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Se sortir de l’exploitation sexuelle avec l’aide des parents

Les mains d'une femme.

Justine (nom fictif) a subi de l'exploitation sexuelle pendant deux ans.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

Pour les victimes d'exploitation sexuelle, les parents peuvent parfois faire toute la différence.

Justine (nom fictif) a vécu un véritable enfer. Pendant deux ans, une sévère dépendance à la cocaïne la mène à tout faire pour s’en procurer.

Ça m'a amenée à faire plein de choses qui allaient contre mes valeurs, dit-elle.

Vendre de la drogue. Voler des proches et des gens que je connaissais pas. Échanger des services sexuels contre de la consommation, ou de l'argent pour consommer.

Exploitée sexuellement, menacée, prisonnière d’un cercle social violent, Justine passera bien près d’y laisser sa peau.

Mes parents me faisaient souvent des interventions assis à la table, se remémore-t-elle. Ils me disaient : "Tu peux pas continuer comme ça. Tu vas mourir." Je consommais tellement que je faisais des crises convulsives. Les gens avec qui je consommais continuaient à m'en donner [de la cocaïne], car ils avaient ce qu'ils voulaient.

« J'étais vraiment tannée, j'avais le mal de vivre, j'avais envie de mourir. »

— Une citation de  Justine, victime d'exploitation sexuelle

C’est dans la dernière année que Justine, après plusieurs tentatives infructueuses, réussit à s’en sortir. Elle entre en thérapie, coupe les ponts avec ses anciennes fréquentations.

Elle reçoit l’appui de ses parents, ainsi que de la Maison de Marthe, un organisme qui aide et héberge les femmes qui cherchent à se sortir du milieu de la prostitution.

Cet automne, Justine retourne sur les bancs d’école, au niveau postsecondaire.

Je suis assez fière de moi, sourit-elle.

Traumatisme

L'exploitation sexuelle laisse des cicatrices, non seulement sur les victimes, mais sur les parents.

Quand ton enfant est touché par l'exploitation sexuelle, c'est tout l'environnement qui vit le traumatisme par rapport à ces événements-là, explique Pascaline Lebrun, coordinatrice à l'intervention à la Maison de Marthe.

Pascaline Lebrun en entrevue dans un parc.

L'intervenante Pascaline Lebrun travaille auprès de victimes d'exploitation sexuelle.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

Pour de nombreuses femmes, l'exploitation a commencé avant qu'elles n'atteignent l'âge de la majorité, selon elle. Faut pas oublier tout le côté majeur. Souvent ces femmes-là quand elles ont 18 ans, il y a des vides de service, indique Pascaline Lebrun.

Plusieurs victimes n'ont pas la chance d'avoir un lien familial solide.

Ce milieu-là va les isoler de leur famille, de leurs amis qui sont importants, pis aidants. Faut que la famille tienne le coup et soit toujours présente pour cet enfant-là qui un jour va peut-être vouloir revenir plus proche de sa famille, affirme-t-elle.

Un groupe d'aide

C'est pour aider les familles que le Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) mettra sur pied pour une troisième année cet automne, un groupe d'écoute pour les parents de victimes d'exploitation sexuelle.

Plusieurs parents qui vivent ce drame ont de la difficulté à se confier sur leur expérience, de peur d'être jugés.

Souvent, les parents ont l'impression qu'ils sont les seuls à vivre ça, note Marie-Christine Villeneuve, porte-parole du CAVAC.

D'échanger avec des gens qui vivent sensiblement la même chose qu'eux ça leur permet de réaliser que non, ils sont pas les seuls, y'a d'autres parents qui vivent les mêmes genres d'émotions, ajoute-t-elle.

Une vingtaine de parents ont bénéficié de ce service d'aide gratuit depuis son lancement, en 2020.

Justine voit ce genre de groupe d'un bon œil.

Je pense que c'est important d'enlever les préjugés face à ça, dit-elle. Autant au niveau des gens en général que des parents.

Beaucoup de tabous et de préjugés entourent l'exploitation sexuelle. Justine croit que les parents qui voudraient aider leur enfant qui vit cette situation doivent faire preuve d'écoute.

Faut pas pousser votre enfant à faire des choses qu'il ne se sent pas prêt à faire, croit-elle.

C'est vraiment de l'écoute active que ça prend. Sans jugement.

Avec la collaboration d'Audrey Paris

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