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Que feriez-vous avec un revenu minimum garanti de 1000 $ US par mois?

Depuis le mois de janvier, 3200 familles de Los Angeles reçoivent 1000 $ US par mois, sans aucune condition. Cet argent qui semble tomber du ciel provient du programme Big Leap. Mais, malheureusement pour les bénéficiaires, le programme tire à sa fin.

Chantel Tolmaire et sa fille Sydney.

Chantel Tolmaire, accompagnée de sa fille Sydney, tient fièrement les drapeaux en hommage à ses parents policiers disparus à quelques années d'intervalle.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Dans son petit appartement à loyer modique de Los Angeles chichement meublé, Chantel Tolmaire, une Afro-Américaine de 39 ans, vit avec son frère et sa fille de 15 ans, Sydney.

Elle qui a perdu ses deux parents policiers à quelques années d’intervalle apprécie le confort spartiate de ce logement, tout en discutant avec sa fille de la routine quotidienne avec un peu plus d’espoir qu’il y a moins d’un an, lorsqu’elle a perdu son emploi et que son monde s’est écroulé.

On vivait d’une paie à l’autre, dit-elle, avec des trémolos dans la voix, notre maison a été saisie, et on est devenues sans-abri du jour au lendemain. Quelqu'un nous a aidées en nous sous-louant son logement, mais l’argent se faisait rare. Et un ami m’a parlé d’un programme d’aide que la Ville de Los Angeles offrait.

Ce programme, c'est Big Leap, et c’est sa fille Sydney qui l’a poussée à s’inscrire. Je lui ai dit de le faire, si on l’a, tant mieux, si on ne l’a pas, tant pis. Et un peu plus tard, on a été acceptées.

Le programme qui a sauvé la vie de Chantel lui permet de recevoir 1000 $ US par mois sans aucune restriction ni condition d’utilisation.

Sans restriction

Celeste Rodriguez, directrice de projet à la Ville de Los Angeles, travaille au sein de l'équipe de Big Leap, ce fameux programme de revenu minimum garanti.

Des familles peuvent ainsi, sans aucune restriction, payer tout ce dont elles ont besoin dans l’immédiat : des soins de santé d’urgence, la réparation d'un frigidaire, bref, tout ce qui n’est pas couvert par d’autres programmes d’aide du filet social.

Celeste Rodriguez fait partie de l'équipe qui administre le projet pilote Big Leap qui offre 1000 $ par mois à 3200 familles de Los Angeles.

Celeste Rodriguez fait partie de l'équipe qui administre le projet pilote Big Leap qui offre 1000 $ par mois à 3200 familles de Los Angeles.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

La seule condition pour en profiter, c’est de ne pas gagner plus de 17 000 $ US pour une famille de deux ou de 26 000 $ US pour une famille de quatre, ce qui, dans le contexte de cherté de la vie dans la Cité des Anges, ne représente pas grand-chose.

Pas étonnant qu’ils ont été nombreux à tenter leur chance d’être sélectionnés, dès le lancement du projet pilote Big Leap.

On a reçu 50 000 candidatures, et chaque 25e jour du mois, nous envoyons 3,2 millions dollars à 3200 familles, explique Celeste Rodriguez. Jusqu’ici, on a déjà distribué 25 millions de dollars.

Un encouragement à s'en sortir

Parmi les 3200 bénéficiaires, il y a aussi Stephanie Aviles, une Latino-Américaine de Los Angeles, maman d’une petite fille de 18 mois. Dans la tourmente de la pandémie, elle a perdu sa voiture, son logement, et toutes ses économies, environ 20 000 $ US, sont parties en fumée. Le revenu minimum garanti l’a sortie du fossé financier.

Ils m’ont donné une grande chance, j’ai été capable de payer mes cartes de crédit; j’avais beaucoup de dettes, parce que j’avais perdu mon coussin financier.

Mais que répond-elle à ceux qui disent que recevoir 1000 $ US sans rien en retour, cela encourage à l’oisiveté et à profiter du système?

Portrait de Stephanie Aviles.

Stephanie Aviles, qui vit avec sa fille de 18 mois à Los Angeles, fait partie des 3200 familles bénéficiaires du programme Big Leap.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Ce que je leur dirais, c’est que j’espère qu’ils ne seront jamais dans la situation d’être dans la rue et de demander de l’aide. Personnellement, je ne pense pas que ce soit la responsabilité du gouvernement de nous aider, je veux pouvoir prospérer par moi-même. Surtout en étant sortie de la pauvreté comme moi.

Celeste Rodriguez, qui a elle-même vécu dans la pauvreté avec sa famille, reste convaincue du bien-fondé du programme qu’elle administre au sein de la Ville de Los Angeles. Tous ces préjugés sont fondés sur des stéréotypes racistes. Avec Big Leap, on permet de mettre un visage sur ceux qui sont dans le besoin. La mère de quatre enfants qui peut leur acheter des couches ou du substitut de lait maternel. Ce programme a vraiment redonné un sentiment de dignité à ces familles démunies.

Un concept en hausse de popularité

L’idée d’offrir sans condition une somme d’argent chaque mois aux plus démunis pour qu’ils essaient de s’en sortir a ses partisans et ses détracteurs. Mais la popularité de ce concept est en hausse.

Aux États-Unis, plus de 48 programmes de revenu garanti ont été lancés dans des villes depuis 2020. Et c’est assurément Los Angeles qui a le plus important programme en la matière. Au total, ce seront plus de 38 millions de dollars qui auront été distribués en un an à ces familles dans le besoin.

Mais, le 25 décembre prochain, les bénéficiaires recevront le dernier chèque de 1000 $ US de Big Leap, car le projet pilote arrivera à échéance.

Un homme passe une porte.

Le projet pilote de revenu minimum garanti de la Ville de Los Angeles permet d'aider 3200 bénéficiaires.

Photo : Getty Images / Spencer Platt

Cela inquiète beaucoup de participants au programme, dont Gariner Beasley, 61 ans, qui a eu de graves problèmes de santé. Il est le père de quatre enfants, dont un adolescent de 17 ans qui vit avec lui dans une maison très modeste d’un quartier du nord-est de Los Angeles.

Comme je dis souvent à mon fils, sa mère et son père ne sont pas riches, mais il ne manque pas de grand-chose. On fait de notre mieux et on partage le loyer en trois avec mon ex et mon ex-belle-mère pour avoir un abri décent. Il ne cache pas qu’il appréhende beaucoup le jour de Noël, jour du chèque ultime de l’aide de la Ville…

Je dois tout réorganiser, je prends des décisions sur ce que je vais devoir faire. Ma plus grande inquiétude, c’est de savoir si je vais rester assez stable pour garder un toit. Ce programme était un cadeau du ciel pour moi. Je suggère qu’il soit prolongé pour tous ceux qui en ont besoin. Parce que, laissez-moi vous dire, on en a besoin à 1000, non, 100 000 pour cent.

Des marcheurs dominent la ville de Los Angeles au loin.

Le coût de la vie à Los Angeles plonge environ deux résidents sur 10 sous le seuil de pauvreté.

Photo : afp via getty images / CHRIS DELMAS

Chantel Tolmaire, elle, voit l’avenir d’un meilleur œil, mais il reste beaucoup de points d’interrogation. J’essaie de rester positive, mais je vous mentirais si je vous disais que je ne suis pas inquiète. Cependant, je reste optimiste pour 2023. Elle voudrait retourner étudier, mais là encore, sans le revenu minimum garanti, cela sera peut-être difficile.

D'autres projets d'aide

Stephanie Aviles songe elle aussi à changer de carrière après avoir vivoté dans les soins infirmiers. Son expérience avec Big Leap l’a en tout cas marquée pour la suite des choses. Cela m’a ouvert les yeux, cela m’a fait prendre conscience des limites que je m’imposais. J’ai fait des choses auxquelles je n'aurais jamais pensé avant, comme avoir un plan financier.

Même si elle n’a plus les fonds nécessaires pour financer Big Leap après Noël prochain, l’équipe de Celeste Rodriguez planche déjà sur un autre projet pilote d’aide aux plus démunis. On va focaliser nos efforts sur une autre partie de la population pour continuer d’étudier les données sur le revenu minimum garanti. On détesterait voir certains retourner dans des situations où ils ne pourraient plus subvenir à leurs besoins de base. C’est pour cela qu’on met à leur disposition les ressources de notre équipe, pour qu’ils puissent naviguer dans les méandres du tissu social.

En attendant, dans une ville où deux résidents sur dix vivraient dans la pauvreté, les défis restent colossaux et les besoins immenses.

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