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Immigration et violence : François Legault se dit « désolé » pour la « confusion »

François Legault en train de parler.

Le leader caquiste François Legault, en point de presse à Victoriaville

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

Le leader de la Coalition avenir Québec (CAQ) aurait-il glissé sur la question de l'immigration, après avoir connu un épisode difficile sur ce dossier à l'élection de 2018?

Après avoir laissé entendre qu'une mauvaise intégration des immigrants pouvait nuire au climat pacifique qui règne au Québec, François Legault a assuré qu'il n'a pas voulu associer l’immigration à la violence et s'est dit désolé si [s]es propos avaient porté à confusion, déclarant que l'immigration est une richesse pour le Québec, sur son compte Twitter, mercredi, en début de soirée.

Plus tôt dans la journée, en point de presse à Victoriaville, François Legault s'est exprimé quant aux défis que représente l'intégration des immigrants, dans le contexte où le gouvernement fédéral souhaite augmenter les seuils à 450 000 nouveaux arrivants.

Les Québécois sont pacifiques, ils n’aiment pas la chicane, ils n’aiment pas les extrémistes, ils n’aiment pas la violence, donc il faut s’assurer qu’on garde ça comme c’est là actuellement, a-t-il notamment répondu.

« On a quand même des valeurs et on a parlé beaucoup de laïcité dans les dernières années; c’en est une des valeurs, aussi le respect. Il y a une façon de vivre chez nous et on veut la garder. »

— Une citation de  François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

M. Legault s'est ainsi montré critique quant aux seuils fixés par le gouvernement fédéral. Ça reste toujours un défi, l’intégration des nouveaux arrivants. Le Canada, avec les seuils que fixe M. Trudeau, ça devient presque un pays dans le monde parmi ceux qui vont recevoir, toutes proportions gardées, le plus de nouveaux arrivants.

Il y a un défi d’intégration et, évidemment, il est beaucoup plus grand au Québec en raison de la langue.

Ces déclarations n'ont pas manqué de faire réagir ses adversaires tout au long de l'après-midi, mercredi.

Un amalgame extrêmement dangereux, dit Anglade

De passage à Laval pour y rencontrer le maire, la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, s'est montrée très critique face aux propos de François Legault. Si vous faites un lien entre la violence et l’immigration, je ne pense pas que ça envoie un très bon message.

Selon elle, c'est même dangereux. Je suis tout à fait d’accord que les Québécois sont pacifistes, qu’ils n’aiment pas la chicane, mais de faire un lien avec ça et l’immigration, je ne vois aucun lien à faire entre les deux. Aucun lien, a-t-elle soutenu.

Mme Anglade parle au micro.

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

« C’est un amalgame extrêmement dangereux. Et la dernière chose dont on a besoin au Québec, ce sont des gens qui nous divisent. »

— Une citation de  Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

Je vais vous dire la chose suivante : l’immigration au Québec, c’est une richesse, a soutenu Mme Anglade. Mes parents sont arrivés ici il y a 50 ans. Mon père a été cofondateur de l’UQAM. Ma mère est devenue enseignante. Je pense qu’ils se sont intégrés [...], et ils ont fait en sorte qu’on a contribué à l’avancement du Québec.

Gabriel Nadeau-Dubois dénonce un dérapage

À peine arrivé à Sherbrooke, Gabriel Nadeau-Dubois a pris la parole en mêlée de presse pour dénoncer les propos tenus plus tôt par le premier ministre sortant, prenant bien soin de rappeler son rôle auprès des Québécois, même en période électorale.

On n’est souvent pas d’accord, François Legault et moi, mais je lui donne une qualité : c’est un homme qui dit ce qu’il pense, a lancé le co-porte-parole de Québec solidaire. Aujourd’hui, il a fait un lien entre les immigrants et la violence. J’en conclus donc qu’il pense qu’il y a un lien entre les immigrants et la violence. Au Québec, en 2022, on mérite mieux que ça.

« Il n’est pas vendeur dans un Jean Coutu, il est premier ministre. Quand il parle, il est censé représenter tous les Québécois et les Québécoises. »

— Une citation de  Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire

M. Nadeau-Dubois dit avoir eu des échos selon lesquels les propos de M. Legault ont blessé des immigrants, et je les comprends, a-t-il souligné.

François Legault oublie qu’il y a des gens derrière les statistiques. Il sous-estime à quel point ça a des impacts dans la vie du monde, a soutenu le chef solidaire. J’espère qu’il va se ressaisir. Ce genre de déclaration alimente les préjugés et détériore le climat. [...] C'est un dérapage.

M. Legault l'a échappée, estime Éric Duhaime

En mêlée de presse à Thetford Mines, Éric Duhaime admet que le programme du Parti conservateur du Québec (PCQ) comprend l’idée de sélectionner les immigrants en fonction de leur compatibilité civilisationnelle, donc de leurs valeurs, mais il se défend toutefois d'adopter la même position que celle que François Legault a semblé afficher mercredi.

« Je n’utiliserais pas des mots pour dire qu’ils [les immigrants] sont violents et qu’on est plus pacifiques que les nouveaux arrivants. Je pense que c’est là où M. Legault l’a échappée aujourd’hui. »

— Une citation de  Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec

C’est malheureux d’avoir une politique de division comme celle-là, a-t-il soutenu. Ce n’est pas la première fois que M. Legault emploie des termes qui divisent beaucoup les Québécois entre eux. Cela étant dit, j’espère qu’il s’est simplement mal exprimé.

Tous les Québécois souhaitent effectivement qu’on intègre mieux les immigrants […], mais en même temps, de commencer à dire que c’est une menace ou qu’il y a une idée de violence là-dedans, ou qu’on pourrait ne plus être une société pacifique, je pense que c’est là qu’il franchit une ligne qui n’est peut-être pas tout à fait acceptable.

Paul St-Pierre Plamondon refuse de commenter

Comme il l'a fait depuis le début de sa campagne, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a quant à lui refusé de commenter directement les propos de François Legault, qu'il juge de toute façon flous et difficiles à suivre.

Je laisse François Legault s’arranger avec ses propos, qui sont difficiles à comprendre et qui ne cadrent pas avec aucune politique publique, a-t-il déclaré à plusieurs reprises. Le vrai bilan de François Legault, ce sont les décisions qui ont été prises au cours des quatre dernières années qui ont mené à peut-être le déclin le plus marqué du français dans l’histoire récente du Québec.

Le chef du Parti québécois (PQ) va toutefois dans le sens de François Legault en ce qui concerne le fait que le Canada tente de nous imposer un modèle qui ne reflète pas notre volonté démocratique. Je vous parle du modèle dans son ensemble, pas seulement de la question des seuils, a-t-il dit.

Pour M. St-Pierre Plamondon, le modèle canadien, c’est un modèle dans le cadre duquel on va tenter de compartimenter les gens par communauté, alors qu’en général, ce qu’on encourage au Québec, c’est la mixité, notamment avec la régionalisation et la question du français, pour éviter la ghettoïsation.

Il affirme par ailleurs avoir écrit à François Legault par le passé pour lui demander d'intervenir quant à l'intention de Justin Trudeau d'augmenter le seuil d'immigration à 450 000 nouveaux arrivants, afin qu'il plaide la spécificité du Québec et la fragilité de la langue française. Je n'ai jamais eu de réponse, a-t-il laissé tomber.

Donc moi, j’entends des paroles assez superficielles qui ne correspondent pas à des politiques publiques structurantes, a-t-il accusé.

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Pablo Rodriguez attristé

Les propos de François Legault ont eu des échos jusqu'à l'autre bout du pays – à Vancouver, plus précisément –, où le caucus libéral fédéral est réuni pour une retraite présessionnelle.

Le lieutenant québécois de Justin Trudeau, Pablo Rodriguez, dont la famille s'est établie au Québec après avoir fui la dictature militaire en Argentine, s'est montré plutôt secoué.

Je ne veux pas qualifier les propos comme tels; je veux juste dire qu’en quelque part, je trouve ça triste. Je trouve ça triste parce que ça amène ces discussions du "vous" et du "nous", a affirmé M. Rodriguez.

Et pour moi, à partir du moment où quelqu’un vient vivre au Québec, il fait partie du "nous".

Pablo Rodriguez.

Le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

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