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Longueuil doit trouver 1 milliard $ pour répondre à ses besoins en eau

« On doit s’assurer que les gens vont pouvoir avoir de l’eau au bout de leur robinet », prévient la mairesse Catherine Fournier, alors que la Ville s’attend à une forte croissance de sa population d’ici 40 ans.

Catherine Fournier, mairesse de Longueuil.

La mairesse de Longueuil Catherine Fournier lance un appel à l'aide financière du gouvernement du Québec.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Longueuil craint de ne pas suffire à la demande d'eau si elle continue son développement sans mettre à niveau et agrandir rapidement ses infrastructures désuètes, révèlent des documents internes obtenus par Radio-Canada. L'agglomération approche déjà les limites de ses capacités, à la fois pour la fourniture d'eau potable et la gestion des eaux usées.

La première préoccupation concerne l'usine d'eau potable de la rue Châteauguay qui dessert le Vieux-Longueuil. Datant de 1942, elle a un risque de défaillance très élevé, selon le gouvernement du Québec. Ses réserves d'urgence sont à la limite. Si un bris provoque un arrêt de production d'eau, son autonomie est de sept heures.

Les deux autres usines de l'agglomération pourraient combler une partie de l'approvisionnement, mais elles sont elles-mêmes déjà très sollicitées. Au total, les usines sont à 83 % de leur capacité. Celle du Vieux-Longueuil, la plus petite, est à 92 %. Or, c'est dans ce secteur qu'on anticipe la plus forte croissance de population.

L'usine d'eau potable de la rue Châteauguay, dans le Vieux-Longueuil, date de 1942 et a atteint sa durée de vie utile.

L'usine d'eau potable de la rue Châteauguay, dans le Vieux-Longueuil, date de 1942 et a atteint sa durée de vie utile.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Un des documents de la direction de la gestion des eaux de la Ville de Longueuil révèle qu'il faudrait augmenter de 72 % les capacités en eau potable de cette usine, située rue Châteauguay, de 32 000 m3 à 55 000 m3. Une reconstruction en plus grand est nécessaire et il faudrait commencer les travaux dès l'an prochain.

Le défi se pose aussi pour l'eau qui va aux égouts. L'usine d'épuration des eaux usées arrive « au bout de ses capacités » et doit se développer de 21 %, en plus de répondre à de nouvelles exigences réglementaires comme la désinfection des eaux usées renvoyées au fleuve.

« Il s’agit d’un chantier titanesque à réaliser avec un échéancier serré. [...] D’ici 2061, plus de 77 000 nouveaux logements sont attendus sur le territoire de l’agglomération, ce qui représente un accroissement de population d’environ 170 000 personnes (39 %). »

— Une citation de  Document de la Direction de la gestion des eaux de la Ville de Longueuil

Nous avons appris que, durant l'été, l'usine d'épuration des eaux usées, située sur l'île Charron, a reçu tellement de boues qu'elle a manqué de déborder et de polluer le fleuve. La mairesse, craignant un risque environnemental majeur, a dû puiser dans son fonds discrétionnaire pour débloquer de l'argent rapidement afin de traiter ces boues dans une unité modulaire.

La station de pompage Lafrance est située sur l'île Charron, près du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

Le Centre d'épuration Rive-Sud, situé sur l’île Charron, assainit les eaux usées des villes de Boucherville, Brossard, Longueuil et Saint-Lambert, mais pas de Saint-Bruno.

Photo : Ministère des Transports du Québec

C'est un défi majeur dans les prochaines années, explique la mairesse Catherine Fournier, en entrevue, dans un contexte où les villes ont une obligation de densifier et de construire pour répondre à la pénurie de logements.

Elle confirme que, si Longueuil développe le quartier autour du métro sans mettre à niveau son usine d'eau potable, il n'y aura pas assez d'eau pour tout le monde.

« On doit augmenter l’offre de logements sur notre territoire, mais en même temps, on a des infrastructures, notamment de production d’eau potable, qui ne sont pas adaptées à une croissance aussi grande de la population dans les prochaines années. Donc, avant de se lancer dans de vastes chantiers, [...] on a la responsabilité de s’assurer que les gens vont pouvoir avoir de l’eau au bout de leur robinet. »

— Une citation de  Catherine Fournier, mairesse de Longueuil
Extrait d'un document de la Direction de la gestion des eaux de Longueuil.

Extrait d'un document de la Direction de la gestion des eaux de Longueuil

Photo : Radio-Canada / Ville de Longueuil

Un des documents fait état de réserves d'urgence insuffisantes dans le Vieux-Longueuil et d'une capacité insuffisante pour desservir le développement à venir.

Dans un second document, le service de gestion de l'eau détaille les risques associés : la réduction du niveau de service pouvant affecter à la baisse les débits disponibles en cas d’urgence ou d’incendie, des problématiques opérationnelles surtout en période de fortes demandes, des baisses de pression de plus en plus fréquentes affectant le service aux citoyens surtout en périodes de pointe, des interdictions d’arrosages plus fréquentes et même en absence de canicule, etc.

Carte de l'agglomération de Longueuil.

L'agglomération de Longueuil englobe les villes de Longueuil, Brossard, Boucherville, Saint-Bruno-de-Montarville et Saint-Lambert, soit 435 000 résidents.

Photo : Ville de Longueuil

Des « coûts faramineux »

Une première estimation de la Ville, en 2020, avait chiffré à 600 millions de dollars les besoins d'investissement dans les infrastructures d'eau d'ici 2030. Mais avec l'inflation et la dégradation continue, la facture s'annonce encore plus élevée.

« Avec l’avancement des études en cours et l’évolution du marché de la construction, nous anticipons que ce montant dépassera le milliard… »

— Une citation de  Document de la Direction de la gestion des eaux de la Ville de Longueuil

Selon le document, un autre facteur va contribuer à augmenter les coûts : Les trois grandes villes de la région métropolitaine [Montréal, Laval et Longueuil] seront en chantier en même temps, ce qui fait craindre une surchauffe du marché.

C’est impossible pour une ville de financer à 100 % le coût de ces infrastructures, explique la mairesse. Pour payer ces coûts faramineux, elle sollicite une aide rapide et spéciale par un décret du gouvernement du Québec.

Si la Ville n'obtient pas d'appui financier, il faudrait freiner la densification, prévient Catherine Fournier, ou bien faire une taxe spéciale, mais ce n’est pas dans les options considérées jusqu’à maintenant.

Le chantier du nouveau centre-ville de Longueuil a déjà débuté avec deux nouvelles tours en construction.

Le chantier du nouveau centre-ville de Longueuil a déjà débuté avec deux nouvelles tours en construction.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Pourquoi ne pas tout simplement arrêter de développer Longueuil? On n’a pas le choix d’ajouter du monde pour remplir nos objectifs de densification et répondre aux besoins de la population québécoise qui s’accroît, répond Catherine Fournier. On a un déficit d’offres en logement qui est majeur.

Plus difficile pour Longueuil d'obtenir de l'aide?

Les programmes d'aide financière PRIMEAU et FIMEAU du gouvernement du Québec s'adressent aux municipalités pour remettre en état ou améliorer leurs infrastructures des eaux potable et usées, mais à Longueuil, la gestion de l'eau est de compétence d'agglomération. Or, la demande doit être faite une municipalité à la fois, indique le ministère des Affaires municipales et de l'Habitation du Québec.

Personne ne comprend l’agglomération de Longueuil, y compris le ministère, se désole Catherine Fournier. La même complexité se pose avec le gouvernement fédéral, selon elle. La Ville estime qu'il lui faut un accès à « plus d'argent », avec « moins de contraintes ».

François Legault, flou et de dos, s'adresse à Catherine Fournier, qu'on voit de face et souriante.

La mairesse de Longueuil Catherine Fournier, en compagnie du premier ministre du Québec François Legault, en février 2022.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des besoins partout au Québec

Plusieurs villes devront mettre aux normes leurs usines de traitement des eaux d’ici 2030. Le gouvernement québécois estime que 14 milliards de dollars sont nécessaires pour remplacer les actifs en eau à risque de défaillance élevé ou très élevé.

Questionné lundi sur la possibilité de payer pour certaines municipalités dans le besoin, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) François Legault a répondu que « c'est du cas par cas ».

« Les municipalités qui n'ont pas l'assiette fiscale pour payer des millions, c'est nous qui allons payer. Les municipalités qui font des nouveaux développements, donc qui vont avoir des nouveaux revenus, il va falloir qu'elles utilisent leurs nouveaux revenus pour payer pour l'eau potable. »

— Une citation de  François Legault, premier ministre sortant du Québec
Le chef de la CAQ François Legault.

François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

Photo : Radio-Canada / Cimon Leblanc

Selon une étude de HEC Montréal et du Réseau environnement, ce sont 49 milliards de dollars qu'il faudra investir sur 25 ans pour rattraper le retard de ces actifs en eau potable et eaux usées.

Si on ne fait rien, il y aura beaucoup plus de bris, beaucoup plus de fuites et ces réparations entraînent des coûts, explique le coauteur de l'étude, le professeur au Département d'économie appliquée à HEC Justin Leroux.

Selon lui, investir dans la modernisation des infrastructures d'eau, c'est payant, avec même des bénéfices supérieurs aux sommes dépensées.

Il y aurait des coûts évités pour les municipalités, mais aussi des bénéfices sur l'environnement (les eaux usées seraient mieux gérées) et sur la santé humaine (eau de meilleure qualité).

« Pour chaque dollar investi, on a 1,72 $ de bénéfices. Et même si on exclut les bénéfices pour la santé et l'environnement, on estime le retour sur investissement à 1,18 $ par dollar dépensé dans les infrastructures d'eau. Ça s'autofinance sur la durée. »

— Une citation de  Justin Leroux, professeur à HEC Montréal, coauteur de l'étude Estimation du retour sur investissement pour les infrastructures en eau au Québec

Les services d'eau ne devraient pas être à la merci des choix politiques d'un gouvernement, dit le professeur, sans vouloir commenter les partis politiques qui proposent des baisses d'impôt durant la campagne électorale actuelle.

L’eau potable, il n’y a rien de plus important que ça, croit la mairesse de Longueuil. Le 1er septembre, Catherine Fournier a convoqué tous les candidats (Nouvelle fenêtre)aux élections dans les circonscriptions du territoire de Longueuil pour les sensibiliser à cet enjeu, principalement.

Localisation des trois usines d'eau potable et du système d'approvisionnement de l'agglomération.

Localisation des trois usines d'eau potable et du système d'approvisionnement de l'agglomération.

Photo : Radio-Canada / Ville de Longueuil

Longueuil n'a pas eu de chance avec son eau ces dernières années. En 2015, un bris de la conduite d'une génératrice avait engendré une pollution de diesel dans l'eau potable. Des milliers de bouteilles d'eau avaient dû être distribuées aux citoyens durant deux jours.

La Ville est aussi responsable de plusieurs déversements dans le fleuve, ces dernières années. Elle aurait même le pire bilan, selon la Fondation Rivières.

L'an dernier, la mairesse avait encouragé les citoyens à réduire leur consommation d'eau durant un de ces épisodes. Depuis le printemps, la Ville a réduit à deux heures par jour, deux fois par semaine les périodes d’arrosage.

Dans l'agglomération, Saint-Bruno-de-Montarville a même engagé des agents de sécurité privés pour surveiller les contrevenants qui risquent des amendes jusqu’à 1000 $ (Nouvelle fenêtre). Depuis la mi-juin, neuf avertissements et huit constats d'infraction ont été remis.

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