•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les défis de la hausse des demandes de soins de fin de vie en Estrie

Les réunions du Comité mixte spécial sur l’aide médicale à mourir reprennent aujourd’hui à Ottawa. Claude en parle avec le député Gérard Deltell.

Les demandes pour recevoir l'aide médicale à mourir ont été multipliées par 10 en Estrie depuis l'entrée en vigueur de la loi, en 2016.

Il ne s’est pas encore écoulé une décennie depuis l'adoption de la loi sur les soins de fin de vie que déjà, son acceptabilité sociale est au rendez-vous. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les demandes pour recevoir l’aide médicale à mourir ont été multipliées par 10 en Estrie, passant de 46 en 2016 à 452 pour l'année 2021-2022. Au cours de la dernière année, 266 personnes sont allées au bout du processus et ont reçu l’aide médicale à mourir, alors qu’en 2016, elles n’étaient que 32. Les besoins sont tels qu’un nouveau poste a d’ailleurs été créé au sein du CIUSSS de l’Estrie – CHUS pour mieux outiller, mais surtout mieux soutenir ceux qui ferment les yeux des autres pour toujours.

On a eu une croissance [des demandes] et ça a surpris l’ensemble des établissements, pas seulement le CIUSSS de l’Estrie – CHUS. C’est une excellente nouvelle que d’avoir cette opportunité-là pour notre population, se réjouit la nouvelle coordonnatrice médicale aux soins de fin de vie, la Dre Linda Gagnon. Dans ce contexte, accorder un tel poste est important. Chaque demande [de soins de fin de vie] nécessite une analyse profonde.

La Dre Linda Gagnon devant une passerelle de pierres.

La nouvelle coordonnatrice médicale aux soins de fin de vie du CIUSSS de l'Estrie – CHUS, la Dre Linda Gagnon. Vendredi, elle quittera la direction adjointe des services professionnels pour relever ce nouveau défi.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Proulx

Et si les demandes de soins de fin de vie ont explosé dans les années passées, le CIUSSS de l’Estrie – CHUS ne s’attend pas à un ralentissement dans le futur, bien au contraire. Dans les derniers mois, des changements importants ont été apportés à la loi, ce qui devrait permettre à plus de gens encore de choisir de terminer leurs jours de cette façon.

Premièrement, le délai de sauvegarde a été enlevé pour la catégorie de la mort raisonnablement prévisible. Les gens qui avaient un cancer avancé, les insuffisants cardiaques ou ceux qui avaient une insuffisance pulmonaire sévère, par exemple, devaient attendre 10 jours entre le moment où ils faisaient leur demande et celui où le soin était administré. On avait beaucoup de patients qui arrêtaient de prendre leurs médicaments pour rester apte à consentir, 10 jours plus tard, laisse tomber, tristement, la Dre Linda Gagnon. Ce genre de situation sera maintenant chose du passé.

Aussi, il est désormais possible pour les gens qui ont de graves maladies incurables, comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou la sclérose en plaques, de recevoir ce cocktail médicamenteux qui les fera cesser de souffrir pour toujours. Également, les personnes qui pourraient voir leur aptitude à consentir diminuer au cours des 90 jours suivants leur demande pourront recevoir ce soin ultime.

Entre ce que dicte la loi et sa conscience, il y a un monde

Quand il est question de vie ou de mort, les opinions et les valeurs personnelles entrent en jeu. Selon la direction du CIUSSS de l’Estrie – CHUS, cette augmentation anticipée des demandes d’aide médicale à mourir amènera sans aucun doute davantage de réflexions, mais aussi de malaises chez ceux qui sont aux premières loges de la fin. Et pour y faire face, pour répondre aux interrogations, on veut être prêt. On pourrait considérer ce soin, qui est légal, comme celui de l’avortement. Plusieurs personnes vont se poser des questions et se positionner. Grâce au mentorat et au soutien que le groupe interdisciplinaire de soutien (GIS) offre à ses équipes médicales, il y a eu une appropriation de l’aide médicale à mourir.

« Dernièrement, avec les nouveaux changements de loi, nous avons aussi eu des médecins qui se sont posé des questions. Nous avons plus d’appels. »

— Une citation de  Dre Linda Gagnon, coordonnatrice médicale aux soins de fin de vie du CIUSSS de l'Estrie – CHUS

Pour la Dre Linda Gagnon, il ne fait aucun doute que le mentorat que son groupe offre a tout changé dans la perception des médecins quant à cette piqûre au dessein irréversible. On réussit à répondre aux questions et à avoir l’adhésion des équipes médicales. Nous avons une très belle réponse sur l’ensemble du territoire, dans tous nos réseaux locaux de services, et ce, du Granit à Granby. On a vraiment une équipe médicale qui est au rendez-vous. J’ai même recruté un nouveau médecin dernièrement. Le rôle du GIS, de faire du mentorat, c’est vraiment la bonne voie.

Cet accompagnement sur mesure peut se dessiner de bien des façons. Des fois, c’est pour des infirmières, des travailleuses sociales, mais aussi pour les médecins. On est là pour répondre aux questions des médecins. Qui peut signer comme témoin? Comment compléter la déclaration? Comment se procurer la trousse d’aide médicale à mourir? Comment fait-on le retour [aux équipes]? Est-ce qu’on met une ou deux voies veineuses? [...] Pour les équipes qui procèdent pour une première fois, ça peut être des enjeux, donne-t-elle en exemples.

L’équipe de la Dre Gagnon n’est pas là uniquement pour résoudre des problèmes techniques ou informatiques; on pense surtout au côté humain. Je leur explique que c’est un soin qui est paradoxal. Le temps de l’injection peut paraître long pour la famille, mais quand on pousse sur la seringue, il y a un stress; la mort arrive rapidement. On parle de comment observer les signes de la famille. Je leur enseigne comment faire une rétroaction avec toute l’équipe : "Comment ça s’est passé? Est-ce que ça a bien été? Qu’est-ce qu’on pourrait améliorer pour la prochaine fois?" Ça fait partie des bonnes pratiques.

« Je leur suggère aussi de ne pas mettre d’autres activités professionnelles après le soin, surtout les premières fois, le temps de s’habituer. De me recontacter s’ils ont des difficultés, des questionnements ou des informations pertinentes à me dire sur le soin. »

— Une citation de  Dre Linda Gagnon, coordonnatrice médicale aux soins de fin de vie du CIUSSS de l'Estrie – CHUS

Voir les étoiles dans la noirceur

Oui, c’est triste de parler de la mort. C’est dur. Ça bouleverse. Pourtant, dans les yeux de la Dre Linda Gagnon, il y a de la lumière quand elle explique son rôle auprès de ceux qui doivent conjuguer avec les décès au quotidien. J’ai été plus de 30 ans anesthésiologiste. [...] J’ai participé à la réflexion [sur la loi] dès le début, j’ai écrit des mémoires. Pour moi, voir le patient souffrir et ne pas avoir d’alternative ont été très importants dans ma réflexion. Quand est arrivé le protocole médicamenteux, c’était tous des médicaments que je connaissais. Je me trouvais très compétente pour être en soutien. Je me suis rendu compte que mon côté humain répond et je sens que je peux faire une différence. J’ai plein de témoignages positifs de ce soutien-là que j’ai apporté. Mes étoiles vont continuer à briller dans mes yeux longtemps, dit-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !