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« Ce n’est pas une victime, mais une héroïne! »

Bonnie Burns est l'une des neuf personnes assassinées dans la Nation crie James Smith, en Saskatchewan.

Un homme montre une photo où on le voit en compagnie d'une femme.

Mark Arcand montre une photo de sa soeur, Bonnie Burns, et de lui, qualifiant celle-ci d'héroïne car, selon lui, elle a sacrifié sa vie pour sauver ses enfants.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Pendant une heure trente, Mark Arcand, le frère de Bonnie Burns, une des victimes des attaques au couteau survenues dimanche, en Saskatchewan, a pris la parole en conférence de presse, entouré de membres de la famille. Il a parlé longuement de sa sœur, mère aimante, toujours prête à aider les autres, morte en voulant protéger ses enfants.

« Nous sommes brisés, mais nous ne sommes pas vaincus. »

— Une citation de  Mark Arcand, frère de Bonnie Burns

Beaucoup de gens se demandent ce qui s'est passé, mais honnêtement, on ne le sait pas , a expliqué celui qui est aussi le chef du Conseil tribal de Saskatoon, mais qui souhaite que son titre soit mis de côté pour le moment.

Une femme qui aimait rire

Une photo de son mariage avec Brian Burns, une autre avec son frère Mark, une photo du couple, de son fils Gregory… Devant eux, Mark Arcand et Brian Burns déposent, en silence, divers portraits de Bonnie et de Gregory, tous deux emportés dans cet acte horrible et insensé, comme le qualifie Mark Arcand.

Bonnie Burns, née Bonnie Lee Goodvoice au sein de la nation Dakota, avait 48 ans. Il y a 30 ans, son chemin a croisé celui de Brian Burns, un Cri de la communauté de James Smith et, depuis, ils ne s’étaient plus quittés.

Un homme dépose des cadres photos sur une table.

Brian Burns place des photos de sa femme, Bonnie, décédée dimanche dans l'attaque.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Mais c’est seul, désormais sans sa complice de toujours, que Brian Burns, chemise blanche à rubans rouges et blancs et chapeau à plume sur la tête, s’est présenté devant les médias. Et a opté pour le silence.

Alors, c'est Mark Arcand qui raconte. Il parle des quatre enfants nés de l'union du couple, des deux enfants élevés en tant que famille d'accueil, des grands-parents. Ils aimaient surtout rire ensemble, raconte le frère de Bonnie.

À ses côtés, son beau-frère sourit, le regard qui semble être dans ses souvenirs, tourné vers ces moments heureux avec sa femme. Rire, cela fait partie du processus de guérison, dit Mark Arcand à l’évocation d’anecdotes qui décrochent de très brefs sourires pour vite faire place à la tristesse et à la peine.

Elle mettait toujours les autres en avant, poursuit Mark Arcand.

Autour de la table, Brian Burns, mais aussi le père de Bonnie, Chuck Goodvoice, et un ami, Shawn Burns, acquiescent en silence. C'est comme ça que je veux que les gens se souviennent d'elle.

Bonnie s'occupait de ses enfants comme une maman ours, dit Mark Arcand, travaillait à l'école, racontait beaucoup de blagues et apportait beaucoup à la communauté de James Smith où elle faisait beaucoup de bénévolat.

« C'était une personne qui améliorait la vie des autres. »

— Une citation de  Mark Arcand, frère de Bonnie Burns

Gregory Burns, 28 ans, était le père de deux enfants. Un troisième était sur le point de naître. Des possibilités d’emploi se présentaient à celui qui avait travaillé aussi dans la communauté pour construire des maisons.

Il a fait tout ce qu’il a pu pour sa famille. Il a essayé d’aider sa mère et son père et de prendre soin de ses trois frères, précise son oncle.

Deux photos, une de mariage et une avec une femme seule.

Bonnie Burns, lors de son mariage il y a une quinzaine d'années avec Brian Burns.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Montrer ces photos, montrant des réunions familiales, lorsqu’ils riaient, c’est un moyen de se souvenir, dit Mark, de rappeler qui ils étaient et de commencer le voyage vers la guérison, un voyage qui va prendre du temps.

J’ai toujours l’impression que c’est un cauchemar. Cela ne semble pas réel!

Les plus longues heures de sa vie

Dimanche matin, le jour du crime, Mark Arcand dort encore quand son téléphone se met à sonner. Les alertes pleuvent. Un proche lui demande de le rappeler. Il apprend alors le drame qui se joue dans la communauté crie James Smith, près de Prince Albert.

Tout semble s’être passé entre six et sept heures du matin, indique-t-il.

Il saute alors dans sa voiture, seul, pour se rendre à James Smith. Ce sont les deux plus longues heures de sa vie, et il ne sait pas à quoi s’attendre. Mais le plus dur arrive.

Ce qui m’a le plus traumatisé, c’est la scène. Brian et moi avons regardé la famille allongée, et nous ne pouvions rien faire. C’est probablement la chose la plus difficile à vivre, à voir, que je ne souhaite à personne, raconte-t-il avec une émotion difficilement contenue.

Des personnes sont assises, la tête baissée.

Des proches de la famille de Bonnie et Gregory Burns, très émus, lors de la conférence de presse.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Sa voix se casse de temps en temps au cours de son récit, quelques papiers mouchoirs témoignent de larmes discrètes.

Sa première réaction a été de vouloir prendre sa sœur et son neveu dans ses bras, de les toucher, mais il ne pouvait pas. Personne n’a pu.

Bonnie Burns a été poignardée à l’extérieur de sa maison.

« Elle protégeait son fils, les trois petits garçons. C’est pourquoi c’est une héroïne, une véritable matriarche. »

— Une citation de  Mark Adams

Il semble que Gregory Burns ait été tué dans la maison. Ses frères de 9, 11 et 13 ans ont assisté à l’horreur, au réveil, l’un d’entre eux se réfugiant derrière une chaise haute. Celui de 13 ans a été poignardé dans le cou. Traumatisé, il est très en colère.

Puis, ils ont dû quitter la maison, passant, selon ce que pense Mark Arcand, devant leur maman, leur frère et une autre femme, une innocente venue prêter secour,s puis tuée dans l’allée de la maison.

Ces quatre heures ont été les plus longues de ma vie, à essayer de donner du sens à ce qui se passe, à comprendre pourquoi. Ceux qui savent ne sont pas ici pour raconter l’histoire, poursuit-il. Mais l’histoire est que nous avons trois enfants qui ont survécu à cet horrible traumatisme.

Aller de l’avant, malgré tout

Notre famille, notre communauté, gravit une montagne, et la montagne, c’est la dévastation.

Les moments sont durs, comme le répète Mark Arcand. Les gens nous disent qu’ils comprennent, mais c’est impossible. Puis, il regarde les enfants de Bonnie et de Brian Burns qui sont assis devant lui, assistant à sa conférence de presse.

« Quand je pense à l’avenir, à ma soeur, les membres de notre famille, ils veulent que nous allions de l’avant. »

— Une citation de  Mark Arcand

Cela passe par le fait d'avoir des réponses, peut-être un jour, pour avancer dans la guérison. Mais, pour l’instant, Mark Arcand dit ne pas vouloir montrer du doigt, ni blâmer, ni regarder les personnes. Nous devons juste nous rappeler de ceux qui ont été victimes d’un crime grave qui touche notre famille.

Des personnes se serrent dans les bras les unes des autres.

Moment d'émotion et de tendresse lors de la conférence de presse avec les familles des victimes.

Photo : Associated Press / Robert Bumsted

Mark Arcand a annoncé qu'une campagne de sociofinancement avait été lancée pour aider la famille de Bonnie Burns. Les membres de la famille ont quitté précipitamment la maison, en abandonnant tout sur place, ne sachant pas quand ni s’ils pourront y retourner un jour. Les enfants ont aussi besoin d’aide psychologique, a-t-il précisé.

D'après ce qu'il sait, les enfants veulent rester dans la communauté, retourner à l’école. Nous voulons être là pour les soutenir, mais nous allons les aider à construire un avenir et c’est important, car nous voulons qu’ils aient une bonne qualité de vie comme chacun d’entre nous.

Des communautés autochtones, des villes, des villages ont fait part de leur solidarité et ont offert leur aide.

Deux hommes se regardent avec des photos devant eux.

Brian Burns et son beau-frère, Mark Arcand, ont eu quelques brefs moments de rire en évoquant Bonnie qui aimait les rassemblements familiaux et faire rire.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Guérir, oui, mais ne jamais oublier, répète Mark Arcand. Et que nous portions l’amour dans nos coeurs, la compassion, que nous soyons unis et pensions aux autres.

Le 4 septembre 2022, Damien et Myles Sanderson sont soupçonnés d’avoir attaqué au couteau des personnes dans la Nation crie James Smith et dans le village de Weldon, faisant 10 morts.

Myles Sanderson, le dernier suspect vivant dans cette affaire, a été appréhendé.

Le corps du deuxième suspect, Damien Sanderson, a été découvert lundi dans une zone herbeuse de la communauté crie de James Smith, près de l'une des 13 scènes de crime.

Attaques au couteau en Saskatchewan

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