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La Vérif : faut-il construire de nouveaux barrages pour atteindre la carboneutralité?

François Legault lors d'un point de presse.

François Legault a annoncé à Bécancour son intention d'augmenter la production d'énergie propre au Québec.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Nahila Bendali

Le chef caquiste François Legault veut atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Pour y parvenir, il ouvre la porte à la construction de nouveaux barrages hydroélectriques afin d’augmenter de moitié la production d’électricité dans la province. Aura-t-on vraiment besoin d’autant d’électricité?

François Legault a déclaré lors de la présentation de son plan pour la transition énergétique : Hydro-Québec produit par année 200 térawattheures (TWh) d’électricité. [...] On va en avoir besoin de 100 TWh de plus. Ça veut dire qu’il va falloir construire un demi Hydro-Québec dans les prochaines années.

C’est bien ce que prévoit Hydro-Québec.

Dans son plan stratégique, la société d’État affirme que la production d’électricité devra augmenter de moitié pour atteindre les objectifs de carboneutralité d’ici 2050, notamment avec l’électrification du secteur industriel, l’électrification des transports ou encore la grande demande d'électricité des secteurs émergents.

Maintenant, faut-il absolument construire de nouveaux barrages pour atteindre cet objectif?

Hydro-Québec ne ferme pas la porte, mais selon la pdg Sophie Brochu, il faut explorer d’autres options.

Elle affirmait en entrevue avec Patrice Roy en mars dernier : Si on doit déclencher un barrage, ce qu'on n'a pas besoin de faire à court ou à moyen terme, c'est parce que ce sera nécessaire. Déclencher un barrage, il y a des enjeux environnementaux, des enjeux sociaux, des enjeux autochtones, et il y a des enjeux de coûts.

Par exemple, le complexe hydroélectrique de la Romaine, sur la Côte-Nord, va coûter au moins 6,5 milliards de dollars pour produire 8 TWh d’électricité. À terme, il devrait pouvoir alimenter 470 000 maisons.

L'embouchure de la rivière Romaine, en été.

L'embouchure de la rivière Romaine.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Pour certains experts, il sera très difficile d’augmenter de moitié la production totale d’énergie sans miser sur des projets hydroélectriques, tellement l’objectif est important.

Pour vraiment décarboner l’économie, l’hydroélectricité est incontournable, estime Yvan Cliche, chercheur en énergie au Centre d’études et de recherches internationales et ancien administrateur des contrats éoliens à Hydro-Québec.

Surtout, ajoute-t-il, si la société d’État veut continuer d’exporter de l’électricité à ses voisins nord-américains pour les aider à décarboner leurs économies. L’État de New York, qui a signé un important contrat d’approvisionnement avec Hydro-Québec, veut atteindre la carboneutralité dans son électricité d’ici 2040.

Il ne faut pas oublier que le contrat d’approvisionnement de Churchill Falls, qui équivaut à 35 TWh de production annuelle, arrive à échéance en 2041.

La filière éolienne

D’autres experts consultés estiment que le Québec peut augmenter sa production d’électricité pour atteindre la carboneutralité sans avoir nécessairement besoin de nouveaux barrages.

D’ailleurs, Hydro-Québec mise surtout sur l’éolien pour combler ses besoins immédiats.

Il faudrait produire environ 10 fois plus d’énergie éolienne qu’en ce moment pour atteindre le 100 TWh nécessaire à la carboneutralité.

Le potentiel éolien au Québec est évalué à 14 000 TWh, selon Normand Mousseau, directeur scientifique de l'Institut de l'énergie Trottier. Et la baisse des coûts de production de l’éolien dans les dernières années rend cette énergie plus concurrentielle face à l’hydroélectrique, ajoute-t-il.

Et les grands projets de centrales à réservoir, où l’on inonde une partie du territoire, seront beaucoup plus difficiles à faire accepter socialement, estime Normand Mousseau.

Dans les estimations qu’on peut faire, l’éolien va être beaucoup moins cher que les barrages, et fournir le même gain en termes d’appui au réseau électrique. C’est difficile de voir comment on va construire de nouveaux barrages, mais il faut s'asseoir, faire les plans pour voir les coûts.

Une chose est claire pour l’expert : il faut bouger rapidement pour augmenter la production électrique au Québec. Sinon, l’accès à l’électricité risque d’être un frein à la décarbonation.

Améliorer l'efficacité énergétique

Hydro-Québec compte aussi sur l’efficacité énergétique pour faire des gains. D'ici 2029, c'est 8 TWh que la société d'État veut récupérer en économies d'énergie, en misant notamment sur le fait que la clientèle va modifier ses habitudes de consommation.

Le Québec pourrait faire plus, croit le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau. Mais surtout, il faut réfléchir à la sobriété énergétique si on veut atteindre ses objectifs de carboneutralité.

Oui, il va falloir prévoir davantage de production, mais il va falloir gérer tous les secteurs de l’économie, et notamment la consommation, de façon bien plus agressive que ce qu’on fait aujourd’hui, conclut-il.

Avec la collaboration d'Olivier Bachand et de Nathalie Lemieux.

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