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Amour, pardon et appels à l’action pour la Première Nation James Smith en Saskatchewan

La série d'attaques au couteau a fait 10 morts et 18 blessés

Un homme parle au micro, un jeune homme tient sa coiffe traditionnelle en main.

Le chef Calvin Sanderson, visiblement encore très ébranlé.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Les chefs des communautés cries touchées par la tragédie de la série d'attaques au couteau dans la Première Nation James Smith ont lancé un message d'amour, de pardon et ont aussi demandé que des actions concrètes soient posées pour qu’un tel drame ne se reproduise pas.

Aucun mot ne peut souligner les sentiments que nous traversons. Nous sommes nombreux – les familles, les membres – à demander de l'aide, a lancé dès les premiers instants le chef de la première nation James Smith, Wally Burns.

Chaque chef a raconté la perte d'une sœur, d'un ami, d'un oncle, tentant d’exprimer leur douleur, mais aussi leur incompréhension devant ce qui s'est passé dimanche matin dans cette communauté située à environ 200 kilomètres au nord-est de Saskatoon.

Wally Burns, au micro, lors d'une conférence de presse.

Le chef de la Nation crie James Smith, Wally Burns, le 8 septembre 2022, lors d'une conférence de presse organisée dans la Nation crie James Smith, au sujet de la série d'attaques au couteau survenues le 4 septembre 2022.

Photo : CBC / Evan Mitsui

Il faudra un certain temps pour que notre communauté guérisse. Nous commençons ce processus aujourd’hui, a prévenu le chef Calvin Sanderson de Chakastaypasin, l'une des trois communautés qui composent la nation crie de James Smith.

Nous traversons une période difficile, a-t-il dit en retenant ses larmes.

Puis il s’est arrêté, observant le vent fort qui force les chefs à tenir leur coiffe traditionnelle avec leurs mains. Il y a du vent. Ils sont ici avec nous. Un vent très fort.

Ils, ce sont les neuf membres de la Première Nation James Smith décédés dimanche dans cette tragédie qui a marqué cette première nation composée des communautés de James Smith, de Peter Chapman et de Chakastaypasin.

Les membres, comme les chefs, peinent encore à y croire. Mais les pleurs, contenus, étouffés dans une couverture des personnes qui ont fait le déplacement sur le site où se dressent trois tipis, ne trompent personne.

La douleur est vive d’avoir perdu une intevernante de première ligne très appréciée, un aîné toujours prêt à aider, une mère qui s’est sacrifiée pour protéger ses enfants

Trois tipis, des gens assis et un ciel menaçant.

Avant les discours, les membres de la première nation se sont recueillis dans une cérémonie dans ces tipis, à l'abri des regards.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

L’arrestation puis le décès du dernier suspect mercredi soir a permis à la peur de s’estomper et au deuil, de débuter.

Myles Sanderson, 32 ans, le principal suspect des violentes attaques, a en effet été arrêté près de Rosthern, en Saskatchewan. Selon la GRC, il serait tombé en détresse respiratoire peu de temps après avoir été placé en garde à vue et il a été déclaré mort dans un hôpital de Saskatoon.

Plus que des mots, des actions

S'il vous plaît, cette violence doit s'arrêter, et ce, maintenant, a plaidé le chef de la Première Nation James Smith, Wally Burns.

Et pour que des choses comme celles-là ne se produisent plus jamais dans aucune autre nation, il a dit avoir fait trois demandes au gouvernement : un service de police dans les communautés, de l’aide pour la toxicomanie et les dépendances et des centres de traitement.

Devant la commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Brenda Lucki, qui avait fait le déplacement, les chefs ont remercié la police et les premiers répondants. Mais ils ont néanmoins répété les demandes du chef Burns.

Commencez à mettre en place les recommandations de la Commission de vérité et réconciliation, et honorez les traités, a lancé le chef de la Première Nation Peter Chapman, Robert Head.

Robert Head a affirmé que les lieux des attaques de dimanche étaient comme une zone de guerre. Il a imploré les gouvernements d'aider conjointement les Premières Nations pour que les futures générations aient un meilleur avenir.

« Ainsi, nos aînés seront heureux d'apprendre que cela ne se reproduira plus jamais. »

— Une citation de  Robert Head, chef de la Première Nation Peter Chapman

Assise à écouter les discours, Edith Kadachuk, qui travaille en santé et bien-être pour le Grand conseil de Prince Albert, ne faisait qu’acquiescer.

Selon elle, il est temps de permettre aux populations autochtones de se soigner mutuellement grâce à leurs pratiques traditionnelles.

Une femme avec une couverture à motifs autochtones.

Edith Kadachuk espérait que le premier ministre Justin Trudeau soit présent. « Cela aurait été une preuve de respect, de courage de soutenir la communauté pendant ce traumatisme. »

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Les aînés, Glenn et Delilah Sanderson, 63 et 64 ans, étaient encore très bouleversés. Delilah retenait, comme beaucoup, ses émotions.

La drogue et l’alcool sont de mauvaises choses et il faut l’aborder. Il y en a qui ne veulent pas entendre la vérité, mais il faut l’entendre pour se réveiller, ont-ils lancé. Ils ne sont pas les premiers à faire un lien entre la consommation et le drame.

Eux aussi ont plaidé pour l’ouverture de centre de thérapies construits et dirigés par les Premières Nations. Cela doit venir de nous, car on sait ce qui est bon pour nous!

Deux personnes, un homme et une femme, ont les yeux en l'air. Derrière eux, deux tipis.

Delilah et Glenn Sanderson, de la Première Nation James Smith, travaillent dans un centre de thérapie pour jeunes. Ils observent un aigle dans le ciel.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Aujourd’hui, ont-ils espéré, c’est le début d’une nouvelle vie. Mais il faut que tous soient impliqués, car les actions parlent plus que les mots.

Justement, dans sa courte déclaration, le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a répété que les communautés touchées ne traverseront pas ces épreuves seules et que son gouvernement et la population canadienne seront à leurs côtés.

Afin qu’il n’oublie pas cette promesse, les chefs ont décidé de lui offrir un médaillon.

Un homme passe un médaillon autour du cou d'un autre homme sous le regard d'un troisieme avec une coiffe traditionnelle en plumes

Scott Moe a promis d'être là pour aider la communauté. Pour qu'il n'oublie pas, le chef Calvin Sanderson lui a remis un médaillon.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Nous devons tous nous rassembler en tant que communauté, en tant que Canadiens, en tant qu'ensemble. Que Dieu vous bénisse tous. Merci à tous, a conclu le chef de la Nation crie James Smith, Wally Burns.

De l’amour et du pardon

D’ici à ce que les actions soient posées, les membres de la Première Nation doivent d’abord entamer un long chemin vers la guérison. Et l’amour, a dit dès le début une aînée, est la clé du futur pour les cœurs lourds et les esprits bouleversés.

La petite communauté meurtrie, où les maisons sont assez éloignées les unes des autres par de longs champs, mais dont les liens sont très puissants, a besoin d’amour pour se retrouver, a-t-il été répété dans les discours.

Darryl Burns, un proche d'une victime des attaques au couteau survenues dans la Nation crie James Smith et dans le village de Weldon, en Saskatchewan, enlace la veuve de Damien Sanderson, l'un des suspects de l'attaque, lors d'une conférence de presse.

Un moment très fort de la journée quand Darryl Burns a enlacé la femme d'un suspect.

Photo : CBC / Evan Mitsui

Elle a besoin d’amour et de pardon. Le premier geste public est venu du frère d’une victime. Darryl Burns, dont la sœur a été tuée, a enlacé la conjointe d’un des suspects.

« J’ai une jeune femme ici. Son mari est l’un des accusés. Il est accusé d’avoir tué ma sœur. Notre famille est ici pour pardonner. Cette femme ne devrait pas avoir à porter ce genre de culpabilité et de honte. »

— Une citation de  Darryl Burns, frère d'une victime

Alors que les drapeaux ne cessaient de tomber à cause du vent fort, trois adolescents de la communauté se sont spontanément mis derrière eux pour les tenir.

La reconstruction, la guérison, va commencer avec ces trois jeunes, avec ce que vous avez fait [venir aider les autres]. Merci, c'était important, a alors lancé aux jeunes le chef de la Fédération des nations autochtones souveraines de la Saskatchewan (FSIN), Bobby Cameron. Se tenir ensemble, c'est un vrai symbole, selon lui.

Trois adolescents tiennent des drapeaux qui n'arrêtent pas de tomber.

Des adolescents ont tenu les drapeaux des communautés pendant des heures.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Alors que la cérémonie prenait fin et que les gens se dispersaient, Glenn et Delilah Sanderson m’ont montré du doigt le ciel. Un aigle planait juste au-dessus.

Ça représente une puissante bénédiction pour notre peuple, a indiqué Glenn Sanderson.

« Cela veut dire qu’il y a un avant et un après, une indication qu’il y a peut-être de l’espoir et c’est de cet espoir dont nous avons besoin, car c’est une très grande tragédie pour nous. »

— Une citation de  Glenn Sanderson

Tant que le deuil ne sera pas fini, le chef Calvin Sanderson l’a promis, le feu sacré, allumé dimanche, ne sera pas éteint.

Les attaques au couteau ayant eu lieu dimanche dernier ont fait 10 morts. Les deux suspects sont morts au cours des jours qui ont suivi.

Myles Sanderson, en fuite de dimanche à mercredi, est mort peu après son arrestation. Quant à Damien Sanderson, il avait été retrouvé sans vie lundi.

Attaques au couteau en Saskatchewan

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