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Peu d’intérêt au Nunavik pour les élections provinciales

Une rue de Kuujjuaq face à la rivière en septembre 2022.

Plus de 2600 personnes sont officiellement domiciliées à Kuujjuaq, ce qui n'inclut pas toutefois les nombreux travailleurs de passage.

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

Dans le nord de la circonscription d’Ungava, au Nunavik, beaucoup d'électeurs ne se sentent pas concernés par la campagne électorale en cours, un signe d’une fracture entre les communautés inuit et Québec.  

À Kuujjuaq, le plus gros village de cette région du Nord-du-Québec, aucune pancarte électorale n’est visible dans les rues.

C'est à l’image de l’intérêt que portent beaucoup de Nunavimmiut (résidents du Nunavik) aux élections provinciales.

Carte du Québec avec la délimitation pour la circonscription d'Ungava.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Environ 8000 électeurs résident au Nunavik, soit moins de 30 % de l'électorat total de la circonscription d'Ungava.

Photo : Radio-Canada / Colin Roch

En 2018, le taux de participation dans la circonscription d’Ungava a à peine dépassé 30 % des 28 314 électeurs inscrits, soit la moitié de la moyenne québécoise.

Et, dans la majorité des communautés du Nunavik, dans le nord de la circonscription, le taux a été inférieur à 20 % et a parfois frôlé 10 %, selon les données d'Élections Québec.

Comment expliquer cette faible participation?

La barrière de la langue est centrale dans ce peu d'intérêt envers la politique provinciale, selon Sandy Tooma, animateur de radio de CBC North établi à Kuujjuaq.

Plus de 90 % des résidents du Nunavik parlent l’inuktitut, suivi de l’anglais comme langue seconde.

Sandy Tooma à la console de son studio de Kuujjuaq en septembre 2022.

Sandy Tooma anime depuis plus de 10 ans une émission en inuktitut diffusée dans toutes les communautés du Nunavik.

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

Interrogé dans son studio de Kuujjuaq, Sandy Tooma se souvient de l’instauration de la Charte de la langue française, communément appelée loi 101, en 1977.

La Charte de la langue française avait alors creusé un fossé entre la population du Nunavik et le gouvernement du Québec, selon lui.

Cela fait l’effet d’une claque quand ils ont voulu nous imposer le français sur notre lieu de travail. Depuis, les gens se sont distanciés de la politique québécoise, explique l’animateur.

Toutefois, cette distance envers la politique provinciale se remarque également parmi la plus jeune génération.

Janice Parsons photographiée à son bureau en septembre 2022.

En plus d'être impliquée auprès des jeunes, Janice Parsons est une artiste et une chanteuse traditionnelle.

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

Janice Parsons vient à peine d’être élue comme représentante régionale pour le Qarjuit Youth Council, un groupe de jeunes leaders inuit du Nunavik.

« Personne ne parle de politique provinciale, pas dans mon cercle d’amis du moins. »

— Une citation de  Janice Parsons

Janice souhaite conscientiser son entourage à l’importance de l’implication politique pour que les choses changent au Nunavik.

Or, pour réellement intéresser l’électorat inuit, il faudrait avoir des élus inuit, selon elle.

Ce serait incroyable! Un moment qui changerait la vie des Inuit. C’est quelque chose qu’on aimerait voir, davantage de gens de notre communauté engagés dans les sphères de la vie publique, explique-t-elle.

Un point de vue que partage l’animateur Sandy Tooma. Cela lui déplaît que les élus de la circonscription d’Ungava ne soient pas autochtones.

Ils sont tous du Sud. On se sentirait davantage interpellés si on avait un représentant qui connaît notre réalité et auprès de qui on se reconnaît, ajoute Sandy Tooma.

Comme plusieurs Nunavimmiut, il se réjouit que, cette année, il y ait la candidature de Tunu Napartuk, un Inuk de Kuujjuaq, pour le Parti libéral du Québec.

Cette candidature pourrait susciter l’intérêt de l’électorat inuit, d’après lui.

Une circonscription à part?

Assis à la table de la cuisine, Tunu Napartuk répond à l’appel d’un journaliste concernant les réductions de services dans les dispensaires de santé régionaux.

L’ancien maire de Kuujjuaq, maintenant candidat, passe de l’anglais à l’inuktitut, avant de revenir à un français impeccable pour notre entretien.

Tunu Napartuk assis à la table de sa cuisine en septembre 2022.

Tunu Napartuk compte faire campagne dans la plupart des villages du Nunavik.

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

Pour régler les problèmes du Nord, ça prend quelqu’un qui connaît la réalité du Nord, affirme-t-il entre deux gorgées de café.

Les habitants du Nunavik ne forment qu’environ 30 % de l’électorat de la circonscription d’Ungava.

Les 21 000 électeurs restants sont répartis dans la région de la Baie-James et sur les territoires cris d’Eeyou Istchee.

Le candidat Tunu Napartuk en compagnie de sa famille, photographié à Kuujjuaq en septembre 2022.

Le candidat libéral dans Ungava, Tunu Napartuk, en compagnie de sa femme, Lynn Lemire, et de son fils, Scott.

Photo : Radio-Canada

Cette proportion minoritaire empêche, selon lui, qu'il y ait une réelle représentativité inuit à l’Assemblée nationale du Québec.

Les Îles-de-la-Madeleine sont moins populeuses que nous et pourtant, elles ont leur propre circonscription. Avoir notre propre siège, ça serait la meilleure façon de représenter nos défis et nos enjeux. Si vous veniez dans notre région, vous verriez à quel point c’est une réalité différente par rapport au Sud, ajoute le candidat libéral.

En attendant un éventuel redécoupage de circonscription, Tunu Napartuk se réjouit de la candidature de Maïtée Labrecque-Saganash dans Ungava.

D'origine crie, la candidate de Québec solidaire pourra amener davantage d'Autochtones à s’intéresser à la course électorale en cours, d’après lui.

Trois autres candidats sont présentement en lice dans Ungava : le député caquiste sortant, Denis Lamothe, Christine Moore, du Parti québécois, et Nancy Lalancette, du Parti conservateur du Québec.

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