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Un collectif demande aux organismes culturels de refuser l’argent de la Fonderie Horne

Zach Zoya est sur une scène extérieure chante devant une foule de plusieurs milliers de personnes.

Osisko en lumière est l'un des événements commandités par la Fonderie Horne, propriété de Glencore.

Photo : Radio-Canada / Alexia Martel-Desjardins

Un collectif formé de gens de Rouyn-Noranda, d’artistes et de militants écologistes réclame que les organisations culturelles de l’Abitibi-Témiscamingue cessent d’accepter des commandites de la Fonderie Horne pour leurs événements.

Dans une lettre publiée dans Le Devoir, ils affirment que les dons de Glencore à la culture et à d’autres milieux favorisent l’autocensure et une peur de critiquer l’entreprise par crainte de mettre en péril les finances des organismes commandités.

Parmi les 70 signataires, on retrouve notamment les artistes Richard Desjardins et Safia Nolin.

Le collectif estime qu’avec toutes les informations divulguées dans les derniers mois concernant les émissions polluantes de la Fonderie Horne et leurs possibles impacts sur la santé, l’entreprise tente d’investir dans son image.

Il faut revoir l’ensemble du financement de la culture parce que ce n'est pas normal que ce soient les entreprises privées qui le fassent. Ça crée une culture malsaine et un espèce de tabou en ville. Travailler sur cette lettre a été compliqué d’ailleurs parce que ça créait des conflits, mentionne l’un des auteurs de Rouyn-Noranda, Samuel Touchette.

Un financement nécessaire

La présence de Glencore et de la Fonderie Horne est partout à Rouyn-Noranda. Même l’aréna des Huskies porte le nom de la compagnie.

De nombreux événements d’importance et organismes de la région sont commandités par la Fonderie Horne. Le Festival de musique émergente, le Festival des Guitares du monde, le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, l’Orchestre symphonique régional de l’Abitibi-Témiscamingue et Osisko en lumière en font partie, mais il y en a plusieurs autres.

Les directions de la plupart de ces événements n’ont pas souhaité commenter la lettre de ce collectif ou ne nous ont pas rappelés.

Le directeur général de la Corporation des Fêtes pour tout le monde, Frédéric Roy-Hall, qui s'occupe notamment d’Osisko en lumière, a pour sa part assuré ne pas du tout se sentir bâillonné par la Fonderie Horne.

En tant qu’organisme, on se considère vraiment comme apolitique. Il n’y a pas de chances qu’on prenne position sur quoi que ce soit, même si on parle de l’homme sur la Lune ou de quoi que ce soit d’autre. Notre objectif est vraiment de créer de grands événements, nous a-t-il affirmé.

Frédéric Roy-Hall, posant sur le site d'Osisko en lumière.

Frédéric Roy-Hall, directeur général d'Osisko en lumière.

Photo : Radio-Canada / Alexia Martel-Desjardins

Frédéric Roy-Hall rappelle par ailleurs que le financement public dépend lui aussi du financement privé.

« Les subventions gouvernementales, surtout au fédéral mais au provincial aussi, ils ne donnent rien s’il n’y a rien qui est investi du côté du privé. Le privé n’embarque pas non plus s’il n’y a pas une certaine ampleur. Alors, tout ça, c’est un écosystème qui est créé pour soutenir la culture et c’est comme ça en ce moment. Si on disait demain matin qu'on ne veut plus aucune commandite privée, on n’affiche rien sur notre site, on ne serait tout simplement pas capable d'exister. »

— Une citation de  Frédéric Roy-Hall, directeur général de la Corporation des Fêtes pour tout le monde

Deux choses distinctes

Jacques Marchand, qui s’implique activement dans le milieu culturel à Rouyn-Noranda, estime pour sa part que le financement aux organismes et la qualité de l’air sont deux choses distinctes.

Il croit que ce n’est pas parce qu’on cesse de prendre des subventions que la qualité de l’air va s’améliorer pour autant.

Si j’étais un directeur d’entreprise et que je mettais 100 000 ou 200 000 $ dans la communauté et que la communauté ne veut plus de mon argent, je vais le mettre dans mes poches. Ce n’est pas ça qui va régler le problème du tout, signale-t-il.

Un modèle à revoir?

Au conseil de la culture de l’Abitibi-Témiscamingue, on assure que la réflexion est déjà entamée afin de déterminer comment on pourrait diminuer la dépendance des festivals et événements envers les entreprises privées.

« Le cas de la Fonderie Horne est vraiment venu exacerber un malaise qui existait déjà dans le milieu culturel. »

— Une citation de  Geneviève Béland, présidente du conseil de la culture de l'Abitibi-Témiscamingue
Geneviève Béland dans le studio de radio de Radio-Canada à Val-d'Or.

La présidente du Conseil de la culture de l'Abitibi-Témiscamingue, Geneviève Béland.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Mme Béland estime qu’il s’agit d’une réflexion qui prendra encore du temps puisque le modèle est implanté depuis des années.

Est-ce que c’est important que notre milieu culturel perde sa dépendance au privé? Assurément, je comprends le malaise, puis actuellement, le milieu culturel est un peu pris en otage parce que ces questions-là ne se règlent pas du jour au lendemain. Alors, il faut trouver des solutions pour qu’ils ne soient pas perdants dans cette situation, fait observer Geneviève Béland, tout en mentionnant que le financement privé sera toujours essentiel.

Une piste de solution, selon elle, serait par exemple de créer un fonds plus indépendant dans lequel les entreprises privées investiraient. Les événements pourraient ensuite y trouver du financement sans être liés directement à une entreprise.

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