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Une liste de lecture met en exergue l’enjeu de la représentativité de la diversité

Des parents issus de la diversité culturelle canadienne tentent de combattre le manque de représentativité dans la littérature jeunesse en partageant une liste non exhaustive d’ouvrages « afrocentrés ».

Des enfants assis devant une étagère lisent des livres.

La lecture contribue à nourrir et à développer l'imaginaire des jeunes.

Photo : getty images/istockphoto / Wavebreakmedia

Quelques jours avant la rentrée, une mère franco-ontarienne publiait sur Facebook une liste d'une cinquantaine d’ouvrages de littérature jeunesse qui met en lumière l'enjeu de la représentativité de la diversité dans les livres de lecture. La compilation présente des ouvrages qui abordent la réalité des personnes afrodescendantes ou met de l'avant des auteurs ou des personnages racisés. La liste se veut vivante et est en constante évolution.

La Franco-Ontarienne Rachel Décoste a créé cette liste d’ouvrages francophones et l'a publiée dans le groupe Facebook Black Moms of Canada afin d’aider d’autres parents. Au départ, c’était pour que mon fils se voie dans la littérature, dit-elle.

Rachel Décoste sourit à la caméra.

Rachel Décoste est consultante en diversité, équité et inclusion.

Photo : Rachel Décoste

Mme Décoste est née et a toujours vécu à Ottawa. Pour elle, les hivers canadiens n’ont plus de secret. Ce n’est toutefois pas le cas de son fils qu’elle a rencontré au Bénin pour la première fois. 

Sachant que ce dernier viendra vivre avec elle au Canada, elle décide de préparer son arrivée en lui apportant un livre en cadeau. Toutefois, il est impossible pour la nouvelle maman de trouver un bouquin permettant l'enfant de s’identifier aux personnages du récit. J’ai cherché partout pour un livre jeunesse qui parle de l’hiver et de la neige qu’il allait plus tard rencontrer en tant qu’immigrant, dit-elle. Je ne trouvais rien avec un enfant racisé, déplore-t-elle.

La mère ottavienne décide donc de prendre le taureau par les cornes en modifiant les illustrations d’un livre qui abordait le sujet de sa quête. Avec un crayon, j’ai dû colorier un des enfants [personnage du livre en question] à la peau brune pour que mon enfant lise l’histoire et se voie dedans, raconte-t-elle.

Image d'un livre présentant deux enfants qui jouent dans la neige. L'un des personnages est colorié par Rachel Décoste, afin qu'il représente un enfant noir jouant avec la neige.

Les personnages de ce livre s'amusent durant l'hiver.

Photo : Rachel Décoste

Mme Décoste raconte avoir partagé sa liste dans son réseau de parents afrodescendants. Ça a été très bien accueilli, dit-elle.

La liste a également été proposée à des conseils scolaires anglophones et francophones tels que Le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE).

Le CECCE affirme avoir accueilli favorablement les recommandations de cette liste et ajoute que certains de ces livres étaient déjà dans les bibliothèques des écoles sous sa tutelle.

Une liste qui fait de l’ombre à certaines bibliothèques municipales

D’autres parents sont également confrontés au dilemme de la représentativité. Kerry Banes vit à Oshawa. Elle compte se servir de la liste d’ouvrages de Rachel Décoste pour inculquer la passion de la lecture à ses enfants. J’ai été dans trois bibliothèques de la ville et c’est horrible, lâche-t-elle déçue du manque de représentativité.

« J’ai trois enfants noirs. Et il est vraiment difficile pour moi de trouver des livres au Canada avec des personnages noirs, des sujets sur la réalité des personnes noires. »

— Une citation de  Kerry Banes, Oshawa

De même Nicole Emanuel, qui fréquente aussi les bibliothèques de la municipalité de Durham, déplore que certains efforts soient mis uniquement durant le mois de l’Histoire des Noirs. Je pense que c'est malheureux [...] que cela ne se normalise pas à travers le contenu de toute la bibliothèque, dit-elle. 

Pour cette mère de deux enfants, la création de cette liste est aussi fort utile. Saluant l’initiative, elle déplore toutefois qu'il leur faille se débrouiller seules pour aider leurs enfants parce que, selon elle, le système ne nous représente pas.

La résidente de Whitby affirme aussi que la création de cette liste de lecture lui permettra de lancer la conversation du manque de représentativité dans les livres avec ses enfants.

« Je suis heureuse qu'en tant que personnes, nous réalisons que nous pouvons nous aider les uns les autres à trouver des ressources. »

— Une citation de  Nicole Emanuel, Whitby

Par courriel, les bibliothèques publiques d’Oshawa affirment pourtant offrir de nombreux titres qui reflètent et célèbrent la diversité. La diversité est l'une des valeurs fondamentales des bibliothèques publiques d'Oshawa, peut-on lire dans leur message.

Maisons d'édition et représentativité

Kerry Banes explique qu’il lui a toujours été plus facile de commander des livres afrocentrés aux États-Unis. Elle constate toutefois que la situation s’est améliorée au Canada notamment en raison du fait qu’elle puisse commander des livres pour ses enfants à partir d’Amazon. J’ai remarqué une augmentation des auteurs noirs canadiens qui y font la promotion de leurs livres, explique-t-elle.

De même, Rachel Décoste croit que ce géant du web a permis de démocratiser l’édition de livres alors que les grandes maisons d’édition ne sont pas suffisamment inclusives. Souvent, nos livres [d'auteurs ou avec des personnages afrodescendants] ne sont pas choisis pour être publiés, dit-elle.

Amadou Ba, historien avec un visage souriant.

Amadou Ba est aussi un historien et chargé de cours à l'Université Laurentienne. Il a publié de nombreux ouvrages afrocentrés y compris deux livres jeunesse.

Photo : Amadou Ba

Amadou Ba dirige la maison d’édition Ab Alkebulan qu’il a d’ailleurs lancée pour combattre ce manque de représentativité d’histoires, de personnages ou d’auteurs afrocentriques. Il explique que les jeunes autant que les adultes ne sont pas assez informés de la contribution des personnages afrodescendants à l’édification du Canada. Je me suis dit qu’il faut mettre des ressources pour eux.

M. Ba croit que cela permettra aux jeunes de combattre le racisme et les discriminations. La lecture est la meilleure façon de lutter contre les préjugés, les stéréotypes, estime-t-il.

« Quand on imprègne très tôt les jeunes dans la littérature jeunesse où on met des choses [positives] qui concernent d’autres régions du monde, ça forge le respect, l’admiration. »

— Une citation de  Amadou Ba, directeur des éditions Ab Alkebulan.

Même son de cloche du côté de Nicole Emanuel, qui soutient qu’avoir plus de livres valorisant la diversité aidera les jeunes à affirmer leur identité.

Par ailleurs, face à cette réalité, Rachel Décoste et son fils caressent le rêve d’écrire, un jour, une série d’histoires inspirées de ses découvertes de petit garçon immigrant au Canada.

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