•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Face à la montée de l’islamophobie au Canada, des experts réclament des mesures

Le croissant, symbole de l'Islam, surmontant une coupole d'une mosquée.

Les intervenants estiment qu'il faudrait davantage d'information et de sensibilisation à l'école, mais aussi après de la population générale afin de freiner la montée de l'islamophobie.

Photo : Radio-Canada Manitoba

Le comité sénatorial des droits de la personne fait une série pancanadienne d’audiences sur l’islamophobie avec un premier arrêt à Vancouver. Les membres de la communauté musulmane de la Colombie-Britannique étaient invités à témoigner mercredi, et des experts ont fait part de leurs connaissances en la matière. Tous s’accordent pour dire que l’islamophobie est en hausse au Canada.

Je ne vous cache pas que la situation des musulmans au Canada est très précaire. Le problème, c’est qu’on n’a jamais abordé cette question, c’était toujours vu comme un problème personnel, affirme Neila Miled, conseillère en matière de lutte contre le racisme à l’Université de la Colombie-Britannique. C’est récemment qu’on a commencé à parler de l’islamophobie comme d'un problème systémique.

Les audiences se font dans le cadre d’une étude lancée par le gouvernement fédéral pour se pencher sur les causes de l’islamophobie, mais aussi sur son effet sur ceux qui en sont victimes.

Il n’y a aucun doute que l’islamophobie existe au Canada et qu’il y a une hausse d’attaques islamophobes depuis le début de la pandémie, explique la présidente du comité, Salma Ataullahjan, pour expliquer la raison d'être de l’étude.

Neila Miled assise à une table devant un microphone.

Neila Miled, conseillère en matière de lutte contre le racisme à l'Université de la Colombie-Britannique, voudrait qu'il y ait plus de représentations positives et diversifiées de musulmans dans les médias.

Photo : Catherine Dib

Hausse des cas, en nombre et en intensité

Le nombre de cas augmente, mais ils sont aussi de plus en plus intenses dans la sphère publique, constate Hasan Alam, qui est à la tête de la ligne d'assistance juridique pour l'islamophobie de la Colombie-Britannique (Islamophobia Legal Assistance Hotline), un organisme qui offre des conseils juridiques aux personnes victimes d'un incident.

Parmi les centaines d’appels reçus, il cite notamment des cas où on a refusé d’embaucher une personne parce qu'elle était de confession musulmane et des cas de profilage racial.

Hasan Alam juge que la hausse de l’idéologie du suprémacisme blanc au Canada est un facteur contribuant à l’islamophobie ambiante. C’est la même idéologie qui a motivé Alexandre Bissonnette à tirer sur les membres d’une mosquée et c’est la même idéologie qui a motivé Nathaniel Feldman à brutalement faucher une famille de cinq personnes à London, en Ontario, précise-t-il.

La grande mosquée de Québec.

Des événements violents contre la communauté musulmane comme l'attentat à la grande mosquée de Québec devraient pousser les gouvernements à prendre plus de mesures, selon le Conseil national des musulmans canadiens.

Photo : Radio-Canada

Neila Miled, qui a mené des études auprès de jeunes musulmans dans les écoles secondaires au Canada, constate que les jeunes ressentent de l’insécurité et se sentent exclus de l’imaginaire de la nation canadienne. Ce n’est pas un portrait pessimiste, c’est un portrait réaliste, explique-t-elle.

De l’aide pour les victimes d’islamophobie

La santé mentale est au cœur de toutes nos discussions ces jours-ci, déclare Tahzi Ali, secrétaire adjointe du conseil des femmes de l'Association musulmane de la Colombie-Britannique. Elle voudrait qu'on investisse plus de fonds dans du soutien psychologique pour les victimes d’islamophobie.

Elle ajoute qu’il ne suffit pas d’injecter plus de fonds dans le système de santé en général, mais qu’il est important d'offrir des ressources en santé mentale dans les espaces que les musulmans considèrent comme sécuritaires, comme les mosquées et les centres communautaires. Elle voudrait aussi qu'il y ait davantage de financement pour les programmes de recherche d’emploi et d'aide juridique.

Selon tous les intervenants, l’éducation est la clé pour mettre fin à l’islamophobie. Cela passe par l’école, mais aussi par les médias, que ce soit par les nouvelles ou encore par le cinéma et les séries télévisées. Quand on voit des musulmans dans les médias, ils sont présentés, soit comme des victimes, soit comme des terroristes. Nous sommes pris dans cette vision binaire, souligne Neila Miled.

Le Conseil national des musulmans canadiens voudrait que la loi soit plus sévère pour punir les crimes haineux afin de freiner leur augmentation.

Un rapport à venir

Mobina Jaffer, première sénatrice musulmane au Canada et membre du comité des droits de la personne, entend inclure deux concepts clés dans le rapport : comment mieux comprendre l'islamophobie fondée sur le genre et comment être un meilleur allié.

Quand on voit une femme qui est agressée, on ne fait pas que regarder, il faut aller l’aider, dit-elle à titre d'exemple.

Elle se dit surprise par ce qu’elle a entendu durant l’audience et note que le problème n’est pas uniforme dans toutes les provinces. Je pensais bien connaître ma province, explique-t-elle. Le discours haineux en ligne a beaucoup augmenté en Colombie-Britannique. Elle dit vouloir examiner le phénomène de plus près.

Trois autres audiences se tiendront à Edmonton, à Toronto et à Québec.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !