramway, troisième lien, mégahôpital, Medicago, écoquartiers : du Vieux-Limoilou jusqu'à Beauport, les mégaprojets ont déjà une incidence sur le développement et le tissu social. Occasion pour certains et risque pour les autres, les prochaines décisions seront critiques.

À travers les tuiles défraîchies et les corridors mal éclairés des galeries de la Canardière, le commerce de France Bergeron détonne par la vivacité de ses couleurs. La fleuriste ne sait pas ce qui adviendra de ses bouquets quand elle ne sera plus là, mais elle semble convaincue d'une chose : « le meilleur est à venir ».

Après 40 ans à tenir boutique sur D'Estimauville, l'affirmation n'est pas banale.

Là où il ne poussait que des mauvaises herbes sur des terrains désaffectés il y a quelques années, se trouve maintenant un terreau fertile pour les immeubles de bureaux et les projets de condos.

Depuis le début de la revitalisation du quartier, la commerçante note l'arrivée de nouveaux clients, en apparence mieux nantis. Cette transformation n'est pas terminée et, tout autour, les grues s'activent.

La fenêtre de son commerce offre d'ailleurs une vue imprenable sur le chantier du Nuvo Quartier, un projet de condos locatifs haut de gamme dont le nom n'est pas sans rappeler le Nouvo Saint-Roch d'il y a une décennie.

Un immeuble en construction.

Les immeubles comme le Nuvo Quartier sont nombreux à être projetés dans la circonscription de Jean-Lesage, autour des grands projets d'aménagement.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

Bon pour les affaires

Mme Bergeron n'est pas la seule optimiste.

Bernard Gagné, propriétaire d'un restaurant du quartier Maizerets, se frotte les mains lorsqu'il entrevoit l'avenir. Je ne vois que du bon et j'aime ce quartier-là, assez pour avoir acheté des commerces et en vouloir d'autres, dit-il au bout du fil.

Il se réjouit notamment de la multiplication des complexes domiciliaires et de l'arrivée de jeunes familles.

« On voit que ça pousse beaucoup et je pense sincèrement que ça va être un maudit beau secteur dans quelques années. »

— Une citation de  Bernard Gagné, homme d'affaires

L'entrepreneur anticipe déjà les retombées du mégahôpital de l'Enfant-Jésus, en chantier jusqu'en 2029. Le personnel hospitalier compte déjà pour une bonne partie de sa clientèle. L'arrivée de nouveaux emplois dans les environs ne peut être qu'une bonne nouvelle.

Chantier de l'Hôpital l'Enfant-Jésus de Québec. Deux grues sont à l'œuvre.

L'agrandissement de l'hôpital de l'Enfant-Jésus en mégahôpital a déjà des répercussions.

Photo : Radio-Canada / Louis-Philippe Arsenault

M. Gagné est le seul homme d'affaires de la circonscription de Jean-Lesage à avoir signé une lettre en faveur du tunnel Québec-Lévis et du Réseau express de la capitale. De permettre d'avoir un troisième lien proche de la circonscription, forcément il va y avoir des retombées, croit-il.

Une sortie du tunnel doit diriger le trafic vers l'autoroute Dufferin-Montmorency, au sud du quartier. À nouveau, il ne peut qu'imaginer un boom social et économique. Le monde attire le monde! Pareille réflexion pourrait surgir dans l'ouest de Jean-Lesage, où le tunnel sortirait de terre à la hauteur de la rue Soumande.

Le restaurateur n'ose pas se prononcer sur l'aménagement final du troisième lien. Il fait confiance. Pourvu que la mobilité demeure fluide et que le quartier soit plus accessible.

Même chose pour le tramway, qui traversera le chemin de la Canardière d'est en ouest. Il n'est pas contre, surtout si on peut déplacer un plus grand nombre de personnes vers les commerces et faciliter les liaisons entre les quartiers voisins. Ça peut aider pour la main-d'œuvre, souligne Bernard Gagné.

Déjà des effets?

Jean-Lesage demeure la circonscription la plus pauvre de la grande région de Québec. Mais de 2016 à 2021, le revenu annuel moyen y a bondi de 24 %, atteignant 42 000 $.

Marie-Hélène Deshaies, présidente du Conseil de quartier Maizerets, croit que les effets de ces changements se font déjà sentir. Si la mixité est encore bien présente, elle craint qu'on ne finisse par tasser les populations plus vulnérables. On a des maisons de chambre dans le quartier, des personnes à faible revenu, des populations immigrantes, rappelle-t-elle.

Selon Mme Deshaies, ces personnes seront les premières victimes d'un embourgeoisement des quartiers de Jean-Lesage. Déjà, des organisateurs communautaires nous disent que des personnes en situation d'instabilité résidentielle s'en vont vers Sainte-Anne-de-Beaupré, rapporte-t-elle.

« Il faut avoir un plan d'urgence pour le maintien des populations. »

— Une citation de  Marie-Hélène Deshaies, présidente du Conseil de quartier Maizerets

L'offre de logements ne va pas non plus dans le même sens que les besoins, déplore-t-elle. Avec l'arrivée de travailleurs spécialisés et de médecins relativement au nouvel hôpital, elle voit surtout apparaître des unités hors de prix ou non adaptées aux clientèles plus défavorisées.

Si certaines communautés sont mieux protégées, comme celle de Saint-Pie-X ayant accès à des loyers modiques, le conseil de quartier est au fait de cas plus précaires louant des appartements privés. L'inquiétude est de constater d'éventuelles rénovictions.

Une femme portant des vêtements d'été noirs photographiée sur le trottoir d'une rue résidentielle.

Marie-Hélène Deshaies ne croit pas à un développement de sa communauté basé uniquement sur la venue de nouvelles entreprises et espère que la population actuelle sera prise en considération dans les décisions à venir.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

Zone d'innovation, la grande oubliée

La situation ne va pas s'améliorer avec le développement de la Zone d'innovation Littoral Est, poursuit Marie-Hélène Deshaies. À son avis, ce grand projet né d'une entente entre la Ville de Québec et le gouvernement Legault est le grand oublié de la présente campagne électorale. Il risquerait pourtant, selon elle, d'accélérer les phénomènes déjà amorcés.

D'ici 2035, pas moins de 15 terrains municipaux, tous dans Limoilou, seront destinés à des entreprises technologiques. Selon le conseil de quartier, les parties ont travaillé à l'envers dans ce dossier. Avant de tout offrir au développement économique, il aurait fallu se demander quelle est la réalité du quartier, soutient Mme Deshaies.

La carte de la ZILE.

La zone d'innovation Littoral Est compte 375 000 mètres carrés de terrains municipaux.

Photo : Ville de Québec

Cette dernière se dit choquée de voir la Ville et Québec discuter à huis clos avec de gros joueurs avant d'aller à la rencontre des citoyens. Elle rappelle que Limoilou, a fortiori Maizerets, manque de commerces de proximité, ou encore d'espaces pour les organismes communautaires.

Mme Deshaies aurait espéré que les décideurs se préoccupent d'abord de consolider les populations existantes dans le quartier et d'améliorer leur qualité de vie.

La zone d'innovation, maintenant connue sous le nom d'InnoVitam, couvre 375 000 m2 et pourrait représenter, à terme, plus de 6 milliards de dollars d'investissements. La Ville de Québec y prévoit la création de 15 000 emplois.

Cinq candidats et un animateur assis sur des tabourets dans un bar.

Charles Robert (PLQ), Denise Peter (PCQ), Michaël Potvin (PQ), Sol Zanetti (QS) et Christiane Gamache (CAQ) ont répondu aux questions de l'animateur Bruno Savard,

Photo : Radio-Canada

Accès au fleuve

L'accès au fleuve Saint-Laurent est enfin un enjeu de taille pour une partie de la population de Jean-Lesage. Coincés derrière l'autoroute Dufferin-Montmorency, plusieurs résidents habitent sur les battures de Beauport sans pouvoir se rendre sur les berges.

Deux visions s'affronteront au cours de la campagne électorale. D'un côté, celle défendue par les solidaires et son député sortant, Sol Zanetti, qui consiste à transformer l'autoroute Dufferin-Montmorency en boulevard urbain. De l'autre, la vocation autoroutière serait maintenue par les caquistes, sortie du troisième lien oblige.

La rive d'un cours d'eau bordé d'un enrochement et d'une autoroute en été.

Les battures de Beauport sont prisonnières de l'autoroute Dufferin-Montmorency et d'installations industrielles sur la quasi-totalité de Jean-Lesage.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

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